Archives du février, 2009

Chapitre XVI – Katimavik chez les Amérindiens (suite)

Chapitre XVI – Katimavik chez les Amérindiens (suite)

Les jeunes sont excités et heureux de vivre une expérience humaine enrichissante. De plus, ils découvriront l’univers au quotidien d’un homme de la forêt dans son rapport avec la nature et les animaux. Ce qui m’intéresse particulièrement, ce sont les mœurs, les coutumes et la spiritualité amérindienne. Chacun d’entre nous trouve sa place pour le coucher dans les tentes aménagées pour les circonstances. Le bois pour chauffer le poêle est cordé dehors à portée de main. Pendant notre séjour, nous avons été initiés aux techniques de trappes et nous avons dégusté des viandes de bois tels que l’orignal, le chevreuil et le lièvre. En arrivant au campement central par les sentiers, je remarquai des crânes d’animaux accrochés au bout des branches des arbres. Cette pratique m’intriguait au plus haut point. Je demande au guide de nous expliquer le pourquoi du comment. Il s’agit d’une pratique qui a une dimension spirituelle. Par respect pour l’animal, le chasseur conserve le crâne et le place à un arbre pour que son âme survive dans la forêt. Je ne me souviens plus des autres significations, mais avouons que cette relation entre l’homme et l’animal suppose une relation particulière et privilégiée à la nature.

Nous parcourons le sentier de trappes de notre ami amérindien puis nous arrêtons au piège à loutre. Là, une loutre morte, gelée depuis moins de deux jours a le cou cassé par le rabattement du piège. L’amérindien nous explique la technique de capture et les types d’appâts.

Après quatre jours dans les bois résineux du parc Chibougamau, nous devons faire nos adieux aux membres de la famille Robertson. Avec un petit pincement au cœur, nous repartons la tête heureuse et pleine d’images plus magnifiques les unes que les autres. Les jeunes sont encore sous le charme du vieil amérindien qui, la veille, nous a raconté une histoire de chasse vécue avec son père. Cette histoire, il l’a racontée dans sa langue : le montagnais. Ce voyage m’a ouvert l’esprit sur la sociologie amérindienne, les valeurs que ce peuple porte, le rapport qu’il entretient avec le monde et la beauté de sa culture ancestrale. Les problématiques sont nombreuses, complexes et difficiles à résoudre. La culture amérindienne est animée d’un souffle poétique dont la nature en est l’inspiration. Moi qui aime la poésie !

Je reviendrai sur le sujet à l’occasion de mon deuxième séjour là-bas dans le cadre de l’écriture de ma page Le Soleil en Classe, publiée dans le quotidien le Soleil de Québec. En 1988, je crois, j’organise un concours dans ma page afin de permettre à des jeunes du secondaire habitant le territoire du journal de vivre une expérience humaine et journalistique chez nos amis les Montagnais. J’écrirai sur le sujet bientôt.

Chapitre XVI – Le programme jeunesse Katimavik (suite)

Chapitre XVI – Le programme jeunesse Katimavik (suite)

J’entre en communication avec monsieur Maurice Tassé de la police amérindienne du Québec. Ses quartiers sont à Pointe-Bleue au Lac St-Jean. Aujourd’hui, cette communauté s’appelle Masteuiash. Je lui explique la nature de mon projet et les objectifs visés. Maurice Tassé est un homme très imposant physiquement, mais d’une grande sensibilité à tout ce qui concerne l’éducation et la jeunesse. Il décide de m’aider et d’assurer la réalisation du séjour des jeunes de Katimavik en forêt. Il connaît un amérindien du milieu, un ami qui est prêt à accueillir le groupe. Nous irons au nord de Girardville, dans le parc Chibougamau.

Nous prenons la route avec le véhicule vingt-quatre passagers appartenant à Katimavik. Nous suivons le véhicule de Maurice qui nous amène sur les lieux du campement. Nous sommes à peu près à cent kilomètres au nord de Girardville, au début du parc. Soudain, Maurice ralentit son véhicule en bordure de la route. Nous nous immobilisons et sortons à la rencontre de motoneigistes venant vers nous. J’en déduis que Maurice avait communiqué avec eux grâce à son cellulaire, les avisant que nous arrivions. Le temps est un peu grisâtre. Il est environ 14h30. Nous débarquons tous nos bagages et les plaçons sur le traîneau attaché à l’une des motoneige. Le transport du matériel et des participants se fait en deux temps. Le sentier de neige qui trace le chemin vers le campement amérindien est tout à fait fabuleux, voir féérique. La neige est abondante et épaisse sur les sapins et les épinettes. Elle est blanche comme du lait, contrastant avec le vert bouteille des épinettes et des pins.

Le trajet dure environ quinze minutes. J’aperçois au loin le bâtiment central du campement. Un imposant camp en bois rond avec une cheminée de tôle argentée. La cabane est entourée de conifères. Des raquettes, des motoneiges, des bidons d’essence et des têtes d’animaux à l’état squelettique sont accrochés aux branches. Ceinturant le campement central, des tentes de toiles épaisse, de couleur blanche tirant sur le gris. À l’intérieure de ces tentes, un petit poêle au milieu et du sapin frais étendu sur les côtés de l’abri. Ça sent bon !

Chapitre XVI – Le programme jeunesse Katimavik (suite)

Chapitre XVI – Le programme jeunesse Katimavik (suite)

Au fond, je réalise que je serai de moins en moins chez moi au cours de l’année. Je rencontre plein de nouvelles personnes et je commence à être de plus en plus confortable avec mes futurs collègues de travail. Je suis conscient que je me détache tranquillement de ma vie de couple. Mais j’assume mon choix, je fais confiance à la suite des choses. La formation dure plusieurs semaines. Je rencontre le Sénateur Jacques Hébert, fondateur du programme jeunesse Katimavik et du programme international Jeunesse Canada Monde. Il nous a donné un atelier sur la mission et la philosophie du programme Katimavik. Un personnage avec lequel je n’ai pas eu d’atomes crochus. Je le trouvais un peu froid, prétentieux, et même quelque peu dogmatique. Il est vrai que la feuille de route de l’homme était impressionnante. Il était doté d’une grande intelligence, vif d’esprit, cinglant si l’on ne partageait pas son point de vue. Je comprend pourquoi Pierre-Elliot Trudeau et lui entretenaient des liens d’amitiés solides. Deux personnages publics qui avaient une vision commune de ce que doit être le Canada. Je n’élaborerai pas davantage sur les réalisations et les idées qui unissaient les deux hommes. La littérature est abondante sur le sujet.

À une semaine de la fin de notre formation, j’apprends que mon futur lieu de travail sera Roberval. Une excellente nouvelle ! Je ne serai pas trop loin de Québec, assise de mon domicile et de ma vie amoureuse.

MON TRAVAIL D’AGENT DE GROUPE À ROBERVAL

Je me prépare psychologiquement à recevoir mon premier groupe de jeunes bénévoles arrivant de partout au Canada. Sur le plan organisationnel et logistique, tout est est en place. Je suis prêt et fébrile à vivre cette aventure hors des sentiers battus. Une expérience de travail et de vie très intense ! Ma grande force est ma capacité de relations publiques. Ma créativité et mon sens du leadership seront des atouts précieux pour la suite des choses. Le projet de travail pour les jeunes est extrêmement stimulant. Il s’agit de construire un parc récréatif pour les bénéficiaires de l’hôpital psychiatrique de Roberval. Un parc de grande dimension physique avec des installations de premier plan. Tout un défi pour les trois groupes de jeunes qui auront à réaliser ce projet. Chaque groupe séjourne trois mois dans la communauté d’accueil, puis se déplace ailleurs au Canada. Obligatoirement, ces jeunes feront trois séjours de trois mois au cours du programme. Le ratio est de deux communautés anglophones au pays et une francophone plus souvent au Québec. Douze participants âgés entre dix-sept et vingt-et-un ans forment un groupe. Ils proviennent de partout au Canada et sont regroupés sur le plan linguistique dans un ratio de huit anglophones pour quatre francophones. Une forme de microcosme du Canada à l’échelle linguistique et géographique.

Les participants reçoivent un dollar par jour. Ils sont logés, nourris et véhiculés en plus de bénéficier de la gratuité des diverses activités reliées à la formation et aux sorties éducatives du programme. Le projet profite de la présence d’un formidable contremaître et d’une collaboration sans faille du comité Katimavik local. La résidence des jeunes est située sur le bord d’un lac magnifique. Difficile de demander mieux !

SÉJOUR INOUBLIABLE CHEZ NOS AMIS LES AMÉRINDIENS

Je devais faire découvrir à nos jeunes participants une expérience de vie à la fois éducative et enrichissante sur le plan humain. Un temps d’arrêt de deux semaines était inscrit au programme de travail, tout spécialement pour ce forfait éducatif.

À suivre…

Chapitre XVI – Le programme jeunesse Katimavik

Chapitre XVI – Le programme jeunesse Katimavik

Nous sommes au printemps 1982. Quelques mois se sont écoulés depuis la forêt Abitibienne. Je fais du Judo et d’autres sports pour m’occuper l’esprit et le corps. Ma relation amoureuse est au beau fixe. Je commence à avoir hâte de me trouver un travail à la hauteur de mes aspirations. Je le sais, je le sens, mon caractère commence à ressentir l’effet d’un chômage trop long. Je postule pour différents postes affichés dans le quotidien de ma région.

Le programme jeunesse Katimavik cherche du personnel pour combler les fonctions d’agents de projet au Québec. Je décide de faire parvenir mon curriculum vitae au siège social à Montréal. Je vous évite tout le processus de sélection. La direction des ressources humaines retient ma candidature. Encore une fois, je dois quitter le confort du foyer et ma compagne. La formation du nouveau personnel se fait à Rivière Rouge dans les Laurentides. Une formation intense, bien structurée avec des rencontres enrichissantes. Toutefois, j’ai de la difficulté à m’adapter. J’y rencontre une culture et un état d’esprit qui sont différents de mon individualisme forgé au fil des mes expériences antérieures. Pour la première fois, je m’ennuie réellement de ma vie de couple.

Chapitre XV – Construction du réseau routier de la Baie James

Chapitre XV – Construction du réseau routier de la Baie James

Été 1981. Je suis en vacances du milieu scolaire. Je sais que je n’ai plus le goût de l’enseignement. J’ai la certitude qu’il me faut un travail qui me laissera plus de liberté et qui encouragera ma créativité. Je ne sais comment l’expliquer, mais je finis par trouver ça monotone d’être constamment confiné dans une salle de classe. Je connais mes talents de communicateur et de concepteur. Je suis attentif aux offres d’emplois sur le marché du travail. Je n’ai plus l’intention de poursuivre mes cours à l’université. Je considère que j’ai assez étudié, je passe à autre chose. Je ne me souviens plus si c’est par l’intermédiaire d’un ami de la famille de ma compagne ou une annonce dans le journal, mais je postule pour un emploi chez Constructions du St-Laurent.

Oui, je me souviens ! Le mari de la cousine de mon amie est un jeune ingénieur pour les Constructions du St-Laurent. Il informe ma belle-mère que des postes sont offerts pour Matagami en Abitibi. J’applique au bureau chef de la Compagnie et obtient un travail comme pointeur. Mon contrat est d’une durée de cinq semaines, renouvelable. Là-bas je serai véhiculé, logé et nourri. Le salaire est excellent et je ne peux cracher sur l’argent. Bien sûr, ce n’est pas à la hauteur de ma scolarité et des mes compétences. Je n’ai pas le goût de tourner en rond dans la maison comme un lion en cage. J’en parle avec ma conjointe et nous trouvons tous deux intéressante l’opportunité qui m’est offerte. Je prends l’avion de Montréal pour le pays de Richard Desjardins et de Raoul Duguay. Des forêts de sapins et d’épinettes, des lacs et des rivières en abondances, quel pays incroyable ! Des espaces immenses, l’impression d’un monde sauvage et dur. Une beauté pleine de poésie, des personnages plus grands que nature. J’aime les paysages et les êtres qui ont du caractère. Une sociologie tissée serrée ou se côtoient Amérindiens et blancs. C’est drôle, plusieurs années plus tard, je vis sur l’Ile d’Orléans. Je suis davantage attiré par la force des paysages du côté du village de St-Pierre et Ste-Famille que par la beauté bucolique, romantique de l’autre rive de l’île. Enfin !

J’arrive à Matagami, aux portes du pays de la Baie James. Je m’installe dans ma chambre pareille à toutes les chambres de gars de chantier. Au bout d’une journée, j’ai fait le tour de ce que sera mon univers pour le prochain mois et demi. Matagami est une belle petite ville du nord Québécois avec tous les services nécessaires à la vie communautaire. Beaucoup de gens de passage comme moi, travailleurs saisonniers ou voyageurs de commerce. Peu importe, il y a là un sentiment paradoxal : éphémérité et ancrage.

Mon travail consiste à comptabiliser les chargements reçus pour la construction de la route qui mènera à l’un des barrage de la Baie James. Je remets à chaque camionneur une attestation écrite de la réception du matériel sur la slash. La slash est une expression anglaise qui signifie dans le jargon du métier : le bout de la route en construction. Je travaillais à environ cent kilomètres en pleine forêt, au nord de Matagami. Je me retrouvais souvent seul pendant que les camionneurs descendaient se faire charger beaucoup plus bas. Ils n’étaient pas des gens faciles à vivre ! Ils étaient là pour l’argent et tentaient souvent de monnayer ma collaboration. Rien à y faire ! J’aimais mon travail et l’honnêteté envers mon employeur n’avait pas de prix à mes yeux. Souvent, je prenais le repas du midi avec les bûcherons, le conducteur de l’immense tracteur qui étendait le matériel selon les balises des arpenteurs. Un bon feu de bois, peu importe la température, faisait partie des choses essentielles. Cela faisait partie des petits bonheur au quotidien. À l’occasion, des camionneurs venaient se joindre à nous. Plus souvent qu’autrement, nous mangions des maringouins avec nos sandwichs et en buvions dans notre café. J’avoue que la quantité retrouvée par centimètre cube était hallucinante. Dans une forêt de sapins et d’épinettes, il y a tout ce qu’il faut pour la multiplication de ces insectes qui pouvaient rendre fou. La bouteille d’insecticide : un incontournable. Sinon, gare à vous !

AU MENU : PERDRIX SUR FEU DE BOIS

Pendant que les camionneurs retournent sur les lieux du chargement, j’ai beaucoup de temps devant moi. À l’occasion, j’allais discuter avec l’opérateur de machinerie lourde. Je me rappelle, il était maniaque de la chasse à l’arc et de la pêche. Tout un personnage qui gagnait sa vie en forêt à ouvrir des routes en solitaire. Il n’était pas du genre sociable. Il ressemblait à la machinerie qu’il opérait, avec beaucoup d’habileté d’ailleurs. Un bonhomme corpulent, rustre, parlant peu mais fort. Ça fait quelques jours que j’entends le bruit des perdrix pas très loin du minuscule cabanon longiligne me servant de bureau. Je décide de faire un chasseur de moi. Je prépare un fil de laiton que j’attache à une branche d’arbre. Au bout de ce fil un œillet en forme de lasso. J’entre dans la forêt, j’avance à pas feutrés en suivant le bruit pas très lointain des perdrix. Je réussis ma chasse auprès de deux d’entre elles. Un ami au campement m’avait donné quelques conseils pour la préparation des perdrix. Je découpai les petites perdrix en lanières, puis les piquai sur une fourche de bois faite à partir d’une branche d’arbre. Cuisson à feu doux : le résultat est délicieux. Évidemment, chaque personne qui était autour du feu n’a eu droit qu’à une petite bouchée. Le plaisir était là, original et goûteux. Une dégustation de viande de bois pas comme les autres, n’est-ce pas ?

SEUL AVEC LES LOUPS

Voici le récit authentique d’une rencontre fabuleuse et inattendue. J’arrive au petit matin, tôt comme d’habitude ! Je crois qu’il est 7h00. Mon contremaître quitte pour un autre endroit sur le chantier. Il fait déjà un soleil radieux. Je suis seul sur la slash, l’opérateur s’est absenté pour l’avant-midi. Je travaille dans ma paperasse pour occuper mon temps. Quelques heures passent, le temps s’écoule tranquillement en forêt quand il n’y a que soi. Du moins, c’est l’idée que je me faisais. Soudain, je regarde par la fenêtre de mon minuscule poste de travail. Je ne suis pas certain de ce que je vois. J’observe attentivement sans faire de bruit, immobile, il n’y a que mes yeux qui bougent.

Ce sont des loups sauvages, de magnifiques bêtes qui me regardent attentivement. J’en compte certainement six ou sept. Une meute de loups au milieu d’une forme de promontoire sablonneux entouré de sapins et d’épinettes. Je suis stupéfait par l’apparente tranquillité de la meute. Je ne bouge pas. Ils sont peut-être à vingt-cinq mètres de ma petite cabane dont la porte est ouverte. Aucun sentiment de peur, je me considère privilégié de vivre un tel moment. Leur présence dure au moins cinq à six minutes. Ils me fixent des yeux, reniflent l’air de leurs longs museaux, se lèchent. Soudain, ils décident de quitter les lieux. Sans tambours ni trompettes, ils ne sont plus dans mon champ visuel. Le soir, au retour pour le campement, je raconte avec force et détails toute l’histoire à mon contremaître et aux autres employés qui travaillent sur le chantier plus bas. Après mon séjour de cinq semaines, je suis retourné chez moi avec bonheur. Un peu de repos, la piqûre du nord et le besoin d’argent sont là à nouveau. Me voilà de retour à Matagami pour un autre séjour de cinq semaines. Le dernier, celui-là ! Je n’ai pas revue ma meute de loups…

Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire (fin)

Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire (fin)

Je fais ma ronde du midi sur l’étage donnant accès aux cases des élèves. Je sens une agitation anormale. Mon collègue surveillant est interpelé pour se rendre au local de la radio étudiante situé au sous-sol. Je m’assois sur le grand banc dans le hall central donnant accès visuellement aux rangées de cases. Soudain, un élève me regarde et lance un objet en ma direction. Je crois que c’est une pomme ! Voilà, je sais que le moment redouté est arrivé. Tout défile dans ma tête à une vitesse folle. Je comprends le manège. Ils ont isolé mon collègue en l’emmenant au sous-sol, puis il tente de m’attirer vers les cases des vestiaires. Je n’ai pas le choix, j’avance vers celui qui a lancé la pomme. J’entre dans l’allée, je marche environ dix à quinze mètres, puis deux gaillards m’attaquent physiquement. Je vois qu’ils sont beaucoup plus âgés que nos élèves. J’ai le temps de constater qu’un cercle formé d’une quinzaine de personnes se referme sur moi. Je suis encerclé, pris au piège avec mes deux sbires qui tentent de me faire un mauvais sort. Je vous assure que j’ai le souffle court. Merci au Judo et à mon excellente condition physique. Malgré l’attaque surprise et la force de mes assaillants, je suis en contrôle de la situation. Ils ne réussissent pas à me frapper. Je suis tellement sur l’adrénaline que je les traîne jusqu’au bout du corridor en finissant par avoir le contrôle sur l’un deux. Je le couche au sol et le maîtrise du mieux que je peux pendant que je tente de me protéger avec mon autre bras des coups portés par l’autre énergumène. Je suis à bout de souffle, exténué. J’ai l’impression que mon énergie vitale va me lâcher ! Au moment où mon collègue arrive pour me porter assistance, les deux voyous prennent la fuite. Nous étions à quelques mètres de la porte de sortie. Je m’en sors sans être trop amoché. Quelques contusions au haut du corps et ma veste déchirée sont les séquelles de cette attaque sournoise.

Les policiers arrivent sur les lieux. L’attroupement de jeunes s’est dispersé, comme par hasard. En discutant avec ces derniers et en refaisant le déroulement des événements, nous en arrivons à la conclusion que j’avais certainement dérangé un réseau de distribution de drogue. L’intervention des deux jeunes adultes ne faisant pas partie du milieu scolaire confirmait aux policiers la thèse du réseau de drogue implanté à l’école. Les semaines passèrent, la fin de l’année scolaire était à nos portes. Je suis fier de ma classe et du rendement scolaire de mes élèves. Vous comprendrez que je garde un souvenir indélébile de cet incident pour le moins mémorable. Je tiens à vous redire que ce fait raconté n’enlève rien à la qualité de l’enseignement et du personnel de direction de l’établissement scolaire de l’époque. Je crois que ce n’est pas banal comme histoire et je souhaite, grâce à ce texte, rendre hommage à des hommes et des femmes qui tous les jours offrent le meilleur d’eux-mêmes pour la formation et l’éducation de notre jeunesse. Ils méritent toute notre admiration et soutien.

Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire (suite)

Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire (suite)

J’étais peiné pour la direction de l’école qu’un tel incident se soit produit. Les conséquences sont fâcheuses pour tout le monde. Mais je n’avais pas le choix, mon intervention était incontournable dans les circonstances. La polyvalente Neufchâtel avait la réputation d’être une excellente institution d’enseignement avec une vie pédagogique et étudiante très dynamique. Moi, le petit nouveau qui arrive à peine, me voilà impliqué dans les procédures juridiques et l’inconfort relationnel avec un certain nombre d’élèves. Ce petit groupe d’élèves du professionnel long n’aimait pas être dérangé dans l’expression de leurs délinquances. Par ailleurs, tout va bien avec ma classe, j’aime enseigner à ces gens pour la plupart motivés.

Les semaines passent, je continue ma surveillance du midi avec mon collègue professeur. Je me doute, par instinct, qu’il se trame quelque chose. Je ne sais pas quoi, mais ça ne sent pas bon ! Un élève de ma classe m’avertit d’être prudent, car il sait de source sûre qu’un incident grave va se produire. Il me confirme que des individus de l’école veulent m’agresser physiquement. Je vous assure que le soir, à la maison, mon esprit ne faisait qu’un tour. J’avais beau faire du sport, l’idée d’une agression envers ma personne ne me plaisait pas tellement. Enfin, je ne parlai à personne de la direction et poursuivit mon travail comme d’habitude. Je savais qu’il se passerait quelque chose, mais où, quand et comment, aucune idée. Un directeur de polyvalente d’une ville avoisinante, durant la même période, s’est fait tirer des balles de fusil sur son véhicule automobile. Heureusement, il n’était pas à bord.

À suivre…

Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire

Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire

Comme je le mentionnais au chapitre précédent, je me retrouve enseignant à l’école secondaire Wilbrod Bhérer de Québec. Une expérience plutôt rock and roll, je l’avoue. À la commission scolaire, ma réputation était celle d’un gars capable de travailler avec des jeunes au comportement difficile. Je remplaçais un enseignant en congé de maladie pour dépression. Je crois que j’étais le troisième sur la liste des prochains blessés, victime de la force négative de ce groupe. Mais j’ai des petites nouvelles pour ma gang de durs à cuire. J’ai besoin de travailler et de gagner ma vie. Je suis en pleine forme et je n’ai pas le goût de donner raison à quelques têtes fortes en mal de professeurs tombés au combat.

La première rencontre avec les élèves devait mettre la table sur mes attentes et ma détermination à toute épreuve de faire face à la musique. En somme, le boss de la classe c’est moi et personne d’autre. Tu ne peux pas penser pédagogie sans avoir établi ton autorité et le respect avec tes élèves, surtout lorsqu’il s’agit d’une clientèle comme celle que j’avais. Cette attitude qui détermine dès le départ les règles du jeu engendre diverses réactions. Il faut être prêt à affronter les leaders négatifs. Ça, mes amis, c’est la période la plus difficile. Enfin, je vous ferai grâce de tous les détails, mais j’ai gagné mes épaulettes, la confiance des élèves et de la direction. J’ai terminé l’année scolaire avec mon groupe. J’avais l’admiration et le respect de mes élèves. Ils avaient mon affection et mon désir qu’ils apprennent dans le plaisir et le goût d’eux-mêmes.

MON TUTORAT À LA POLYVALENTE DE NEUFCHÂTEL

Je travaille sur un projet lié à un cours avec un ami qui est directeur adjoint de la vie étudiante à la polyvalente de Neufchâtel. Nous suivons un cours de soir en relations industrielles. La discussion entre nous est ouverte et il me demande à brûle pour point si je suis intéressé par le remplacement d’un professeur de secondaire III qui est en congé de maladie pour le reste de l’année scolaire. Il m’offre la possibilité, dans un premier temps, de devenir surveillant d’école. Le remplacement de ce professeur qui doit quitter pour un congé de maladie prolongé se fera un peu plus tard. Évidemment, j’acquiesce sur le champ et accepte son offre. Je commence à titre de surveillant d’école. Entre temps, nous avons quitté le lac et notre hameau en pleine forêt. La location d’un appartement avec toit cathédrale et puits de lumière à Charlesbourg non loin de mon travail et des commodités de toutes sortes ont eu raison de la nature.

Après la surveillance, le contrôle des absences et l’application des règles disciplinaires pour les élèves, puis enfin, la pédagogie ! Mon tutorat s’adresse à un groupe de gars et de filles, élèves en secondaire III, suivant un cours de menuiserie. J’enseigne les matières académiques telles que le français, les mathématiques, l’anglais et la catéchèse. Beau programme, n’est-ce pas ? Je sais, je sais, je n’ai pas de baccalauréat en pédagogie ! Mais à cette époque, il y avait des tolérances, dans la mesure où l’expérience et la scolarité se conjuguaient au besoin du marché scolaire. Mon groupe était motivé et dynamique. Le soir j’arrivais beaucoup moins fatigué que lorsque j’enseignais à Bhérer. Sur l’heure du midi, il m’arrivait de faire de la surveillance sur l’étage donnant accès à l’entrée principale. Un midi, dans mon champ visuel, j’aperçois un groupe de jeunes de secondaire cinq rassemblé près des toilettes. Ils sont cinq ou six qui rient à gorge déployée en regardant à l’intérieur des toilettes pour garçons. Je m’avance vers le groupe pour voir ce qui est si drôle. Le feu est allumé dans une poubelle et deux élèves s’amusent à l’attiser de papier. J’interpelle les amuseurs publics afin qu’ils arrêtent leur manège. Mal m’en prit, l’un des élèves m’invective et me demande sur un ton menaçant d’aller voir ailleurs. En voulant le saisir pas le bras pour l’orienter vers le hall central, il tente de me frapper d’une droite qui m’effleure le visage. Je ne fais ni un ni deux, je l’empoigne et lui fait un mouvement de judo qui s’appelle Osoto Gari, qui vise à le renverser au sol par un mouvement d’épaule et de jambe. Une fois au sol, je le maîtrise et appelle mon collègue surveillant. Le tout se termine au bureau du directeur avec une menace de poursuite judiciaire de la part de l’élève. Une semaine plus tard, je suis convoqué par le directeur de l’école qui m’avise qu’une poursuite est intentée contre moi et l’institution scolaire, le dossier étant dans les mains des avocats de la commission scolaire.

Chapitre XIII – La suite des choses

Chapitre XIII – La suite des choses

Après l’expérience du Grand Nord, la vie revient à la normale. Je continue l’enseignement en parallèle avec mes études universitaires en sociologie. À l’été 1978, je travaille comme directeur d’un projet de recherche pour l’association de la Paralysie Cérébrale de Québec. Je dirige une étude sur la problématique des jeux pour personnes à moyens physiques restreints et c’est cette même étude qui m’amène à Détroit pour les jeux Paralympiques. Une expérience qui remet en place les valeurs de base. Nous sommes au début des jeux Paralympiques en 1978. Des êtres d’exception participent et organisent ces jeux. L’une des conclusions de notre recherche était que la natation est le sport le plus complet qui existe, toutes disciplines confondues. Cet énoncé est vrai, tant pour les personnes handicapées que pour celles qui n’ont aucun problème moteur. Bref, une belle expérience de travail qui me permet d’amasser l’argent nécessaire pour la poursuite et la fin du baccalauréat en sciences sociales. Nous sommes en 1979, je termine mes études de premier cycle à l’Université Laval. Je réalise un immense rêve. Je m’étais promis qu’un jour je serais diplômé universitaire. Voilà, c’est fait, ma compagne termine ses études en même temps que moi. Nous célébrons cette réalisation comme il se doit, en réfléchissant à la suite des choses.

Je décide de m’inscrire en relations industrielles au niveau du baccalauréat. Je poursuis mes apprentissages dans un champ d’études plus près de mes centres d’intérêts de l’époque. J’avais le goût d’une discipline plus concrète, plus orientée vers la gestion des entreprises, du personnel, de la motivation et satisfaction au travail. Nous sommes en 1981 et je complète la troisième session de mes études en relations industrielles à Laval. Je suis fatigué. Il faut que je passe à autre chose. Par le biais des mes contacts à la Commission Scolaire des Écoles Catholiques de Québec, l’on m’offre un poste d’enseignant au niveau secondaire I pour des jeunes élèves en apprentissage d’un métier. J’enseigne les matières académiques de base. Il s’agit d’un groupe extrêmement difficile avec des des problèmes de comportements importants. Je vous assure que le fait de pratiquer le judo trois à quatre fois par semaine m’a aidé à me rendre jusqu’à la fin de l’année avec ce groupe. Sincèrement, ça prenait une force mentale et une capacité physique hors du commun pour ramener ces jeunes à l’ordre dans la classe. Plusieurs écrivaient au son, ça vous donne une idée ! Je vivais avec ma compagne sur le chemin de la Traverse au Lac Beauport. Nous avions loué une maison-chalet sur le bord d’un petit lac privé. Je crois que nous étions dûs pour un changement de territoire après avoir vécu quatre années en ville sur la rue Kirouac. L’appel des petits oiseaux, la verdure et les arbres était irrésistibles. De toute façon, mon amoureuse s’était trouvé un travail comme enseignante à Ste-Brigitte de Laval. Il s’agit d’une période de vie formidable. J’étais amoureux et nous vivions dans un endroit paradisiaque. L’hiver, le chemin menant à la maison était fermé. Nous devions nous rendre chez nous en raquettes ou avec des skis de fond aux pieds. Un kilomètre nous séparait de la chaleur du foyer. Je vous laisse deviner les jours d’épiceries ou les sorties du samedi soir. Il fallait être jeunes et en santé, ce que nous étions !

Chapitre XII – Baie Déception (suite)

Chapitre XII  – Baie Déception (suite)

Tout le monde à bord d’un vieil autobus scolaire, direction l’administration du camp. Viendra ensuite l’assignation des chambres. Il fait un magnifique soleil. Il est 17h00, nous sommes dans la période de six mois de jour. Le soleil ne se couche jamais. Il demeure toujours à l’horizon, sans disparaître. Assez hallucinant comme phénomène ! Une fois la paperasse administrative complétée, chacun des hommes du groupe est conduit à ses quartiers : une petite chambre à partager avec un autre garçon. Plus modeste que ça, tu couches dehors ! J’étais loin de mon lit et du confort de mon appartement à Québec.

Mon contremaître procède à la visite des installations et surtout à celle de l’endroit qui sera au cœur de la vie des travailleurs : la cafétéria. Mon travail consistera à accrocher une immense toile au dessus des chargements d’amiante contenus dans les camions-monstres de la mine. Je vous explique : les camions arrivent sur une passerelle, nous sommes un travailleur de chaque côté sur une structure métallique, à la hauteur du passager et du chauffeur. Nous enlevons la toile accrochée par des élastiques de caoutchouc à une barre soudée de chaque côté du mastodonte. Ce dernier entre à l’intérieur d’un immense dôme où le chargement du minerais sera fait par un autre géant muni d’une pelle incroyablement grosse. Pendant ce temps, mon collègue de travail et moi nous rendons à l’autre passerelle à la sortie du dôme. Le géant sort chargé à pleine capacité. Nos masques au visage et portant un habit imperméable, il faut maintenant le recouvrir. Le matériel doit parcourir près de quarante kilomètres pour se rendre à la Baie Déception. Un chemin de poussière et de terre battue au travers du désert nordique attend le camionneur. Le transport du matériel se fait par tous les temps. Le vent est omniprésent dans ce pays du silence. De là l’importance de bien couvrir les chargements d’amiante. Un travail très dur, très physique, qui exige beaucoup d’endurance et de volonté psychologique. Nous travaillons dans des conditions climatiques hors du commun. Des vents de 100 kilomètres à l’heure n’étaient pas rares. Le minerais mouillé sur les toiles alourdit et complique la manipulation.

LE SILENCE

J’aimais, pendant mes quelques heures de congé, quitter la mine pour marcher le long du chemin menant à Deception Bay. L’expérience du silence est un moment unique qu’offre le désert nordique. La beauté et la grandeur des paysages conjugués au silence nous rapprochent de soi et du spirituel. Cet aspect du grand nord m’a touché à jamais. De tous les endroits que j’ai visités dans le monde, l’expérience du silence, de la beauté sauvage et intense du grand nord demeure l’émotion la plus lumineuse que j’ai vécue.

LE CIEL DU GRAND NORD

Que diriez-vous d’une féérie composée d’un coucher de soleil à minuit, de la lune, des étoiles, des aurores boréales et des Perséides, tout cela en même temps dans un même ciel. Grâce que vous vivrez si vous faites un minimum de quatre heures d’avion de Montréal vers le nord du Québec.

LES INUITS

Pour la première fois de ma vie, je rencontre les Inuits du Grand Nord. Je suis à Baie Déception. Je marche dans la toundra, me préparant pour descendre sur le bord de l’eau pour taquiner la truite saumonée. Je vois un petit hameau de tentes blanches presque grises : trois ou quatre campements de nomades venus à la pêche à la Baie. Je passe devant l’un d’eux, je m’arrête, regarde l’homme travailler la pierre de savon. Des saumons sèchent sur une corde raboutée à deux piquets de bois. L’homme me sourit de toutes ses dents, plutôt de ce qui lui reste de dents. Un feu de bois se consume tranquillement et le soleil éclaire d’une lumière divine. Tout semble surréaliste. Mes yeux voient ce qu’ils n’ont jamais vu. Je me sens étranger, dans un autre monde. À l’intérieur du petit campement, une femme qui nourrit son enfant assise au sol sur des peaux de bêtes. Elle aussi me sourit de toute sa mâchoire en m’invitant à aller la rejoindre, dans un rire et un regard complice avec son homme. Je feins de ne pas comprendre et poursuit ma marche vers le bord de l’eau. J’aurai l’occasion plusieurs années plus tard de renouer avec les Inuits, mais cette fois ci ceux de Salluit. Une rencontre beaucoup plus signifiante sur le plan humain. J’y reviendrai.