Archives du février, 2009

Chapitre XII – Baie Déception

Chapitre XII – Baie Déception

Juin 1977. Je suis toujours étudiant en sciences sociales à l’Université Laval. Ma relation avec ma compagne de vie est merveilleuse. Nous habitons le quartier St-Sauveur dans un quatre pièces et demie que j’ai pratiquement refait à neuf avec l’aide de quelques membres de sa famille. La fin de l’année universitaire est bienvenue. Je lis dans un quotidien de la région que la compagnie Asbestos Corporation cherche des journaliers pour travailler dans le grand nord Québécois. La compagnie exploite une mine d’amiante à ciel ouvert à quatre cents milles au nord de Fort Chimo. Vous connaissez mon goût pour l’aventure, sans oublier qu’il s’agit d’un travail très payant. Je prend la décision de tenter ma chance. Je communique avec qui de droit à Montréal et insiste pour prévoir une rencontre. Pour ceux qui me connaissent, vous savez à quel point rien ne m’arrête quand j’ai une idée en tête ! Quelques semaines plus tard, je reçois une invitation à une entrevue de la part de l’agence qui a le mandat de la présélection.

La rencontre est à Montréal. L’entrevue se déroule bien et je suis convoqué le jour même à un examen médical. Le lendemain, je vais comme prévu rencontrer le médecin de la compagnie. À la fin de la deuxième journée, le responsable de l’embauche m’annonce que je suis engagé et que mon départ est prévu de Dorval pour le début du mois de juillet. Je suis fou de joie, impatient d’arriver sur Québec pour annoncer la nouvelle à ma compagne. Celle-ci manifeste et partage le même enthousiasme que moi. Nous savons tous les deux que nous avons besoin d’argent. Nous étions tous deux étudiants et nous ne roulions pas sur l’or ! Évidemment, j’ai le cœur un peu déchiré de laisser mon amoureuse et la maison, mais les attraits sont forts : l’argent et l’aventure.

Voilà, je quitte ma douce, notre chat et le confort de notre petit chez-nous modeste mais quand-même douillet. L’avion décolle vers 13h00. Il faut que je sois à l’aéroport quelques heures à l’avance. Nous sommes regroupés dans une petite salle, tous des travailleurs du nord qui débarqueront pour certains à Shefferville, Wabush et d’autres à Fort Chimo. Le décollage se fait à merveille avec cet appareil dont les moteurs sont à hélices. Je m’ennuie déjà, mais je dois être solide dans ma tête pour faire faire face à la vie du grand nord. Je me conditionne du mieux que je peux, car il s’écoulera six semaines avant mon retour dans mon lit près du corps doux de celle que j’aime.

J’ouvre une parenthèse pour vous dire que j’ai eu l’occasion, après ce voyage de retourner dans le grand nord. Je me suis rendu, dix ans plus tard, à Salluit, dans le cadre de ma page Le Soleil en classe éditée par le quotidien Le Soleil de Québec. Cette destination est le plus haut point sur la carte du Québec. Nous sommes chez les Inuits, sur le bord du détroit d’Hudson, près des Terres de Baffin. Je vous en parlerai dans quelques temps sur mon blog.

Revenons à Baie Déception ! Le trajet en avion dure quelques heures, je suis anxieux d’arriver. Nous survolons une bonne partie du nord Québécois. Des centaines de rivières, de sapins et d’épinettes sont au rendez-vous. Le sol est rocailleux, gris, plaqué de façon éparse d’un petit vert tendre. Plus nous avançons au nord, plus la végétation se fait clairsemée. Nous atteignons Shefferville, un peu plus haut le début de la toundra. À partir de Fort Chimo, des lacs, un sol de plus en plus désert, despetits arbustes et du lichen tapissent la terre du grand Nord. Je regarde par le hublot et je vois une merveille venue du cosmos. Un lac de la superficie du Lac St-Jean formé il y des millions d’années par la chute d’un météorite. Je peux distinguer du hauts des airs la couleur transparente de l’eau et son apparence de pureté. Spectacle formidable mais qui fait aussi réfléchir sur la force des éléments au dessus de nos têtes. Enfin, j’aperçois un semblant de mini-village, c’est Asbestos Hill, lieu du campement des hommes et de l’exploitation de la mine. Je sais que le pilote de l’avion est expérimenté. Le commandant de cet aéronef est communément appelé pilote de brousse. Nous atterrissons sur une piste de gravier balisée par des fusées de secours, comme celles dont les policiers se servent lors des accidents d’automobiles. Nous débarquons de l’avion. J’ai envie de crier : « Maman viens me chercher ! » Dans mon champ visuel, un désert, des barils de pétrole classés en forme de pyramide, des roulottes servant d’aérogare, pas un arbre qui vive. Mon Dieu, dans quelle galère me suis-je embarqué ? Six semaines, une éternité !

Naufragé de l’amour

Naufragé de l’amour

Je suis las !
Condamné à l’errance
parmi mes mots et les lettres
accolées les unes aux autres
cherchant dans l’écriture,
une image de toi

Illusion, déni du destin
Tu ne reviendras jamais !
Lumière de l’univers
Délivre-moi de cette chimère amoureuse
qui doit mourir

Le sentiment en fête

Le sentiment en fête

Tu le sais, tu le sens !
Il s’est passé quelque chose entre nous
nos yeux se sont rencontrés, nos cœurs le savent
Un jour, je suis allé au risque de moi-même, sans filet
Je t’ai écrit des mots sur nos non-dits !
Ta réaction ne m’a pas laissé le choix

L’imaginaire mon refuge
Sache que je défierais le destin, s’il le fallait !
Traverserais tous les obstacles, toutes les épreuves
pour vivre un grand amour avec toi
Un jour nos regards se retrouveront
dans la lumière et la liberté

Charles Aznavour l’intemporel

Charles Aznavour l’intemporel

Nous sommes un samedi de juillet 1997. La lumière du ciel est surréaliste sur l’île de Félix. Si j’étais peintre, je trouverais dans cette lumière toutes les inspirations pour la création artistique. Je me retrouve à l’auberge la Goéliche située à Ste-Pétronille à l’île d’Orléans. Je suis fébrile et anxieux à la fois. J’attends sur le parvis de l’auberge le grand Charles Aznavour que j’accueillerai pour la première fois dans le cadre d’un court séjour pour le tournage d’un hommage à Félix.

Gérard Davoust et Fabiola Toupin

Gérard Davoust et Fabiola Toupin


La Fondation Félix-Leclerc que je dirigeais à l’époque avait initié, avec l’aide de Guy Latraverse et Gérard Davoust, président des Éditions Raoul Breton, propriété de Charles Aznavour en France, un hommage à Félix pour commémorer les dix ans de son décès. Au risque de me répéter, je le fais quand même, sachant que j’ai écrit quelques mots à ce sujet sur le texte concernant Raymond Devos. Alors, voilà, j’aperçois une cohorte de voitures arrivant sur le stationnement de l’auberge. Je revois Charles Aznavour descendre de la voiture, casquette de réalisateur sur la tête, minuscule caméra vidéo japonaise à la main droite, s’amusant à filmer les alentours. Je suis impressionné par la jeunesse qu’il dégage et son petit côté vacancier, voir touriste. Pour moi, Aznavour est un modèle depuis longtemps. Il ne m’impressionne pas seulement comme artiste, mais aussi comme homme. Il est la conjugaison parfaite entre l’homme de tête et l’homme de cœur. Je me souviens, un soir à la fin du tournage, nous nous sommes retrouvés à l’une des meilleures tables de l’ile d’Orléans. Nous sommes assis, Gaétane Morin, la femme de Félix, Nathalie Leclerc, Guy Latraverse, Raymond Devos, Charles Aznavour et moi. La discussion est animée, évidemment Raymond Devos et Charles Aznavour sont au cœur de cette animation verbale. Difficile de placer un mot devant ces deux légendes vivantes. D’ailleurs là n’était pas l’intérêt. Il fallait profiter de chaque moment, vivre l’instant présent comme un immense cadeau du destin. Même Guy Latraverse, qui n’est pas le dernier venu dans la capacité oratoire, avait compris la beauté et le côté rarissime d’un tel moment. J’écoutais et je regardais, comme un enfant attentif à une histoire racontée par ses deux grands-pères en même temps. Calembours, vivacité d’esprit, petites pointes d’humour ironiques, souvenirs de Félix… Enfin, vous vous imaginez un peu la scène.

Souvent, pour faire plaisir aux invités de prestige, les restaurateurs vont mettre en fond musical une chanson de l’artiste assis à une table de leur restaurant. Tout en discutant, nous entendons l’une des chansons de Charles Aznavour. Une délicatesse du propriétaire à l’égard de cet immense artiste de la chanson. Moi personnellement, je n’ai rien contre, je n’ai rien pour! Mais Raymond Devos, qui connaît Aznavour depuis des lustres et qui aime bien le taquiner, lui demande à brûle pour point de fredonner les paroles de la chanson que l’on entend. Le grand Charles n’est pas dupe, il flaire le piège de son ami fin filou de Devos. Malgré le fait d’avoir pressenti l’inconfort, un peu malicieux, avouons-le, préparé par Devos, Aznavour ne put résister à réagir avec orgueil. Il répondit sans équivoque possible que seulement les oiseaux chantaient sans cachet. Ouf! La réplique fut cinglante! Je venais de découvrit la grosseur des égos de deux géants artistes.

Citation

Citation

« Nous devons à chaque jour être prêts à renoncer à soi-même pour faire place à l’homme nouveau qui naîtra de ces deuils, conduisant inexorablement vers la lumière. » – Christian Bilodeau

Le Judo : plus qu’un sport!

Le Judo : plus qu’un sport!

Du plus loin que je me souvienne, surtout à partir de la jeune adolescence, je me trouvais maigrelet. J’étais complexé. Quand je pensais à mes grands-pères… Ils étaient des forces de la nature, construits pour veiller tard comme on dit par chez nous. J’ai souffert de ce complexe longtemps. Je savais que j’étais solide physiquement, mais je me sentais mal dans mon corps. Avec ma première compagne, j’ai intégré l’activité sportive à ma vie. À l’âge de vingt-deux ans, un soir en marchant sur la rue St-Joseph à Québec, je vois l’enseigne du Club de Judo de la vieille Capitale. Je suis curieux, j’y entre, juste pour voir! Au départ, comme j’ai un corps longiligne, le Karaté me semble être un sport de combat plus approprié pour moi. Enfin, je monte les deux étages du bâtiment et je regarde par la grande fenêtre pour y découvrir des gars et des filles pratiquants une forme de lutte, un corps à corps où chacun des partenaires cherche à projeter l’autre au sol ou à l’immobiliser. J’avoue qu’au premier abord, je suis un peu perplexe face à ce qui ressemble à du tiraillage. La séance terminée, je demande à parler au professeur. Je rencontre pour la première fois, monsieur Gérard Blanchet, le propriétaire et professeur du Club. Il m’invite à revenir le lendemain soir pour un essai libre. Le lendemain, j’enfile mon judogi, et c’est le coup de foudre.

Tout au long des années qui ont suivi, ce sport m’a apporté énormément sur le plan de mon développement personnel. Il a augmenté et consolidé la confiance en moi, ma force mentale et mon désir de vaincre. Encore aujourd’hui, malgré les épreuves qui se présentent à moi, je ressens toujours cette force intérieure qui m’habite. Je suis persuadé que l’esprit du judo m’a soutenu dans les moments difficiles de ma vie. Onze années de traitements d’hémodialyse sans monter sur le tatami et pratiquer le sport qui m’a le plus fait grandir, j’avoue que je me suis ennuyé. Combattre la force, les habiletés techniques de l’autre, sentir son énergie, c’est quelque chose de très intense comme sensation. La pratique régulière de ce sport permet de nourrir l’esprit de camaraderie entre hommes. La société ne nous le permet pas souvent aujourd’hui. J’ai appris le respect de l’adversité. La plus grande victoire est toujours sur soi-même. Le judo m’a aidé à développer cette conviction profonde que l’on peut vaincre même si l’obstacle se dressant devant soi est important.

L’une de mes plus grandes fiertés est l’obtention de ma ceinture noire, le 4 juin 2006. Le passage de grade s’est fait devant un jury d’experts en judo dans le Nord de Montréal. Pendant une année et demie, j’ai pratiqué mes techniques de projections debout, d’immobilisations au sol, de clés de bras, d’étranglements et les séries de Katas. Après plusieurs années d’absence au Club, je reprenais l’entraînement sous les conseils de mon professeur et maître en judo Gérard Blanchet. Greffé du rein le 9 juillet 2002, après onze années d’attente, je réalisais en 2006 le rêve inscrit dans ma tête depuis l’âge de vingt-deux ans, suite à douze ans de pratique. Revêtir le judogi, un honneur, un privilège! Merci au Judo, à mes camarades, partenaires d’entraînements et à mon professeur Gérard Blanchet pour m’avoir guidé tout au long de la route de l’apprentissage du judo, école de vie.

Chapitre X – La vie continue

Chapitre X – La vie continue

Retour à la réalité! La France, l’Espagne, la Suisse et Annick sont maintenant derrière moi. Je continue de fréquenter mes amis de la Source. Je ne suis pas prêt à un retour aux études en milieu scolaire conventionnel. Le concept des polyvalentes ne me convient pas. Je me dis que j’ai dix-huit ans et que ce n’est pas la fin du monde si je me donne encore un peu de temps avant un retour définitif sur les bancs d’école. J’ai toujours dans le cœur la belle Michèle. Je fais tout ce qu’il faut pour être le plus souvent possible près d’elle. Comme elle fréquente assidûment la Source et qu’elle participe à toutes les soirées culturelles et festives, nous sommes la plupart du temps ensemble avec nos amis communs. Je travaille sur la construction pour mon père et ses associés. Un job très physique et exigeant, mais j’adore ça. Je suis tellement en santé et en forme que je peux aisément me coucher aux petites heures de matin, dormir un peu et partir travailler pour être sur le chantier à 7 h. Ce manège pouvait se répéter plusieurs fois dans la semaine, aucun problème. Une douche le soir en arrivant de travailler et la soirée commençait. L’énergie de la jeunesse, un immense cadeau de la vie.

En 1972-73, le groupe de la Source vit une orientation bicéphale. D’un côté, les marxistes tenant de la théologie de la libération, de l’autre ceux qui prient en langues, expérimentent la prière par l’intervention de l’Esprit saint. Ouf ! Je sais ce que vous pensez! Armando, vous vous rappelez! Lui, il est demeuré très terre-à-terre par rapport à tout cela. Il a continué son travail au service des jeunes en difficultés dans le milieu. Notre voyage nous a rapprochés. Il faut dire que les bonnes engueulades concernant mon attitude avec Annick l’amoureuse, la foi de celui-ci dans l’Église versus l’évangile, n’a pas manqué d’attiser à plusieurs reprises des discussions très viriles et franches. Je vous affirme aujourd’hui, plus de trente ans après cette tranche de vie, que je conserve un souvenir indélébile de cet homme. Il restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Au printemps 1973, j’ai la possibilité de joindre les rangs du ministère des Transports comme aide-arpenteur. Quelques mois plus tard, j’accomplis, pour le même ministère, le travail d’inspecteur sur les balances, assigné à la construction de l’autoroute de la Capitale aujourd’hui appelée l’autoroute Félix-Leclerc. J’ai eu le privilège, plusieurs années plus tard, d’être invité à l’inauguration officielle sous le gouvernement du parti québécois de l’époque. Le ministre en fonction était monsieur Brassard. Je me souviens que Nathalie Leclerc et moi étions avec lui dans le véhicule de fonction nous amenant sur le site de l’inauguration officielle. Le projet d’un lieu de mémoire et de diffusion en hommage à Félix Leclerc sur l’ile d’Orléans faisait souvent la couverture médiatique. J’avais profité de l’occasion pour lui souffler à l’oreille que la fin de l’autoroute menait au pays de Félix et qu’il serait à propos d’y construire un musée en son hommage. Il acquiesça par un léger sourire approbateur. La cérémonie fut sobre et digne, à l’image du poète.