Archives du mars, 2009

Chapitre XXXII – La naissance de ma fille

Chapitre XXXII – La naissance de ma fille

L’accouchement est prévu pour la mi-mars. La mère de mon enfant se porte bien. Nous sommes en 1989 pendant la période des fêtes. Le début de la nouvelle année s’amorce normalement. Nous ne connaissons pas le sexe du bébé mais j’ai hâte d’être papa ! Dans l’ensemble, la future maman annonce une grossesse sans problème. Toutefois, elle enfle anormalement et cette situation nécessite une visite chez son médecin. Le médecin diagnostique une pré-éclampsie (voir sur Wikipédia pour de plus amples informations) qui se manifeste par des hypertensions artérielles importantes et de l’œdème. Normalement, la naissance de l’enfant est prévue pour le 15 ou 17 mars 1990. La pré-éclampsie semble sévère et nécessitera un accouchement prématuré. Les vies de la mère et de l’enfant sont en danger. La chimie sanguine de ma compagne est incompatible avec celle du bébé. Seulement l’accouchement peut assurer leur survie. Nous nous préparons donc à recevoir notre enfant dix semaines avant terme. Nous savons que l’enfant est viable, qu’il a tous ses membres et qu’à l’échographie tout semble normal.

Rendez-vous le 15 janvier à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec pour le début de l’hospitalisation de ma compagne. Bien sûr, cette situation n’est pas idéale mais l’incontournable ne nous laisse pas le choix. Le 16 janvier 1990, à 11h00, naissait par césarienne Anne Bilodeau, ma fille, l’unique enfant que la vie me donnera. Mon père Rudy, ma mère Roberte et ma belle-mère Jeannine sont là à faire les cent pas comme moi. La mère va bien, j’ai hâte de voir mon enfant. On me présente ma fille vers les 12h30, il me semble. Je ne savais pas encore s’il s’agissait d’un garçon ou d’une fille. Une infirmière vient me chercher et m’amène à la pouponnière. Je m’approche de ma petite fille. Tenez-vous bien ! Elle pèse un kilo et demi et est avant terme de dix semaines. J’avoue que je suis sous le choc, mais je l’aime déjà de tout mon cœur et de toutes mes forces. Elle est si petite ! Oh mon Dieu ! Je suis ému devant cette grande combattante. J’insère ma main droite gantée à l’intérieure de l’incubateur, je prends le petit doigt de sa main droite avec lequel elle me serre fort. Je suis rassuré, je sais qu’elle sera forte et se battra pour la suite des choses à venir. Il le faudra ma belle ! Malgré ton petit âge, d’autres obstacles t’obligeront au dépassement pour ta survie.

LA PIRE NUIT DE MA VIE

Voilà. Anne est en sécurité. On prend bien soin d’elle. Je suis avec la maman qui elle ne va pas bien du tout. Nous sommes le soir du 16 janvier 1990. Dans la chambre d’hôpital, la mère de mon enfant vit des complications inquiétantes. En mâtiné, l’accouchement s’est bien déroulé, mais la soirée et la nuit suivant l’évènement nous réservaient des moments difficiles. Les médecins n’arrivent plus à contrôler la fièvre très élevée de ma compagne. Les tensions artérielles sont comme des courbes bimodales sur une abscisse et une ordonnée. C’est le branle-bas de combat dans la chambre. Je ressens de la nervosité chez le personnel de soins et chez le médecin de garde. Plus personne n’est admis dans la chambre sauf moi, bien entendu. Je tente d’encourager et de calmer ma compagne. J’avoue que je suis anxieux et inquiet. Ses tensions artérielles grimpent à des niveaux beaucoup trop élevés.

Nous sommes au cœur de la nuit du 17 janvier. Je n’ai pas fermé l’œil depuis près de trente-six heures. Ma compagne combat toujours pour sa survie avec l’aide de médicaments très puissants qui régularisent ses tensions artérielles et font descendre sa fièvre. Soudain, l’on me demande à l’extérieur de la chambre. Le médecin de garde m’explique que ma fille Anne a de la difficulté à respirer et qu’il faut d’urgence la transporter à l’unité néonatale du CHUL. Ses alvéoles pulmonaires ne sont pas formées et cela nécessite un transfert en ambulance immédiat. Il demande mon autorisation écrite pour que le transfert s’effectue dans la nuit. Évidemment, je consens sur le champ et signe le formulaire. Ça va mal et pas à peu près ! J’ai de la peine pour ma petite fille et pour ma compagne. Elle me réclame sa fille dans les moments de lucidité. Je ne peux lui dire la vérité sur la situation d’Anne et son transfert d’hôpital. Je tente de la rassurer et l’incite au repos afin de calmer son désir d’avoir son enfant près d’elle. Mais ceux qui connaissent le tempérament de la maman savent qu’elle ne lâche pas prise facilement. Imaginez maintenant. Comment lui annoncer qu’Anne n’est plus à l’hôpital ? L’équipe médicale réussi l’impossible. Enfin, la fièvre est tombée et les tensions artérielles revenues à la normale. Je respire d’aise et remercie le ciel pour le dénouement heureux de cette pénible nuit.

JE M’EMPRESSE D’ALLER TROUVER MA PETITE FILLE AU CHUL

Une fois la maman endormie et calmée par les sédatifs, je me précipite à l’unité néonatale du CHUL pour rejoindre ma petite fille. J’arrive sur les lieux, enfile les gants, le masque et les vêtements de circonstances. Une infirmière me trace le bilan de santé de ma fille. Elle est dans un petit incubateur spécialisé, elle est intubée et branchée de partout. J’ai le goût de pleurer. Ma petite poulette d’amour qui vient de naître et qui lutte férocement pour sa vie. Je me ressaisis, il le faut ! Je dois demeurer en contrôle et surtout sécuriser ma petite qui déjà à une journée d’existence est séparée de sa maman et de son papa. J’entre ma main gantée dans le petit antre à deux voies d’accès, lui prend sa petite main menue, lui parle doucement et tendrement pour qu’elle sache que je suis là. Le personnel est ultra spécialisé et très humain. Je sais qu’Anne est entre bonnes mains. Tout cela me rassure et me calme. Je suis fatigué ! Je ne me sens pas capable de quitter ma petite, mais je n’ai pas le choix. Je dois dormir quelques heures et retrouver la maman pour la rassurer et l’informer de l’état de santé de son bébé.

Après quelques heures de sommeil, je suis près de ma compagne. Elle réclame sa fille, elle veut la prendre dans ses bras. Je lui explique la situation. Je tente de la rassurer sur les bons soins que reçoit notre fille. Elle a de la peine et s’ennuie de son bébé, ce qui est tout à fait normal dans les circonstances. Je ressens son immense inquiétude et son angoisse. Je ferai de mon mieux pour la rassurer ! Dans sa condition, une hospitalisation de sept à dix jours sera nécessaire pour la récupération de ce qu’elle vient de vivre. Je me partage entre ma fille et la mère pendant cette semaine plutôt éprouvante. Elle tient absolument à voir Anne et je la comprends. Je ne suis pas certain du geste que je vais poser, mais il s’impose devant l’incapacité de ma compagne à voir sa petite fille avant une grosse semaine. Avec une minuscule caméra et la permission du médecin, je filme quelques images de notre bébé. Le moment est émouvant et difficile. Il est aussi nécessaire puisqu’elle réclamait ces images sans arrêt. J’ai la gorge pleine de nœuds.

Une fois ma compagne sortie de l’hôpital, commence le soutien à notre fille. Après quelques semaines au CHUL, Anne fut transférée à l’unité néonatale de l’hôpital St-François d’Assise. Elle y demeura quelques mois. La médecine fit pour elle des petits miracles. Son arrivée à la maison fut une grande fête célébrée avec les proches amis et la famille. La vie modulera mes rêves, ma présence auprès de ma fille, mais jamais mon amour pour elle et ma fierté de constater la magnifique femme qu’elle est aujourd’hui. Je remercie et rend hommage à sa mère. Elle a grandement contribué à construire les assises de la bonne santé et de l’équilibre de notre fille. Cette enfant est venue de très loin pour vivre sur cette planète. Merci à l’univers pour ce cadeau précieux.

Chapitre XXXI – Malgré la fatalité, je fonce à plein régime !

Chapitre XXXI – Malgré la fatalité, je fonce à plein régime !

Voilà, c’est clair et sans appel. Mon destin s’écrit. J’en connais la teneur et un peu les aboutissants. L’Hôtel-Dieu de Québec sera ma deuxième maison et la tubulure pour la dialyse deviendra le cordon ombilical me rattachant à la vie. J’aurai une machine comme mère purificatrice de mon sang et, si je suis chanceux, le rein d’un autre être humain. Mais en attendant, pas question que je capitule devant la vie et ses coups bas. J’ai décidé de vivre à plein régime et de ne pas m’économiser pour sauver quelques mois afin d’éviter l’incontournable.

J’offre mes services à la Société de coopération au développement international. Cette société, issue du mouvement coopératif Québécois, était à la recherche d’un directeur des communications pour travailler sur un mandat bien précis : sensibiliser les autorités politiques et la population en général au budget Canadien accordé à l’aide internationale. Ce budget annuel se retrouvait, avec les Conservateurs, sous le seuil du 1%, ce qui mettait en péril la survie d’un bon nombre d’ONG, d’ING et de projets dans le Tiers monde. Les services de ma firme sont retenus pour ce mandat. J’aborde ce dossier en deux volets : le volet politique, avec comme stratégie une tournée personnalisée des députés et ministres conservateurs du Québec. Accompagné du Président de Socodevi, j’organise des rencontres d’information et de sensibilisation auprès des principaux leaders politiques du gouvernement Conservateur. Le deuxième volet est la sensibilisation de l’ensemble de la population à la problématique de l’aide internationale. Ma stratégie consiste à organiser un concours national ciblant les jeunes de niveau secondaire en les invitants à venir passer dix jours avec des coopérants de Socodevi à Abijan en Afrique de l’Ouest. L’autorisation des parents est obligatoire et incite ces derniers à s’intéresser au concours. Un concours qui, grâce à la participation des médias écrits de Québécor et de TQS a permis l’atteinte de nos objectifs.

Mon mandat terminé, je quitte Socodevi pour travailler comme consultant auprès de quelques députés du Bloc Québécois. À cette époque, les députés du Bloc commençaient à la Chambre des Communes à Ottawa. Bon nombre d’entre eux n’avaient aucune expérience des médias et de l’importance de favoriser une image publique positive et cohérente. Je travaillai avec quelques députés de la région de Québec sur divers aspects reliés à la communication médiatique et publique. Mon état de santé est stable, mais les signes physiques ne mentent pas : j’ai les yeux bouffis, une fatigue généralisée m’afflige, j’ai de la difficulté à contrôler mon hypertension artérielle. Enfin, je vis une journée à la fois et je me concentre sur le développement de ma firme et la grossesse de ma compagne. J’ai encore, à l’occasion, des bouffées d’ennui. Pas facile de fermer la porte à l’appel d’une partie de soi-même et aux attraits d’une forte passion enivrante.

Chapitre XXX – Mon chemin de Compostelle (suite)

Chapitre XXX – Mon chemin de Compostelle (suite)

Je suis anormalement fatigué. Je dois en avoir le cœur net. Je me rends à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Québec. Prise de sang, test d’urine et tout le bataclan. Après analyses de mes tests sanguins, le médecin décide qu’une investigation plus approfondie est nécessaire. Le taux d’urée et d’acide urique contenu dans mon sang est anormalement élevé. Mon hémoglobine est basse et mes tensions artérielles sont hautes. Une hospitalisation est incontournable. Je n’ai pas le choix, il faut que je me soumette.

DANS L’ATTENTE DU VERDICT SANS APPEL

Après quelques jours d’hospitalisation, j’attends dans ma chambre la venue quotidienne du docteur Serge Langlois. Il est néphrologue, spécialiste de la fonction rénale et de l’hypertension artérielle. Nous sommes au milieu de l’après-midi, il tarde à arriver. Enfin, il arrive ! À voir son allure et l’expression de son visage, je sais que les résultats de la batterie de tests ne sont pas positivement concluants. Il m’explique de long en large le portrait de la situation, sans être en mesure de poser un diagnostic définitif. Je devrai attendre les résultats de certains examens prévus pour le lendemain matin. Il me laisse dans l’espérance que les nouvelles ne soient pas trop mauvaises.

Je suis seul à ma chambre, il est certainement 1h00 du matin. J’angoisse depuis le début de la soirée. Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Ma vie et la suite des choses dépendent de l’interprétation que mon médecin fera des analyses des derniers tests qu’il attend. J’avoue que j’ai prié Dieu. Je lui ai demandé de ne pas m’abandonner, pas à trente-cinq ans !

Il est 6h00 du matin. Les lumières s’allument, l’agitation commence. C’est l’heure de la pesée et des prises de sang. Je suis fébrile, anxieux, je n’ai pas le cœur à rire. Le temps s’écoule lentement, trop lentement. Je regarde ma montre, le déjeuner n’est pas encore arrivé. De toute façon, les déjeuners diètes de la cafétéria ne sont pas mangeables. Il est 10h00 et quelques poussières, Serge Langlois, mon médecin, entre dans ma chambre avec son cartable et une mine résignée. Le verdict tombe comme un boulet au sol : « Votre fonction rénale est sérieusement atteinte. Vous n’avez qu’un rein sur deux qui fonctionne et il est beaucoup plus petit que la normale. Il fonctionne à environ 30%. Pour conclure, vous faites de l’hypertension artérielle chronique qui doit absolument être contrôlée par une prise quotidienne de médicaments. Cette hypertension artérielle a une influence sur la longévité de la fonction rénale qu’il vous reste. » Beau programme docteur ! Il m’explique que depuis ma naissance, je ne fonctionne qu’avec un petit rein et qu’il ne s’agit pas d’une maladie mais bien d’une pathologie. C’est-à-dire qu’une malformation à la naissance aurait permis le reflux de l’urine dans les artères rénales, remontant au niveau des reins. Cette anomalie aurait entraînée la perte graduelle de ma capacité rénale. Évidemment, ajoutez à tout cela les effets pervers de l’hypertension artérielle. Cercle vicieux de la cause à effet, jouant à la fois comme variable indépendante et dépendante. Enfin ! Je demande au docteur vers quoi je me dirige. « À plus ou moins brève échéance (18, 24, 36 mois) ce sera l’hémodialyse dans l’espoir d’une greffe rénale, si cela est possible. » Ouf ! Moi, l’homme qui vit à 200 kilomètres à l’heure, jaloux de sa liberté, des rêves pleins la tête. Tout un avenir en perspective… Je comprenais mieux maintenant certaines choses comme le fait d’avoir fait pipi au lit tardivement. Je me souviens, j’avais peur de mouiller mon lit, je me retenais pour ne pas tacher mes draps la nuit. Cette retenue n’a certainement pas aidé à diminuer les effets de reflux dans les artères, allant jusqu’à brûler graduellement le rein nain existant. Je prenais des anti-inflammatoires pour combattre les effets de l’arthrite, qui en réalité n’était de l’arthrite mais plutôt les symptômes d’une fonction rénale déficiente. Ces médicaments n’ont pas aidé ma fonction rénale. Un mauvais diagnostic était tombé à Roberval et avait été reconnu par les rhumatologues de l’Hôtel Dieu qui m’ont soigné pour une arthrite goutteuse à un doigt. Dans les faits, il s’agissait des conséquences d’une dysfonction rénale chronique. Je n’en tiens pas rigueur aux médecins de l’époque. Vous verrez et comprendrez un peu plus loin dans mes écrits que la médecine et les spécialistes en néphrologie de l’Hôtel Dieu de Québec me gardent en vie depuis l’âge de trente-six ans.

Chapitre XXX – Début de mon chemin de Compostelle

Chapitre XXX – Début de mon chemin de Compostelle

Retour de notre tournée chantante dans toutes les régions de la France. Claude Bégin ne m’a pas offert d’être soliste. Je crois qu’il sait que tout ne tourne pas rond dans ma vie. Enfin, il me connaît après toutes ces années de chant choral. Le voyage m’a fait du bien sur le plan moral, mais le physique commence à m’inquiéter sérieusement. Je retrouve ma compagne et mon père à l’aéroport. Je sais dans mon cœur que la suite des choses m’appartient. Pendant mes quelques semaines d’absences, mon frère et mon père ont déménagé mes affaires personnelles chez ma compagne la mère de mon futur enfant.

Nous décidons de retourner vivre au pays de nos premiers amours : le Lac Beauport. La grossesse se déroule bien. J’ai quitté définitivement Le Soleil et j’ai créé ma propre entreprise de communications. J’ai installé mon bureau d’affaires dans le mail St-Roch à Québec. Mes premiers contrats s’orientent vers la levée de fonds. Je suis dans le financement du volleyball de plage pour la tenue d’un championnat. J’ai également comme client l’équipe de basketball du Rouge et Or de l’Université Laval. En parallèle, j’anime en direct une émission d’une heure qui s’appelle Dossier Actualités. Cette expérience d’animation télévisuelle durera une saison complète.

Ma compagne et moi nous préparons pour la venue de notre enfant. Nous sommes biens installés, la chambre du bébé est pratiquement prête. Je me sens si bizarre parfois ! Étranger dans cet univers, étranger à moi-même. Je m’ennuie de mon autre vie, j’ai des élans du cœur et surtout du corps qui me hantent ! J’arrive à m’accrocher, à me raisonner, mais je sais que je ne suis plus celui d’avant. J’ai changé, et seulement la venue de mon enfant pourra me retenir. Pas facile de faire des affaires dans l’univers des communications à Québec. J’approche mon ancien employeur le Soleil afin de leur offrir un partenariat pour la diffusion de mes ateliers-conférences sur les médias. La direction accepte de publiciser mes services sur l’ensemble de son territoire. En échange, j’utilise le Soleil et tout le matériel relié à la production et rédaction du journal pour mes démonstrations devant les diverses clientèles. Je cible le marché scolaire et les entreprises. Je voyage partout au Québec. Mes ateliers-conférences connaissent du succès, suffisamment pour que le Collège de Jonquière, au département des technologies des médias, s’intéresse au concept que j’ai développé. Il me contacte par l’intermédiaire de la directrice du département qui me propose de négocier une entente. Elle me rencontre à Québec pendant quelques minutes et m’invite à lui formuler une offre pouvant me satisfaire. Je lui ai fait une offre monétaire, puis d’autres propositions dans les semaines qui ont suivies notre rencontre. Je crois que ma demande en argent était trop substantielle, parce qu’elle me répondit par la négative.

Le temps s’écoule, une mauvaise nouvelle se profile à l’horizon.

Chapitre XXIX – Respirer profondément

Chapitre XXIX – Respirer profondément

Je dois absolument informer Odette que je serai père. J’aurais accepté d’échanger ma place avec n’importe qui ! Je me sens mal, je ne sais pas quelle sera sa réaction même si nous ne vivons plus ensemble. Je sais qu’elle est encore amoureuse de moi. En ce qui me concerne, je ne me pose plus de questions sur la nature de mes sentiments. Il est trop tard ! J’ai un chemin à suivre et c’est celui du retour avec la mère de mon futur enfant. Voilà, c’est réglé. J’ai appelé le destin et il a répondu à mon appel ! Sauf qu’en réalité, je suis encore attaché émotionnellement et sexuellement à cette femme. Comment lui annoncer une telle nouvelle ? Je prends mon courage à deux mains et lui avoue toute la vérité. Sa réaction, contrairement à ce à quoi je m’attendais, était empreinte d’une certaine compréhension malgré l’immense peine qu’elle ressentait. La franchise entre nous a toujours été de mise. Elle accepta la situation sans tomber dans les reproches de toutes sortes. Nous savions que l’annonce de ma paternité mettait un terme définitif et sans appel à notre relation. Cette femme était une magnifique amoureuse dotée d’une grande intelligence du cœur. Nous avions plein de points en commun, mais il manquait quelque chose pour me permettre de fermer la boucle avec ma vie passée. Je n’arrivais plus à m’imaginer dans une relation à long terme avec elle. Moi qui aimait être en contrôle de ma vie, je ne l’étais plus. Elle me faisait sentir vulnérable, fragile dans ma jalousie envers les autres hommes. À son contact, ma sexualité s’est déchaînée dans toute sa force pour mon goût du plaisir charnel. Je comprends mieux, avec le recul et les années, pourquoi j’ai réagi de la sorte. Ce n’était pas elle qui était en cause, mais bien moi dans ma vérité et mes vulnérabilités. J’apprenais à devenir un homme. Elle m’a fait grandir en me permettant d’en apprendre sur moi-même. Vous comprendrez plus loin dans l’écriture de mon blogue pourquoi mon troisième grand amour a laissé des traces profondes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai appris à la dure !

Une semaine plus tard, fin juillet 1989. Je m’envole pour l’Europe en tournée chantante avec le groupe vocal Atmosphère. Ma santé est chancelante. Je mène une vie stressante. Je suis souvent fatigué pendant le voyage. Mon visage est bouffi et je suis en manque d’énergie. Toutefois, le changement d’air me fait du bien. J’essaie de me recentrer, de me préparer psychologiquement à ma paternité. Je donnerai tout ce que j’ai pour cet enfant. À n’importe quel prix, je serai là, présent durant la grossesse et l’accouchement. Je l’aime déjà !

Mon ami Marc Lacombe

Mon ami Marc Lacombe

Reconnaissance fraternelle à toi mon ami
Tu es toujours là, le long du chemin
comme le cierge allumé dans la nuit
Ton amitié est un soleil pour mon cœur
Merci de m’accompagner dans cette quête,
ce voyage au bout de moi-même

Ta main tendue, dans les moments où ma pauvreté est mise à nue,
me réconforte, me donne la force de l’écriture
Seul refuge où je me sens libre d’exister une autre fois
à redécouvrir mes univers de vie,
afin d’aller au bout du rêve, lancer un câble aux étoiles !

Chapitre XXVIII – Avant l’Europe : une paire de petits souliers blancs

Chapitre XXVIII – Avant l’Europe : une paire de petits souliers blancs

Juillet 1989. J’entreprends le début des négociations pour mon départ avec la direction du quotidien le Soleil . Je quitte le journal pour mes vacances annuelles et je pars pour l’Europe avec la troupe du groupe vocal Atmosphère. J’ai décidé de louer un petit appartement sur la rue St-Paul à Québec. J’y habite seul. J’ai besoin de me retrouver sur le plan personnel. Je tente de renouer avec ma première compagne de vie. Nous nous sommes revus, nous avons essayé quelques tentatives de rapprochements, tenté de replâtrer les morceaux brisés. Mais vous savez, le pari n’est pas évident ! Je vous ai expliqué dans quel état psychologique je me retrouvais face à mes sentiments pour les deux femmes qui étaient dans ma vie. J’aurais dû, à cette époque, consulter un spécialiste, un thérapeute, qui m’aurait guidé dans une démarche de compréhension de ce que je vivais. Trop orgueilleux pour demander de l’aide, j’ai tenté de résoudre seul mon incohérence affective et émotionnelle.

Je revois à l’occasion la femme de ma passion amoureuse. Nous discutons longuement de la situation et de l’impasse psychologique qui me tourmente. Je sais qu’elle a une maladie du système immunitaire qui s’appelle le lupus et qu’elle ne peut pas avoir d’enfants. J’avoue très franchement que cet aspect de sa santé et les conséquences possibles de sa maladie sur ma vie n’ont pas d’impact sur mon impasse psychologique, affective, émotionnelle, peu importe. Elle me conseille toutefois de retourner vivre avec ma première compagne pour en avoir le cœur net. Au fond, je suis d’accord avec son analyse. C’est peut-être la seule voie à suivre. Il faut savoir que la vie a ses lois et l’amour aussi. Il est difficile d’être à ce point déchiré dans sa tête et son cœur.

UN VOYAGE DE PÊCHE DÉTERMINANT

C’est la fin de semaine de la Fête Nationale du Québec. Pour ces quelques jours de congé, je loue un camp de pêche dans Charlevoix. Nous profitons de ces moments en forêt pour tenter de renouer, de retrouver notre intimité, si cela est possible. Nous sommes tous les deux habités par le désir de se reconquérir l’un l’autre. Nous n’avons jamais eu d’enfants ensemble. Nous avons fait passer la carrière avant les bébés ! Nous aurions peut-être pu, au début de notre vie à deux, mais nous étions trop jeunes et en pleine construction de notre avenir. À dix-huit et vingt ans, nous avions encore le temps pour la famille ! Elle fait tout pour rendre notre séjour agréable, mais moi je me sens mal dans ma peau. Le seul endroit où je me sens bien, c’est chez-moi, dans mon petit appartement de la rue St-Paul. J’ai besoin d’une liberté totale. Je ne suis bien avec personne, j’étouffe après quelques heures. Le voyage de pêche nous rapproche, mais j’ai hâte de revenir sur Québec. Nous avons fait l’amour une seule fois, chez elle, au retour du voyage. Je me souviens d’avoir demandé à l’univers, au moment déterminant pour la suite des choses, de décider de notre destin. Peu importait le risque encouru d’une fécondation. Malgré le fait que je n’étais pas sûr que je pourrais reprendre une vie commune avec elle, je croyais l’avoir assez aimée pour lui offrir cet ultime cadeau : la Vie. Je savais que c’était ce qu’elle désirait pour nous deux et j’étais conscient qu’elle voulait accorder à notre vie de couple une dernière chance. C’est fou ! Grâce aux années vécues auprès de quelqu’un, on finit par découvrir l’âme de celle ou celui qui partage notre quotidien. Pas toujours, mais souvent, nous savons ou ressentons l’autre dans sa vérité. Je savais dans mon âme que cette femme que j’ai aimée profondément ne referait pas sa vie facilement.

Quelques semaines avant de quitter pour l’Europe avec la troupe, je suis invité pour prendre le repas du soir chez elle à St-Anne de Beaupré. J’arrive, je dépose mon cellulaire sur la table de cuisine et découvre des petits souliers blancs de bébé avec une boucle rose et une petite carte. Je sais à cet instant que mon destin, le sien et celui de l’enfant à naître appartient à l’univers. Sans oublier celle qui était amoureuse de moi et qui savait d’instinct que nos vies prendraient une tangente à jamais inexorable !

Fin juillet. Je pars pour la France, le cœur à la fois heureux et anxieux !

Chapitre XXVII – Je quitte le Soleil

Chapitre XXVII – Je quitte le Soleil

Début des années 1990. Je quitte le Soleil après une entente de règlement de départ. La haute direction sous la férule de Sir Conrad Black décide de se retirer du programme Journal en Classe et de fermer mon poste. Évidemment, la nouvelle ne me fait pas plaisir. Je m’entend bien avec monsieur Jean Fortier qui est le vice-président marketing de l’entreprise. Il me laisse entendre que si je le veux, il y a une place pour moi comme conseiller publicitaire ou peut-être à la salle de rédaction. Mais j’ai le goût de l’entrepreneuriat, de lancer ma propre firme,d’être mon propre patron. Avec la prime de départ, j’envisage de prendre un peu de repos et de mettre au monde ma petite boîte de communication. Quitter le Soleil n’est pas une chose facile. J’y laisse de bons collègues de travail, un attachement qui ne fait pas de doute. Quand l’essentiel de ton travail est de vendre ton entreprise, de la présenter, de la représenter, d’en faire la promotion et la mise en marché auprès de clientèles enthousiastes, il est difficile de quitter la scène.Dire adieu à ma page dominicale dont j’étais le concepteur et le réalisateur tant sur le plan de la facture que du contenu rédactionnel.J’apprendrai, avec le temps, à quel point il est difficile de faire le sevrage de l’égo quand il est nourrit par un média. L’humilité reprend ses droits et la vanité une bonne leçon de vie !

Ma vie sentimentale et amoureuse est dans une mouvance digne du cerveau humain : bicéphale. D’un côté la passion amoureuse et sexuelle, de l’autre, la raison, l’attachement,la sécurité du connu, la profonde complicité liée à treize ans de vie commune. Je suis mêlé, et pas à peu près ! Comment ai-je pu me retrouver dans une telle impasse psychologique ? Il faut que je m’en sorte, et je m’en sortirai ! Mais à quel prix !?

Chapitre XXVI – Ma fonction rénale commence à flancher

Chapitre XXVI – Ma fonction rénale commence à flancher

Nous sommes au printemps 1989. Je me sens fatigué, j’ai de la difficulté à me concentrer au travail. Un de mes doigts de la main gauche est enflé de façon anormale. Une rougeur inflammatoire apparaît depuis plusieurs jours. Je décide de me rendre à l’urgence pour rencontrer un médecin. Je passe une série d’examens qui m’obligent au repos pour une dizaine de jours. À l’Hôtel-Dieu de Québec, les rhumatologues diagnostiquent une arthrite goutteuse au doigt. Une hospitalisation s’avère nécessaire pour une investigation en profondeur. Ils découvrent des cristaux d’acide urique dans l’articulation du majeur gauche. Du jamais vu ! Prise de photo du doigt malade pour la littérature scientifique, rencontre avec des spécialistes de la discipline… Après plusieurs jours d’investigation, je sors de l’hôpital et reprend mon boulot avec des anti-inflammatoires comme prescription. Quelques mois s’écoulent. La vie est toujours aussi rapide au travail mais on parle de fermeture de poste dans notre service. Ma santé est chancelante, je sens que mon énergie m’abandonne. Je ne sais trop ce qui se passe. Je m’accroche, par chance que j’ai des assurances, ça me calme un peu ! J’essaie de réduire le rythme de mes activités, de faire plus attention à ma santé. La Direction du Marketing affiche le poste de directeur de notre Service depuis le départ de Pierre Champagne. Ce dernier est retourné à son premier amour : le journalisme. J’applique pour le poste, mais je ne suis pas au meilleur de ma forme physique et psychologique. Finalement, ma candidature n’est pas retenue comme je l’avais prédit. Des mois difficiles s’annoncent !

Chapitre XXV – L’âme ébranlée

Chapitre XXV – L’âme ébranlée

Tout va bien ! Je travaille avec enthousiasme, je vis un amour passionné comme je le désirais. La vie est belle, quoi ! La direction du journal me demande de prendre en charge un projet très important pour notre implication dans le milieu. De plus, il s’agit d’un dossier qui touche le monde scolaire, ce qui me concerne directement. Une commission scolaire de la région obtient l’organisation des premiers jeux scolaires du Québec, un évènement très intéressant et bénéfique pour l’ensemble de la région. Je dois communiquer avec la responsable des relations aux médias et commandites. Je suis reconnu pour être très compétiteur dans mon milieu de travail. Il n’est pas question que notre concurrent, le Journal de Québec, s’empare du dossier. J’aimais battre le Journal de Québec, que ce soit au niveau du tirage, dans une compétition des médias pour une bonne cause ou lors d’autres activités à caractère ludique. Je ne voulais pas qu’il nous dépasse ! C’était probablement mon petit côté bleuet du Saguenay qui ressortait.

La personne contact à la commission scolaire est la directrice générale adjointe. Je la connais depuis plusieurs années et notre relation est cordiale et empreinte de mon désir de soutenir la visibilité de ces jeux. Après moult discussions, nous arrivons à une entente signée à titre de partenaires officiels des premiers jeux scolaires du Québec. Là ou la situation devient plus délicate, c’est lorsque que je me rend compte que la personne qui s’occupe de certains aspects du dossier pour la commission scolaire est mon ancienne compagne. J’aurai à la rencontrer afin de gérer les ententes au contrat. Ça fait quelques mois que nous nous sommes séparés. Je me sens un peu anxieux. Je suis invité, avec mon patron, à un 5 à 7. Là-bas, il y aura prise de parole et présentation des principaux partenaires associés à l’évènement.

La séparation a été douloureuse et difficile pour nous deux. Évidemment, plus difficile pour elle car elle est celle qui a été laissée et qui se retrouve seule. Le pourquoi du comment lors d’une séparation appartient au couple, chacun possédant ses raisons pour justifier la rupture. Il ne s’agit pas de juger qui a tort ou qui a raison. C’est un fait et il faut l’assumer dans le plus grand respect possible de chacun.

Nous sommes sur les lieux de la soirée. Je discute avec l’un et l’autre quand soudain, je la vois. Je me sens mal. Nous parlons de tout et de rien, je sais et je sens que la suite des choses ne sera pas facile. Je suis envahi d’une immense peine, une grande tristesse. Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive ! Je la trouve très changée physiquement et perçois à l’expression de son visage que ça tourne pas rond. Je discute brièvement avec elle et l’on se met d’accord pour une rencontre avec son équipe de gestion entourant la visibilité des jeux. Le soir, chez-moi, j’en discute avec ma nouvelle compagne. Elle me rassure, me fait comprendre que tout cela est normal dans les circonstances. Je suis vraiment ébranlé par la situation. Comme je vous le mentionnais auparavant, j’ai une éducation judéo-chrétienne, j’ai le sens des responsabilités et le sentiment de culpabilité facile. Je suis un lion ascendant lion. J’abandonne difficilement les êtres dont je me sens responsable. Sur le plan émotionnel, je ne suis pas mature, même à trente-quatre ans. Je ne fais pas confiance à mes émotions, donc à une partie de moi-même. Ça peut vous paraître bizarre ce que je vais vous dire, mais le fait d’avoir autant de plaisir charnel avec ma nouvelle compagne, ébranle à mes yeux la conviction profonde du sérieux de ma nouvelle relation. À quelque part, cette relation amoureuse est née dans l’entreprise, dans un univers médiatique dont la culture et les rapports aux valeurs jouissent d’une plus grande liberté. Je n’étais pas assez solide comme homme pour faire la part des choses. Idéalement, après une rupture, nous devrions prendre un temps d’arrêt, faire le deuil, se recentrer, et par la suite s’engager dans une autre relation si on le souhaite. Je crois que nous ne devrions jamais quitter une relation de plusieurs années pour recommencer immédiatement une nouvelle relation de couple. Encore là, je n’ai pas de recette miracle. Il y a un deuil salutaire et nécessaire à faire ! Cette attitude saine pour le cœur et l’esprit est un gage de succès pour la prochaine relation. Moi, j’ai vécu un coup foudre sans appel ! Une fois que nos corps et nos cœurs s’étaient touchés, il était trop tard pour reculer. Une passion amoureuse dévorante qui sollicite tout ton être. Mon problème était que ma raison s’était mise à douter de la capacité de jugement de mon cœur et de ma recherche d’enivrement corporel. Moi qui aimait la liberté, là, pour la première fois, je ne m’appartenais plus ! Quand j’ai revu ma première compagne, un ensemble de sentiments confus m’ont traversé l’esprit.