Archives du janvier, 2009

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Chapitre VII – Opération sauterelle

Chapitre VII – Opération sauterelle

Déjà quelques mois passés à la Commune. J’envisage mon départ pour septembre. Direction Toronto, encore un mois et demi avant cette nouvelle expérience qui me permettra de maîtriser la langue de Shakespeare, du moins je l’espère. Comme vous l’avez sûrement deviné si vous me lisez depuis le début, j’ai le goût de découvrir de nouveaux horizons, faire de nouvelles rencontres, me mesurer à moi-même. Je désire sans doute aussi justifier à mes parents mon arrêt scolaire en envisageant l’apprentissage de la langue anglaise dans un milieu permettant l’immersion totale. Toronto est à mon point de vue la cité anglophone idéale. J’y reviendrai un peu plus tard.

Le groupe fonctionne bien ensemble, pas d’accrochage majeur, l’expérience est enrichissante puisque chacun y trouve le pourquoi du comment. Dans mon cas, je n’étais pas du genre à me poser de grandes questions existentielles. Je suis heureux d’apprendre, d’écouter les réflexions des plus vieux qui sont plus scolarisés que moi. Des débats parfois très virils animaient nos soirées. À ce chapitre, j’étais servi à souhait! Il y avait dans le groupe des communicateurs très articulés, qui ne manquaient pas d’arguments pour la défense et la promotion de leurs idées. Dieu sait comment certains d’entre eux avaient une vision et une grille d’analyse de la société plutôt gauchisante. Déjà, malgré mon jeune âge, je me percevais plus individualiste, plus entrepreneur dans l’âme. Je comprenais leur sensibilité intellectuelle et sociale, mais elle ne m’interpellait pas au plus profond de moi-même. J’étais à l’école de la vie.

Au babillard de la cuisine est inscrite une réunion à laquelle nous sommes conviés quelques jours plus tard. À l’ordre du jour : la grève au magasin Pollack, situé de mémoire sur le boulevard Charest à Québec. Vous vous souvenez, pour les plus vieux, ce commerce de vêtements était une institution reconnue dans la vieille Capitale. La réunion commence, Jacques Giroux le chef du groupe nous présente son invité qui faisait partie des syndiqués en grève. Comme je vous le mentionnais précédemment, la commune était une création de La Source dont la mission consistait à sensibiliser la population de la région de Québec à la problématique du Tiers-Monde, combattre et dénoncer les injustices sociales dans notre milieu. La grève chez Pollack dégénérait et le conflit s’aggravait pour les travailleurs remplacés sur le lieu de travail par ceux qu’on appelait à l’époque les briseurs de grève. Le Code du travail, en 1971, ne contenait pas la loi communément appelée antiscabs. Celle-ci fut instaurée quelques années plus tard. Enfin, notre invité nous exposa les difficultés du conflit et le découragement s’accentuant chez les travailleurs et travailleuses devant l’intransigeance de la partie patronale et la présence quotidienne de travailleurs de remplacement. Que faire? Comment manifester notre solidarité à ces gens à faibles revenus qui cherchent des appuis à leur cause auprès de la population? La rencontre se termine alors que le groupe lui promet de réfléchir à des stratégies pouvant les aider à faire infléchir Monsieur Pollack et déstabiliser les briseurs de grève.

Comme le vieil adage qui dit que la nuit porte conseil est vrai, une idée ma foi porteuse pour la suite des choses me vint à l’esprit. Une opération qui mobiliserait une cinquantaine de personnes issue de notre réseau d’amis consistant à envahir le magasin de supposés clients dont la mission serait de déranger les vendeurs briseurs de grève. De quelle façon? Chacun de nous, identifié par une sauterelle coloriée et épinglée à sa chemise ou à son gaminet, doit occuper un vendeur le plus longtemps possible en essayant des vêtements ou en faisant prendre ses mesures, bref, il s’agit de mobiliser les salles sans jamais acheter quoi que ce soit! Franchement, j’étais assez fier de ma stratégie qui de mon point de vue était mobilisatrice et permettait l’atteinte des objectifs énoncés lors de notre soirée d’informations avec notre invité.

Le lendemain soir, j’informai le groupe des fruits de ma réflexion nocturne. Elle était approuvée à l’unanimité et j’obtenais en prime de l’aide pour l’organisation et la coordination de l’évènement. Quelle gratification de la part du comité que de me confier cette légère responsabilité! Je m’empresse de former le comité Opération Sauterelle, de définir les tâches, les actions à poser, le rôle de chacun, la date de l’évènement avec l’accord des travailleurs en grève, et enfin, je m’occupe de rassembler plusieurs amis qui aideront à la réussite de l’opération.

Le soir J est arrivé! Il s’agit d’un vendredi, heure d’achalandage à son zénith, 19:00. De partout entrent au magasin des jeunes hommes et de jeunes femmes portant le macaron de papier identifiant l’Opération Sauterelle. Tout le manège devait s’étirer jusqu’à la fermeture. Accompagnés de mon ami Daniel Pelletier, membre de la Source depuis le début, nous décidons de descendre au sous-sol de l’établissement pour l’achat d’un café. Soudain, nous nous retrouvons face à face avec le propriétaire du magasin, lui-même en compagnie d’un monstre de gardien de sécurité au regard menaçant. Nous remarquons, Daniel et moi, que les yeux de notre sbire et du grand patron sont fixés sur l’insecte sauteur vert — je dirais vert de peur! — accroché à notre chandail.

Monsieur Pollack, homme de forte stature, nous regarda droit dans les yeux et nous demanda de sa voix grave, en tenant sa canne dans la main gauche, ce que nous faisions là dans son établissement. Je me souviens que nous avions répondu bêtement que nous magasinions. Moi j’avais la trouille et un léger trémolo dans la voix. Mon ami n’en menait pas large lui non plus. Nous avons pris nos jambes à ce qui unit la tête au tronc puis, en quelques enjambées, nous nous sommes retrouvés au rez-de-chaussée. La soirée s’écoulait, le plan de l’opération se déroulait à merveille jusqu’à ce que nous entendions le bruit d’une sirène, ou peut-être plusieurs, dehors devant l’édifice. Nous sommes sortis d’un pas alerte, voyant sur le trottoir des personnes de l’opération se faire embarquer dans le panier à salade par des policiers. Je contactai immédiatement un de mes amis, jeune avocat fraîchement diplômé de l’université Laval, pour l’aviser de la tournure des évènements et lui demander de faire ce qu’il fallait pour nos collaborateurs hébergés dans les cellules de la centrale de police du parc Victoria de Québec.

Tout le monde retrouva son calme et sa liberté. Une rencontre avec les travailleurs eut lieu quelques jours plus tard et un bilan de circonstances avec les remerciements chaleureux de ces derniers. Je garde un précieux souvenir de cette expérience peu commune pour un jeune homme de mon âge. Je sais que le conflit s’est encore étalé sur quelques semaines avant la signature d’une entente de règlement entre les partis. Dans quelle mesure l’Opération Sauterelle a contribué à l’avancement du dossier, personne ne le saura jamais! Enfin, moi je sais qu’à chaque fois que l’occasion d’une rencontre se présentait avec mon ami pour toujours Daniel Pelletier, un bon fou rire éclatait, complicité dans le regard pour l’éternité des temps.

Femme des vents du Nord

Femme des vents du Nord

Femme des vents du Nord
tes marées du cœur
au rythme de tes amours maternels

Tu traces ton destin
comme le crayon transforme
le visage des enfants

Tels des bras de mer
tu enlaces de ta tendresse infinie
les regards de tes petites âmes joyeuses

Ton dévouement, ta patience
plus forte que la tempête au large

Toute la beauté du monde,
un hymne à l’amour
ton cœur de mère

Citation

Citation

« Qui s’intéresse à la face cachée de la lune ? … Le soleil ! » – Christian Bilodeau

Citation

Citation

« Tout ce qui brille n’est pas nécessairement lumière pour autrui. » – Christian Bilodeau

Réflexion

Réflexion

La quête de l’état du bonheur est légitime et incontournable pour l’homme sain. La manière dont nous y arrivons fait en sorte, de mon point de vue, qu’il y ait des bonheurs plus lumineux que d’autres.