Raymond Devos, ce géant!

J’ai eu le privilège et le bonheur de connaître Raymond Devos et sa compagne de vie Françoise Maucq, imprésario d’Yves Duteil, Moustaki et autres artistes français. Le dernier spectacle qu’il a offert au public québécois de son vivant, c’est moi qui ai eu l’honneur de le produire à la salle Albert-Rousseau de Québec. Il s’agissait de deux spectacles-bénéfices offerts à la Fondation Félix-Leclerc pour le soutien à la création de l’Espace Félix-Leclerc sur l’île d’Orléans. À cette époque, j’étais le président et directeur général de la Fondation Félix-Leclerc.

Raymond Devos est décédé le 15 juin 2006, trois ans après la mort de Françoise, la femme la plus amoureuse et loyale qu’il m’a été donné de rencontrer. Raymond Devos est certainement le plus grand poète humoriste du dernier siècle au sein de la francophonie. Amis du grand poète Félix Leclerc, ces deux artistes s’aimaient et s’admiraient mutuellement.
Ils étaient des frères-artistes, et tout au long de leur vie, ils n’ont jamais manqué une occasion de démontrer publiquement l’affection qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre.

Nathalie Leclerc, la fille de Félix Leclerc, à l’époque ma compagne de vie, avions décidés de faire appel à Raymond Devos pour venir en aide à l’avancement de notre projet, qui avoue le, ne trouvait pas l’écho mérité auprès des fonctionnaires du ministère de la Culture du Québec, d’une partie de la classe politique Québécoise et de la population de l’île d’Orléans. J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet un peu plus loin dans mon blogue.
Espace Félix Leclerc
J’ai rencontré Raymond Devos pour la première fois sur l’île D’Orléans en 1998. Nous tournions une séquence de film avec Charles Aznavour, l’autre géant de la chanson francophone, et Nathalie Leclerc, en hommage à Félix Leclerc. Si je me souviens bien, une année auparavant, nous étions à Paris, Nathalie et moi, dans les bureaux de la SACEM pour rencontrer monsieur Gérard Davoust, président des Éditions Raoul Breton, entreprise d’édition de renom qui possédait les droits sur une bonne partie du catalogue de chansons de Félix Leclerc. Comme vous le savez sans doute, cette maison d’édition appartient à monsieur Charles Aznavour depuis un certain nombre d’années. La raison de notre rencontre : souligner les dix ans du départ de Félix Leclerc. Gérard Davoust présidait aussi la SACEM en France, l’équivalent de la SOCAN au Canada. Nous étions attablés, Guy Latraverse, Gérard Davoust, Nathalie et moi, dans le but d’échanger sur la faisabilité d’un grand spectacle de chansons de notre chantre national qui mettrait en vedette les plus grands artistes de la francophonie. Après avoir exposé les arguments soutenant l’importance de raviver la mémoire collective et de soutenir la mission et les projets de la Fondation Félix-Leclerc, Gérard Davoust et Guy Latraverse s’engagèrent à réaliser un événement digne du talent de Félix qui mettrait en valeur son rôle de pionnier pour la francophonie. J’avoue que j’étais très heureux de la réponse de Guy Latraverse et Gérard Davoust. L’enthousiasme et la foi qu’ils manifestaient à l’idée de réaliser ce grandiose projet en assuraient presque le succès. De cette rencontre est né le spectacle Félix Leclerc le géant québécois présenté au Théâtre St-Denis de Montréal à l’été 1998. De toute façon, j’y reviendrai dans mon blogue, mais Guy Latraverse, le fondateur des Francofolies de Montréal, de Sogestal et bien d’autres réalisations, est certainement l’un des plus grands bâtisseurs de culture qu’il m’a été donné de rencontrer. Le Québec peut être fier de lui. Il a toujours soutenu la fondation Félix-Leclerc, la mémoire et l’oeuvre du poète-chansonnier québécois.

Revenons à Raymond Devos. Sa présence sur l’île en compagnie de Charles Aznavour avait quelque chose de surréaliste. Ces deux amis, les plus grands ambassadeurs de la France, chacun dans leur art respectif, venaient rendre hommage sur son île au plus grand poète de la chanson. De les voir tous les deux sur le plus beau chemin de la poésie, le Mitan, faire les gamins, détendus, heureux d’être là, faisant des calembours, se prêtant aux demandes du réalisateur sans jouer les superstars, voilà la signature des grands artistes. J’ai eu l’occasion de rencontrer Raymond Devos et sa femme Françoise à plusieurs reprises par la suite autant en France qu’au Québec.
Nous sommes devenus des amis, il y avait quelque chose de beau et de tendre dans cet homme. Constamment en représentation, il vivait dans sa tête, avec ses personnages de l’imaginaire. Il vérifiait constamment l’effet de ses calembours, nous étions son public. Je crois que cet homme était un grand solitaire, une âme profonde, un coeur et un rapport au monde tel un enfant. Comme tous les grands artistes, il y avait en lui un côté égoïste, parfois dur envers les gens qui l’aimaient.
BléYves Duteil
Il a été d’une générosité sans borne pour le projet de l’Espace Félix-Leclerc, le lancement du coffret découlant de la série radiophonique de dix heures de Radio-Canada, Heureux qui comme Félix.
Je peux affirmer presque dix plus tard que si l’Espace Félix-Leclerc existe, nous devons à Raymond Devos l’artiste et ami de Félix, une fière chandelle.
J’aurai l’occasion de revenir sur Raymond Devos, sa contribution à la création de l’Espace Félix-Leclerc et certains moments privilégiés vécus avec lui et Yves Duteil, poète chansonnier, créateur de la chanson la langue de chez nous.

Raymond DevosRaymond DevosRaymond DevosChemin du Mitan, île d'Orléans » tilte=