Je fais ma ronde du midi sur l’étage donnant accès aux cases des élèves. Je sens une agitation anormale. Mon collègue surveillant est interpelé pour se rendre au local de la radio étudiante situé au sous-sol. Je m’assois sur le grand banc dans le hall central donnant accès visuellement aux rangées de cases. Soudain, un élève me regarde et lance un objet en ma direction. Je crois que c’est une pomme ! Voilà, je sais que le moment redouté est arrivé. Tout défile dans ma tête à une vitesse folle. Je comprends le manège. Ils ont isolé mon collègue en l’emmenant au sous-sol, puis il tente de m’attirer vers les cases des vestiaires. Je n’ai pas le choix, j’avance vers celui qui a lancé la pomme. J’entre dans l’allée, je marche environ dix à quinze mètres, puis deux gaillards m’attaquent physiquement. Je vois qu’ils sont beaucoup plus âgés que nos élèves. J’ai le temps de constater qu’un cercle formé d’une quinzaine de personnes se referme sur moi. Je suis encerclé, pris au piège avec mes deux sbires qui tentent de me faire un mauvais sort. Je vous assure que j’ai le souffle court. Merci au Judo et à mon excellente condition physique. Malgré l’attaque surprise et la force de mes assaillants, je suis en contrôle de la situation. Ils ne réussissent pas à me frapper. Je suis tellement sur l’adrénaline que je les traîne jusqu’au bout du corridor en finissant par avoir le contrôle sur l’un deux. Je le couche au sol et le maîtrise du mieux que je peux pendant que je tente de me protéger avec mon autre bras des coups portés par l’autre énergumène. Je suis à bout de souffle, exténué. J’ai l’impression que mon énergie vitale va me lâcher ! Au moment où mon collègue arrive pour me porter assistance, les deux voyous prennent la fuite. Nous étions à quelques mètres de la porte de sortie. Je m’en sors sans être trop amoché. Quelques contusions au haut du corps et ma veste déchirée sont les séquelles de cette attaque sournoise.
Les policiers arrivent sur les lieux. L’attroupement de jeunes s’est dispersé, comme par hasard. En discutant avec ces derniers et en refaisant le déroulement des événements, nous en arrivons à la conclusion que j’avais certainement dérangé un réseau de distribution de drogue. L’intervention des deux jeunes adultes ne faisant pas partie du milieu scolaire confirmait aux policiers la thèse du réseau de drogue implanté à l’école. Les semaines passèrent, la fin de l’année scolaire était à nos portes. Je suis fier de ma classe et du rendement scolaire de mes élèves. Vous comprendrez que je garde un souvenir indélébile de cet incident pour le moins mémorable. Je tiens à vous redire que ce fait raconté n’enlève rien à la qualité de l’enseignement et du personnel de direction de l’établissement scolaire de l’époque. Je crois que ce n’est pas banal comme histoire et je souhaite, grâce à ce texte, rendre hommage à des hommes et des femmes qui tous les jours offrent le meilleur d’eux-mêmes pour la formation et l’éducation de notre jeunesse. Ils méritent toute notre admiration et soutien.




