Archives du novembre, 2008

Chapitre III — beaucoup d’appelés, peu d’élus

Chapitre III — beaucoup d’appelés, peu d’élus

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Quelques années auparavant, au collège St-Édouard de Beauport, septième année (douze ans), je ramasse dans la cour d’école un petit journal intitulé Vers Demain. À la une, on peut y lire : « La vierge apparaît à des enfants de Garabandal. » Je crois que cette petite ville est située en Yougoslavie. Enfin, peu importe, je montre l’article à mon meilleur ami et nous décidons d’un commun accord et sur-le-champ que notre destin nous appelle à la rencontre de la mère de Jésus. Sans tambour ni trompette, nous préparons avec détails tous les aspects de notre fabuleuse aventure : le mode de transport (passagers clandestins sur un bateau de cargaison amarré au port de Québec), argent comptant pour le voyage (20,00 $), minimum de vêtements, de toute façon nous sommes en juin et le départ est prévu pour la fin des classes, lettre d’adieux à nos parents, bottes de marche, baluchon accroché au bâton du pèlerin, etc. Après bien des rencontres nourries de rêveries, des communications téléphoniques discrètes, le jour J est arrivé. La veille du départ, je me souviens que ma relation avec mes parents était particulièrement chaleureuse. Je savais que c’était peut-être la dernière fois que je les voyais! J’avais le coeur fébrile, la tête anxieuse, face à la décision de quitter ma famille sans peut-être la possibilité de retour. Je pensais à la phrase du Christ dans l’évangile qui disait à ses disciples : « Quittez femmes, enfants, familles, et suivez-moi! ». Peut-être que l’appel de la vierge Marie nous invitait au même sacrifice. Bref, à la fin de la soirée, je regardais mes parents, ému pour une dernière fois, leur souhaitant bonne nuit en les embrassant tendrement en me disant qu’ils n’étaient pas conscients que c’était possiblement la dernière fois qu’ils voyaient leur fils. Enfin, il faut bien dormir. Je m’enfilai sous les couvertures et d’un sommeil léger la nuit s’étira jusqu’au petit matin.

rendez-vous : 7 h. Il est 6 h 30, je regarde pour une dernière fois ma chambre, ferme la porte de la maison, et quitte à la rencontre de mon ami. Nous marchons de Beauport jusqu’au port de Québec. Arrivés sur les lieux, nous apercevons un bateau de marchandise. Après nous être informés auprès des marins, affairés à l’embarquement des conteneurs, nous apprenons que la destination du navire est l’Amérique du Sud… Fin du voyage! Nous retournons à pied d’où nous sommes venus, rigolant un bon coup sur notre destin qui venait de nous jouer un sale tour! Adieu Garabandal, la Vierge Marie et tous les saints! Rendez-vous au stade municipal le soir même pour une partie de balle molle entre amis.

Chapitre II – Passage obligé

Chapitre II – Passage obligé

J’ai quatorze ans, enfin libre d’aller où je veux avec ma bicyclette. La ville de Jonquière est maintenant mon terrain de jeux, promesse de mon père quelques années auparavant. Mon tempérament réclamait cette liberté qui s’imposait à mon désir constant de m’affranchir de l’autorité de mes parents. J’avais le coeur doux, mais la crinière rebelle à tout ce qui m’empêchait d’être grand. Le temps était mon ennemi, car j’avais hâte d’être un homme et à cet âge le temps prend tout son temps. Déjà à quinze, seize ans, je ressentais l’urgence de vivre, le goût d’être passionné, d’aller à la découverte du monde, de me mesurer à moi-même et à la force de mes rêves. Le contexte familial pas toujours facile et les relations tendues avec ma mère ont fait en sorte que je vivais la famille comme un carcan à haut voltage émotionnel. Je manquais d’air, vivement de l’oxygène! D’une éducation judéo-chrétienne, ce qui n’est pas mal en soi, j’avais le sens des responsabilités et le sentiment de culpabilité facile. Paradoxe ou complément — dépendant. Je m’inquiétais pour mes parents, mon frère et mes soeurs. Comme premier de famille, je me sentais parfois coupable d’avoir abandonné le navire. Mes parents s’attendaient à beaucoup de moi! Mon côté rebelle un peu délinquant, épris d’un goût de liberté féroce, allait faire le reste. Je quittai la maison familiale à dix-sept ans. Pour l’époque, c’était jeune! De toute façon, à n’importe quel prix, il fallait que j’anesthésie ces émotions exacerbées qui m’empêchaient de grandir. Ma relation conflictuelle avec ma mère ne pouvait trouver sa justification dans la poursuite de la vie sous le toit parental. Hors du nid, tout mon salut!