J’ai quatorze ans, enfin libre d’aller où je veux avec ma bicyclette. La ville de Jonquière est maintenant mon terrain de jeux, promesse de mon père quelques années auparavant. Mon tempérament réclamait cette liberté qui s’imposait à mon désir constant de m’affranchir de l’autorité de mes parents. J’avais le coeur doux, mais la crinière rebelle à tout ce qui m’empêchait d’être grand. Le temps était mon ennemi, car j’avais hâte d’être un homme et à cet âge le temps prend tout son temps. Déjà à quinze, seize ans, je ressentais l’urgence de vivre, le goût d’être passionné, d’aller à la découverte du monde, de me mesurer à moi-même et à la force de mes rêves. Le contexte familial pas toujours facile et les relations tendues avec ma mère ont fait en sorte que je vivais la famille comme un carcan à haut voltage émotionnel. Je manquais d’air, vivement de l’oxygène! D’une éducation judéo-chrétienne, ce qui n’est pas mal en soi, j’avais le sens des responsabilités et le sentiment de culpabilité facile. Paradoxe ou complément — dépendant. Je m’inquiétais pour mes parents, mon frère et mes soeurs. Comme premier de famille, je me sentais parfois coupable d’avoir abandonné le navire. Mes parents s’attendaient à beaucoup de moi! Mon côté rebelle un peu délinquant, épris d’un goût de liberté féroce, allait faire le reste. Je quittai la maison familiale à dix-sept ans. Pour l’époque, c’était jeune! De toute façon, à n’importe quel prix, il fallait que j’anesthésie ces émotions exacerbées qui m’empêchaient de grandir. Ma relation conflictuelle avec ma mère ne pouvait trouver sa justification dans la poursuite de la vie sous le toit parental. Hors du nid, tout mon salut!
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26
2008
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