Archives du février, 2009

Chapitre XII – Baie Déception

Chapitre XII – Baie Déception

Juin 1977. Je suis toujours étudiant en sciences sociales à l’Université Laval. Ma relation avec ma compagne de vie est merveilleuse. Nous habitons le quartier St-Sauveur dans un quatre pièces et demie que j’ai pratiquement refait à neuf avec l’aide de quelques membres de sa famille. La fin de l’année universitaire est bienvenue. Je lis dans un quotidien de la région que la compagnie Asbestos Corporation cherche des journaliers pour travailler dans le grand nord Québécois. La compagnie exploite une mine d’amiante à ciel ouvert à quatre cents milles au nord de Fort Chimo. Vous connaissez mon goût pour l’aventure, sans oublier qu’il s’agit d’un travail très payant. Je prend la décision de tenter ma chance. Je communique avec qui de droit à Montréal et insiste pour prévoir une rencontre. Pour ceux qui me connaissent, vous savez à quel point rien ne m’arrête quand j’ai une idée en tête ! Quelques semaines plus tard, je reçois une invitation à une entrevue de la part de l’agence qui a le mandat de la présélection.

La rencontre est à Montréal. L’entrevue se déroule bien et je suis convoqué le jour même à un examen médical. Le lendemain, je vais comme prévu rencontrer le médecin de la compagnie. À la fin de la deuxième journée, le responsable de l’embauche m’annonce que je suis engagé et que mon départ est prévu de Dorval pour le début du mois de juillet. Je suis fou de joie, impatient d’arriver sur Québec pour annoncer la nouvelle à ma compagne. Celle-ci manifeste et partage le même enthousiasme que moi. Nous savons tous les deux que nous avons besoin d’argent. Nous étions tous deux étudiants et nous ne roulions pas sur l’or ! Évidemment, j’ai le cœur un peu déchiré de laisser mon amoureuse et la maison, mais les attraits sont forts : l’argent et l’aventure.

Voilà, je quitte ma douce, notre chat et le confort de notre petit chez-nous modeste mais quand-même douillet. L’avion décolle vers 13h00. Il faut que je sois à l’aéroport quelques heures à l’avance. Nous sommes regroupés dans une petite salle, tous des travailleurs du nord qui débarqueront pour certains à Shefferville, Wabush et d’autres à Fort Chimo. Le décollage se fait à merveille avec cet appareil dont les moteurs sont à hélices. Je m’ennuie déjà, mais je dois être solide dans ma tête pour faire faire face à la vie du grand nord. Je me conditionne du mieux que je peux, car il s’écoulera six semaines avant mon retour dans mon lit près du corps doux de celle que j’aime.

J’ouvre une parenthèse pour vous dire que j’ai eu l’occasion, après ce voyage de retourner dans le grand nord. Je me suis rendu, dix ans plus tard, à Salluit, dans le cadre de ma page Le Soleil en classe éditée par le quotidien Le Soleil de Québec. Cette destination est le plus haut point sur la carte du Québec. Nous sommes chez les Inuits, sur le bord du détroit d’Hudson, près des Terres de Baffin. Je vous en parlerai dans quelques temps sur mon blog.

Revenons à Baie Déception ! Le trajet en avion dure quelques heures, je suis anxieux d’arriver. Nous survolons une bonne partie du nord Québécois. Des centaines de rivières, de sapins et d’épinettes sont au rendez-vous. Le sol est rocailleux, gris, plaqué de façon éparse d’un petit vert tendre. Plus nous avançons au nord, plus la végétation se fait clairsemée. Nous atteignons Shefferville, un peu plus haut le début de la toundra. À partir de Fort Chimo, des lacs, un sol de plus en plus désert, despetits arbustes et du lichen tapissent la terre du grand Nord. Je regarde par le hublot et je vois une merveille venue du cosmos. Un lac de la superficie du Lac St-Jean formé il y des millions d’années par la chute d’un météorite. Je peux distinguer du hauts des airs la couleur transparente de l’eau et son apparence de pureté. Spectacle formidable mais qui fait aussi réfléchir sur la force des éléments au dessus de nos têtes. Enfin, j’aperçois un semblant de mini-village, c’est Asbestos Hill, lieu du campement des hommes et de l’exploitation de la mine. Je sais que le pilote de l’avion est expérimenté. Le commandant de cet aéronef est communément appelé pilote de brousse. Nous atterrissons sur une piste de gravier balisée par des fusées de secours, comme celles dont les policiers se servent lors des accidents d’automobiles. Nous débarquons de l’avion. J’ai envie de crier : « Maman viens me chercher ! » Dans mon champ visuel, un désert, des barils de pétrole classés en forme de pyramide, des roulottes servant d’aérogare, pas un arbre qui vive. Mon Dieu, dans quelle galère me suis-je embarqué ? Six semaines, une éternité !

Naufragé de l’amour

Naufragé de l’amour

Je suis las !
Condamné à l’errance
parmi mes mots et les lettres
accolées les unes aux autres
cherchant dans l’écriture,
une image de toi

Illusion, déni du destin
Tu ne reviendras jamais !
Lumière de l’univers
Délivre-moi de cette chimère amoureuse
qui doit mourir

Charles Aznavour l’intemporel (fin)

Charles Aznavour l’intemporel (fin)

Nous sommes en mai 2002, à quelques mois de l’ouverture officielle de l’Espace Félix-Leclerc. Je communique à Paris avec Gérard Davoust, le bras droit de Charles Aznavour. Je sais que Charles Aznavour est en spectacle à Montréal, Ottawa et Toronto. La communication téléphonique à laquelle je fais référence s’est réalisée plusieurs mois avant mai 2002. J’insiste auprès de Gérard pour qu’il intercède auprès de Charles Aznavour afin qu’il fasse un arrêt sur l’île. Il serait le premier invité de prestige à visiter l’Espace, malgré le fait que tous les travaux ne soient pas complétés. Sa présence sur l’île apporterait une plus value sur le plan médiatique quelques mois avant l’ouverture officielle. Sans oublier la valeur symbolique de sa venue. Aznavour a contribué, au même titre que Raymond Devos, à la relance de la fondation Félix-Leclerc et la naissance de L’Espace Félix-Leclerc.

Michel Rivegauche parolier d'Édith Piaf

Michel Rivegauche parolier d'Édith Piaf

Quelques semaines après ma communication téléphonique avec notre ami Gérard Davoust, celui-ci confirme officiellement la présence de Charles Aznavour au mois de mai 2002. Quel bonheur ! La présence d’Aznavour est la preuve, du moins dans mon esprit, que ce lieu aura un grand destin, à la hauteur du poète qu’a été Félix Leclerc pour le Québec et la francophonie. Je ne vous ferai pas la description de sa venue sur l’île, les médias l’ont fait abondamment à l’époque. De toute façon, sur Internet, vous pouvez lire tous les détails entourant son passage. Un moment unique qui restera dans la mémoire longtemps. Merci du fond du cœur Charles Aznavour !

Plus loin dans ce blog, je vous raconterai en détails toute l’histoire de la création de l’Espace Félix-Leclerc et de la relance de la Fondation. Vous risquez d’être étonnés par ce que vous allez apprendre.

Le sentiment en fête

Le sentiment en fête

Tu le sais, tu le sens !
Il s’est passé quelque chose entre nous
nos yeux se sont rencontrés, nos cœurs le savent
Un jour, je suis allé au risque de moi-même, sans filet
Je t’ai écrit des mots sur nos non-dits !
Ta réaction ne m’a pas laissé le choix

L’imaginaire mon refuge
Sache que je défierais le destin, s’il le fallait !
Traverserais tous les obstacles, toutes les épreuves
pour vivre un grand amour avec toi
Un jour nos regards se retrouveront
dans la lumière et la liberté

Charles Aznavour l’intemporel (suite)

Charles Aznavour l’intemporel (suite)

Après les quelques jours vécus sur l’île du poète, je revois Charles Aznavour à l’été 1998 dans le cadre du spectacle Félix Leclerc le géant québécois, présenté au théâtre St-Denis de Montréal. Ce spectacle était animé par Charles Aznavour lui-même et Robert Charlebois. Avec le soutien du géant de la chanson française, Guy Latraverse a été le maître d’œuvre de l’événement spectacle et de la production télévisuelle, diffusée au Québec et dans toute la francophonie. Les réseaux TVA et TV5 international assuraient la diffusion. Une multitude d’artistes du Québec et de la France étaient sur scène pour rendre hommage à l’œuvre chansonnières du chantre québécois. Encore une fois, il faut saluer la collaboration essentielle de Charles Aznavour et le génie d’organisation et de la gestion d’événements artistiques de Guy Latraverse.

On peut prétendre ou penser ce que l’on veut. Oui, Aznavour à titre de propriétaire des Éditions Raoul Breton possède le catalogue des plus belles chansons de Félix Leclerc en France. Pendant les dix ans que j’ai été à la tête de la Fondation Félix-Leclerc, je peux affirmer combien Charles Aznavour s’est impliqué de façon exceptionnelle pour la diffusion de l’œuvre du poète Québécois. Il a soutenu avec vigueur la mission de la Fondation Félix-Leclerc et la création de l’Espace Félix-Leclerc sur l’ile d’Orléans. Une fois le spectacle terminé, nous nous retrouvons tous à l’hôtel Le Reine Élisabeth pour un banquet offert aux artistes et invités d’honneurs. Une soirée magique où tout le gratin artistique québécois et quelques gros noms venus de France étaient de la fête.

Nous avions fait fabriquer par un artiste ébéniste de l’île, ami de Félix, une épinglette en bois représentant le logo de la Fondation. L’idée était d’offrir aux invités et artistes présents ce petit souvenir emblématique tout en personnalisant cette remise. Je me souviens très bien d’avoir demandé à Guy Latraverse si cela se faisait, que de passer par les tables pour rencontrer chaque personne. En moins de deux, Nathalie Leclerc et moi nous retrouvons à faire le tour de la salle et des tables dans une opération de relations publiques surréaliste. J’ai en mémoire la rencontre avec Serge Lama, l’artiste préféré de ma jeunesse. Au moment où il m’a serré la main et pris dans ses bras, mon souffle s’est mis en mode retenue tellement son énergie était vive. Vous auriez dû voir de quelle façon il a serré Nathalie dans ses bras. Ouf! Il me semble que le tout a duré une éternité. Quel personnage et quelle nature que cet immense artiste! Il serait trop long de vous énumérer toutes les personnalités rencontrées lors de notre tournée de remerciements, mais je confesse que d’avoir serré la main de l’actrice et comédienne Louise Marleau m’ait fait un petit pincement au cœur.

Il y a un personnage de l’ombre qui a joué un rôle déterminant auprès de Charles Aznavour pendant toutes ces années où j’ai dirigé la destinée de la Fondation Félix-Leclerc. Il s’agit de Gérard Davoust, le PDG des Éditions Raoul Bretons et président de la SACEM à l’époque. Il est devenu un ami personnel avec les années. Un homme très influent en France et ailleurs dans la francophonie. Je l’ai souvent appelé pour solliciter son aide afin qu’il intercède auprès d’Aznavour ou pour les projets concernant la Fondation Félix-Leclerc.

Quelques années plus tard, soit en 2001, dans le cadre du festival en chansons de Troyes en France, mon aide est requise par le directeur général du festival, monsieur Pierre-Marie Boccard. Charles Aznavour est le président d’honneur de l’événement dont le rayonnement va au-delà des frontières du pays. Un important hommage sera rendu à Félix. Je suis interpelé pour collaborer à la définition de la programmation artistique de la soirée. Évidemment, j’en discute avec Nathalie,son point de vue est toujours sollicité. Pour tout ce que j’ai développé, les projets, les idées entourant le nom de son père, elle était systématiquement consultée. Nous sommes invités par la direction du festival à venir passer une semaine à Troyes. L’année précédant le festival, j’avais travaillé avec Pierre-Marie au choix des artistes qui rendront hommage à l’œuvre chansonnière de Félix sur l’une des scènes du festival.

Il faut que je vous raconte une anecdote un peu spéciale reliée aux choix des artistes qui rendront hommage au poète dans le cadre du Festival. Je reçois un appel de Pierre-Marie Boccard. Je le sens dans sa voix, il est contrarié, il a un problème difficile à résoudre. Nathalie et moi avions arrêté l’un de nos choix comme artiste invité sur Yves Duteil. Pierre-Marie m’explique que Richard Desjardins et quelques autres artistes invités refusent de participer à l’hommage si Yves Duteil est de la programmation. Oh, là! Ça ne va pas bien du tout! Quelle est la raison d’une telle attitude? Pierre-Marie m’explique que Richard Desjardins le Québécois et ses comparses français ne voulaient pas travailler avec Duteil pour des raisons politiques. Ce dernier avait, dans un passé pas très lointain, travaillé pour le bureau du Président Jacques Chirac à L’Élysée. Je crois que Duteil avait été conseiller culturel. Comment dénouer une telle crise? Je propose à Pierre-Marie de communiquer avec Yves. Ce que je fais dans les jours qui suivent, sans mentionner la véritable raison du pourquoi nous retirions son nom de la programmation. Je crois que j’avais prétexté des raisons budgétaires. Je vous assure que j’étais mal à l’aise, surtout que Duteil soutenait notre fondation, qu’il avait bénéficié de l’affection de Félix par le passé et qu’il était un admirateur inconditionnel de l’œuvre littéraire et chansonnier du poète. Il a accepté ma décision avec de la déception dans la voix, mais demeura fidèle à tout ce qui touchait Félix et les projets de notre fondation. Je ne peux en dire autant de Richard Desjardins. Mais enfin, ça ne m’a jamais empêché de dormir. Sachez que je suis un admirateur de l’œuvre du poète chansonnier d’Abitibi. Disons que la problématique face à laquelle nous nous retrouvions était pour le moins particulière.
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Charles Aznavour et la direction du Festival de Troyes ont été d’une générosité fantastique à notre égard. Plusieurs fois nous avons eu le privilège de partager le repas avec l’artiste et ses invités. Un soir, il y avait autour de la table du président d’honneur, dans un petit restaurant chaleureux de Troyes, des artistes tels que Raymond Devos, Fred Mella, soliste des réputés Compagnons de la Chanson, Suzanne Avon, la femme de Fred Mella et artiste Québécoise bien connue des milieux culturels du Québec dans les années 1950 et 1960. La soirée en hommage à Félix Leclerc fut présentée dans une magnifique salle à l’italienne de quatre cents places. Beaucoup d’émotions et de chaleur sur la scène. Un verre de l’amitié fut offert après le spectacle. Le tout se passa sur la scène, artistes, musiciens, Charles Aznavour et les invités. J’étais content de voir Daniel Boucher, récipiendaire du prix Félix-Leclerc de la chanson, Richard Desjardins, Élise Boucher, interprète de l’œuvre chansonnière de Félix en France depuis plusieurs années. Raymond Devos, Jean Dufour, le gérant français de Félix à l’époque, et bien d’autres personnalités présentes à ce magnifique hommage rendu à Félix par le Festival de Troyes. Dans les jours qui suivent, nous sommes invités au spectacle de Henri Salvador sur l’une des scènes intérieures du festival. Accompagnés de Jean Dufour et une amie commune, nous assistons au spectacle de cet autre monstre sacré de la chanson française. Les avis sont partagés, mais au prix qu nous ont coûté nos places, merci la vie, merci le festival. Moi j’ai aimé Salvador. Un peu trop crooner à mon goût, mais le jeune guitariste qui l’accompagnait valait à lui seul le déplacement.

HOMMAGE DU FESTIVAL À CHARLES AZNAVOUR

Je ne peux passer sous silence un moment hors du commun, magique, celui de l’hommage fait à Charles Aznavour par le festival de Troyes. Nous sommes dans l’immense salle attenante à sa loge, des amis proches de l’artiste discutent de choses et d’autres. Aznavour est là, convivial, détendu, heureux de retrouver de vieux amis. Quelques minutes avant le début du spectacle, nous sommes conviés à aller prendre place. Imaginez la scène, 900 choristes accompagnés par des dizaines de musiciens interprétant les plus grands succès du géant de la chanson française. Tout y est, décor, costumes, chorégraphies, éclairages, le grand Charles, assis au milieu de la foule, applaudissant tous ces choristes venus lui rendre hommage. Les 900 choristes font un clin d’œil à Félix en chantant Le Pharmacien. Puis c’est au tour de Lynda Lemay avec les souliers verts. Au milieu du spectacle, Charles Aznavour est invité à rejoindre les chanteurs et la scène. Il interprète quelques-unes de ses plus grandes chansons. Trois ou quatre mille personnes sont debout, applaudissant de toute leur cœur l’immense personnage qui aura fait rêver et danser plusieurs générations. Moi, comme ancien choriste ayant chanté pendant plus de dix ans dans un groupe vocal, je suis là, témoin de la prestation de l’un des plus grands artistes de la chanson. Moment de grâce, de félicité! Une réception suivit la soirée hommage. J’étais conscient du moment présent et que nous devions à Charles Aznavour et au festival de Troyes une semaine de rêve.

Charles Aznavour l’intemporel

Charles Aznavour l’intemporel

Nous sommes un samedi de juillet 1997. La lumière du ciel est surréaliste sur l’île de Félix. Si j’étais peintre, je trouverais dans cette lumière toutes les inspirations pour la création artistique. Je me retrouve à l’auberge la Goéliche située à Ste-Pétronille à l’île d’Orléans. Je suis fébrile et anxieux à la fois. J’attends sur le parvis de l’auberge le grand Charles Aznavour que j’accueillerai pour la première fois dans le cadre d’un court séjour pour le tournage d’un hommage à Félix.

Gérard Davoust et Fabiola Toupin

Gérard Davoust et Fabiola Toupin


La Fondation Félix-Leclerc que je dirigeais à l’époque avait initié, avec l’aide de Guy Latraverse et Gérard Davoust, président des Éditions Raoul Breton, propriété de Charles Aznavour en France, un hommage à Félix pour commémorer les dix ans de son décès. Au risque de me répéter, je le fais quand même, sachant que j’ai écrit quelques mots à ce sujet sur le texte concernant Raymond Devos. Alors, voilà, j’aperçois une cohorte de voitures arrivant sur le stationnement de l’auberge. Je revois Charles Aznavour descendre de la voiture, casquette de réalisateur sur la tête, minuscule caméra vidéo japonaise à la main droite, s’amusant à filmer les alentours. Je suis impressionné par la jeunesse qu’il dégage et son petit côté vacancier, voir touriste. Pour moi, Aznavour est un modèle depuis longtemps. Il ne m’impressionne pas seulement comme artiste, mais aussi comme homme. Il est la conjugaison parfaite entre l’homme de tête et l’homme de cœur. Je me souviens, un soir à la fin du tournage, nous nous sommes retrouvés à l’une des meilleures tables de l’ile d’Orléans. Nous sommes assis, Gaétane Morin, la femme de Félix, Nathalie Leclerc, Guy Latraverse, Raymond Devos, Charles Aznavour et moi. La discussion est animée, évidemment Raymond Devos et Charles Aznavour sont au cœur de cette animation verbale. Difficile de placer un mot devant ces deux légendes vivantes. D’ailleurs là n’était pas l’intérêt. Il fallait profiter de chaque moment, vivre l’instant présent comme un immense cadeau du destin. Même Guy Latraverse, qui n’est pas le dernier venu dans la capacité oratoire, avait compris la beauté et le côté rarissime d’un tel moment. J’écoutais et je regardais, comme un enfant attentif à une histoire racontée par ses deux grands-pères en même temps. Calembours, vivacité d’esprit, petites pointes d’humour ironiques, souvenirs de Félix… Enfin, vous vous imaginez un peu la scène.

Souvent, pour faire plaisir aux invités de prestige, les restaurateurs vont mettre en fond musical une chanson de l’artiste assis à une table de leur restaurant. Tout en discutant, nous entendons l’une des chansons de Charles Aznavour. Une délicatesse du propriétaire à l’égard de cet immense artiste de la chanson. Moi personnellement, je n’ai rien contre, je n’ai rien pour! Mais Raymond Devos, qui connaît Aznavour depuis des lustres et qui aime bien le taquiner, lui demande à brûle pour point de fredonner les paroles de la chanson que l’on entend. Le grand Charles n’est pas dupe, il flaire le piège de son ami fin filou de Devos. Malgré le fait d’avoir pressenti l’inconfort, un peu malicieux, avouons-le, préparé par Devos, Aznavour ne put résister à réagir avec orgueil. Il répondit sans équivoque possible que seulement les oiseaux chantaient sans cachet. Ouf! La réplique fut cinglante! Je venais de découvrit la grosseur des égos de deux géants artistes.

Citation

Citation

« Nous devons à chaque jour être prêts à renoncer à soi-même pour faire place à l’homme nouveau qui naîtra de ces deuils, conduisant inexorablement vers la lumière. » – Christian Bilodeau

Le Judo : plus qu’un sport!

Le Judo : plus qu’un sport!

Du plus loin que je me souvienne, surtout à partir de la jeune adolescence, je me trouvais maigrelet. J’étais complexé. Quand je pensais à mes grands-pères… Ils étaient des forces de la nature, construits pour veiller tard comme on dit par chez nous. J’ai souffert de ce complexe longtemps. Je savais que j’étais solide physiquement, mais je me sentais mal dans mon corps. Avec ma première compagne, j’ai intégré l’activité sportive à ma vie. À l’âge de vingt-deux ans, un soir en marchant sur la rue St-Joseph à Québec, je vois l’enseigne du Club de Judo de la vieille Capitale. Je suis curieux, j’y entre, juste pour voir! Au départ, comme j’ai un corps longiligne, le Karaté me semble être un sport de combat plus approprié pour moi. Enfin, je monte les deux étages du bâtiment et je regarde par la grande fenêtre pour y découvrir des gars et des filles pratiquants une forme de lutte, un corps à corps où chacun des partenaires cherche à projeter l’autre au sol ou à l’immobiliser. J’avoue qu’au premier abord, je suis un peu perplexe face à ce qui ressemble à du tiraillage. La séance terminée, je demande à parler au professeur. Je rencontre pour la première fois, monsieur Gérard Blanchet, le propriétaire et professeur du Club. Il m’invite à revenir le lendemain soir pour un essai libre. Le lendemain, j’enfile mon judogi, et c’est le coup de foudre.

Tout au long des années qui ont suivi, ce sport m’a apporté énormément sur le plan de mon développement personnel. Il a augmenté et consolidé la confiance en moi, ma force mentale et mon désir de vaincre. Encore aujourd’hui, malgré les épreuves qui se présentent à moi, je ressens toujours cette force intérieure qui m’habite. Je suis persuadé que l’esprit du judo m’a soutenu dans les moments difficiles de ma vie. Onze années de traitements d’hémodialyse sans monter sur le tatami et pratiquer le sport qui m’a le plus fait grandir, j’avoue que je me suis ennuyé. Combattre la force, les habiletés techniques de l’autre, sentir son énergie, c’est quelque chose de très intense comme sensation. La pratique régulière de ce sport permet de nourrir l’esprit de camaraderie entre hommes. La société ne nous le permet pas souvent aujourd’hui. J’ai appris le respect de l’adversité. La plus grande victoire est toujours sur soi-même. Le judo m’a aidé à développer cette conviction profonde que l’on peut vaincre même si l’obstacle se dressant devant soi est important.

L’une de mes plus grandes fiertés est l’obtention de ma ceinture noire, le 4 juin 2006. Le passage de grade s’est fait devant un jury d’experts en judo dans le Nord de Montréal. Pendant une année et demie, j’ai pratiqué mes techniques de projections debout, d’immobilisations au sol, de clés de bras, d’étranglements et les séries de Katas. Après plusieurs années d’absence au Club, je reprenais l’entraînement sous les conseils de mon professeur et maître en judo Gérard Blanchet. Greffé du rein le 9 juillet 2002, après onze années d’attente, je réalisais en 2006 le rêve inscrit dans ma tête depuis l’âge de vingt-deux ans, suite à douze ans de pratique. Revêtir le judogi, un honneur, un privilège! Merci au Judo, à mes camarades, partenaires d’entraînements et à mon professeur Gérard Blanchet pour m’avoir guidé tout au long de la route de l’apprentissage du judo, école de vie.

Chapitre XI : Les études, le travail et l’amour

Chapitre XI : Les études, le travail et l’amour

Voilà, c’est décidé, je retourne sur les bancs d’école. Je sais que cette décision engendre des conséquences sur mon mode de vie. Je suis prêt à faire face à la musique! Mais pour amortir le choc, je passe par l’éducation des adultes afin de terminer mon secondaire cinq. Ce choix me permet de retirer un montant d’argent du gouvernement dans le cadre d’un programme de retour aux études pour une clientèle adulte.

Nous sommes en 1974, mes sentiments pour mon professeur d’anglais Michèle se sont modulés au gré du temps et du réel qui dictait de poursuivre vers une autre voie. À la Source, une deuxième vague de jeunes assurait la continuité et le renouvellement des idées. Parmi ces jeunes, une fille au tempérament de feu et magnifiquement belle attira mon attention. Elle avait créé, avec d’autres amis de son groupe, un café-rencontre qui s’appelait Café Pinguinos. À l’occasion, nous parlions de ses projets, de ses rêves, de moi, de la Source. Bref, plus je la connaissais, plus je la trouvais belle, et plus je la trouvais belle, plus je me sentais amoureux. Et moi quand je suis amoureux, je vous assure que ce n’est pas rien! C’était une jeune femme mystérieuse. Elle disposait d’une retenue qui lui donnait un charme fou. Fou d’elle, je crois que c’est l’expression qui traduit le mieux mon attitude. Je me souviens qu’elle avait d’autres prétendants! Tout à fait normal pour une jeune femme de cette qualité. J’étais un jeune homme fougueux et surtout extrêmement amoureux. Il n’était pas question que je laisse un centimètre d’espace à d’autres prétendants, peu importe qui. De toute façon, il n’était pas dans ma personnalité de laisser passer ce qui était important à mes yeux, encore moins une femme dont j’étais amoureux. Une fois dans ma vie j’ai dû abdiquer. Je n’avais pas le choix, j’étais malade, au sortir d’une greffe difficile. Je vous en reparlerai dans les chapitres subséquents de mon blogue.

Finalement, de fil en aiguille, nous développons une relation amoureuse. C’était une jeune femme aux valeurs profondes avec de la pudeur dans l’expression du sentiment. Rien à voir avec les mœurs d’aujourd’hui où la liberté des esprits et des corps se conjugue différemment. Je tiens à préciser que je ne porte aucun jugement moral sur la société actuelle. Comme je suis un romantique et un passionné, je crois en la valeur du temps en amour. La femme qui sait faire attendre son homme, augmenter le niveau du désir envers elle est une gagnante. Félix Leclerc disait que l’on marche après ce que l’on croit posséder, mais que l’on court à ce que l’on désire. J’y crois!

J’ai dix-neuf ans et elle en a dix-sept. Je l’invite aux noces de ma sœur Maryse et de mon meilleur ami de l’époque Gilles. Vous vous souvenez de ma sœur et de mon meilleur ami de la Source ? Ils ne sont plus ensemble aujourd’hui, mais ils ont eu deux magnifiques filles, Josée et Andréanne. Mars 1975, après d’une année et demie de fréquentation nous décidons d’aller vivre ensemble. Nous nous installons sur la rue Kirouac en basse-ville. J’étudie à temps plein de soir en sciences humaines au Cégep François-Xavier-Garneau. Je travaille de jour pour Hydro-Québec comme aide-arpenteur. Une relation amoureuse et de couple où nous construirons notre scolarité collégiale et universitaire tout en pratiquant des activités sportives les fins de semaine. Il faut beaucoup d’énergie et de détermination pour concilier le travail et les études à temps plein. Nous avons cette énergie, la jeunesse de nos vingt ans et l’amour sont au rendez-vous. Le collégial terminé, je m’oriente vers les sciences sociales à l’Université Laval. La sociologie m’intéressait pour l’ouverture et la compréhension du monde qu’elle pouvait me procurer. Je savais que je ne pratiquerais jamais cette discipline, mais la culture générale et le développement de la pensée scientifique étaient la base de mes motivations. Tout au long de mes études en sociologie, je travaillais comme professeur suppléant deux à trois jours semaines. Je remplaçais des professeurs de niveau élémentaire diplômés de l’École Normale qui devaient compléter la scolarité universitaire en enseignement.

Le sport a occupé une très grande place dans ma vie. Je suis aujourd’hui ceinture noire en judo, une discipline à laquelle je dois beaucoup. Le prochain chapitre portera sur cette magnifique discipline et philosophie de vie. Je reviendrai pour la suite de ce chapitre, un peu plus tard.

L’amour

L’amour

« Il ne peut y avoir d’amour s’il n’y a pas de respect! Premièrement, le respect de soi-même. Ensuite, celui de l’autre. » — Christian Bilodeau