Chapitre XIV – L’enseignement au secondaire

Comme je le mentionnais au chapitre précédent, je me retrouve enseignant à l’école secondaire Wilbrod Bhérer de Québec. Une expérience plutôt rock and roll, je l’avoue. À la commission scolaire, ma réputation était celle d’un gars capable de travailler avec des jeunes au comportement difficile. Je remplaçais un enseignant en congé de maladie pour dépression. Je crois que j’étais le troisième sur la liste des prochains blessés, victime de la force négative de ce groupe. Mais j’ai des petites nouvelles pour ma gang de durs à cuire. J’ai besoin de travailler et de gagner ma vie. Je suis en pleine forme et je n’ai pas le goût de donner raison à quelques têtes fortes en mal de professeurs tombés au combat.

La première rencontre avec les élèves devait mettre la table sur mes attentes et ma détermination à toute épreuve de faire face à la musique. En somme, le boss de la classe c’est moi et personne d’autre. Tu ne peux pas penser pédagogie sans avoir établi ton autorité et le respect avec tes élèves, surtout lorsqu’il s’agit d’une clientèle comme celle que j’avais. Cette attitude qui détermine dès le départ les règles du jeu engendre diverses réactions. Il faut être prêt à affronter les leaders négatifs. Ça, mes amis, c’est la période la plus difficile. Enfin, je vous ferai grâce de tous les détails, mais j’ai gagné mes épaulettes, la confiance des élèves et de la direction. J’ai terminé l’année scolaire avec mon groupe. J’avais l’admiration et le respect de mes élèves. Ils avaient mon affection et mon désir qu’ils apprennent dans le plaisir et le goût d’eux-mêmes.

MON TUTORAT À LA POLYVALENTE DE NEUFCHÂTEL

Je travaille sur un projet lié à un cours avec un ami qui est directeur adjoint de la vie étudiante à la polyvalente de Neufchâtel. Nous suivons un cours de soir en relations industrielles. La discussion entre nous est ouverte et il me demande à brûle pour point si je suis intéressé par le remplacement d’un professeur de secondaire III qui est en congé de maladie pour le reste de l’année scolaire. Il m’offre la possibilité, dans un premier temps, de devenir surveillant d’école. Le remplacement de ce professeur qui doit quitter pour un congé de maladie prolongé se fera un peu plus tard. Évidemment, j’acquiesce sur le champ et accepte son offre. Je commence à titre de surveillant d’école. Entre temps, nous avons quitté le lac et notre hameau en pleine forêt. La location d’un appartement avec toit cathédrale et puits de lumière à Charlesbourg non loin de mon travail et des commodités de toutes sortes ont eu raison de la nature.

Après la surveillance, le contrôle des absences et l’application des règles disciplinaires pour les élèves, puis enfin, la pédagogie ! Mon tutorat s’adresse à un groupe de gars et de filles, élèves en secondaire III, suivant un cours de menuiserie. J’enseigne les matières académiques telles que le français, les mathématiques, l’anglais et la catéchèse. Beau programme, n’est-ce pas ? Je sais, je sais, je n’ai pas de baccalauréat en pédagogie ! Mais à cette époque, il y avait des tolérances, dans la mesure où l’expérience et la scolarité se conjuguaient au besoin du marché scolaire. Mon groupe était motivé et dynamique. Le soir j’arrivais beaucoup moins fatigué que lorsque j’enseignais à Bhérer. Sur l’heure du midi, il m’arrivait de faire de la surveillance sur l’étage donnant accès à l’entrée principale. Un midi, dans mon champ visuel, j’aperçois un groupe de jeunes de secondaire cinq rassemblé près des toilettes. Ils sont cinq ou six qui rient à gorge déployée en regardant à l’intérieur des toilettes pour garçons. Je m’avance vers le groupe pour voir ce qui est si drôle. Le feu est allumé dans une poubelle et deux élèves s’amusent à l’attiser de papier. J’interpelle les amuseurs publics afin qu’ils arrêtent leur manège. Mal m’en prit, l’un des élèves m’invective et me demande sur un ton menaçant d’aller voir ailleurs. En voulant le saisir pas le bras pour l’orienter vers le hall central, il tente de me frapper d’une droite qui m’effleure le visage. Je ne fais ni un ni deux, je l’empoigne et lui fait un mouvement de judo qui s’appelle Osoto Gari, qui vise à le renverser au sol par un mouvement d’épaule et de jambe. Une fois au sol, je le maîtrise et appelle mon collègue surveillant. Le tout se termine au bureau du directeur avec une menace de poursuite judiciaire de la part de l’élève. Une semaine plus tard, je suis convoqué par le directeur de l’école qui m’avise qu’une poursuite est intentée contre moi et l’institution scolaire, le dossier étant dans les mains des avocats de la commission scolaire.