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2009
Chapitre XXXII – La naissance de ma fille
L’accouchement est prévu pour la mi-mars. La mère de mon enfant se porte bien. Nous sommes en 1989 pendant la période des fêtes. Le début de la nouvelle année s’amorce normalement. Nous ne connaissons pas le sexe du bébé mais j’ai hâte d’être papa ! Dans l’ensemble, la future maman annonce une grossesse sans problème. Toutefois, elle enfle anormalement et cette situation nécessite une visite chez son médecin. Le médecin diagnostique une pré-éclampsie (voir sur Wikipédia pour de plus amples informations) qui se manifeste par des hypertensions artérielles importantes et de l’œdème. Normalement, la naissance de l’enfant est prévue pour le 15 ou 17 mars 1990. La pré-éclampsie semble sévère et nécessitera un accouchement prématuré. Les vies de la mère et de l’enfant sont en danger. La chimie sanguine de ma compagne est incompatible avec celle du bébé. Seulement l’accouchement peut assurer leur survie. Nous nous préparons donc à recevoir notre enfant dix semaines avant terme. Nous savons que l’enfant est viable, qu’il a tous ses membres et qu’à l’échographie tout semble normal.
Rendez-vous le 15 janvier à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec pour le début de l’hospitalisation de ma compagne. Bien sûr, cette situation n’est pas idéale mais l’incontournable ne nous laisse pas le choix. Le 16 janvier 1990, à 11h00, naissait par césarienne Anne Bilodeau, ma fille, l’unique enfant que la vie me donnera. Mon père Rudy, ma mère Roberte et ma belle-mère Jeannine sont là à faire les cent pas comme moi. La mère va bien, j’ai hâte de voir mon enfant. On me présente ma fille vers les 12h30, il me semble. Je ne savais pas encore s’il s’agissait d’un garçon ou d’une fille. Une infirmière vient me chercher et m’amène à la pouponnière. Je m’approche de ma petite fille. Tenez-vous bien ! Elle pèse un kilo et demi et est avant terme de dix semaines. J’avoue que je suis sous le choc, mais je l’aime déjà de tout mon cœur et de toutes mes forces. Elle est si petite ! Oh mon Dieu ! Je suis ému devant cette grande combattante. J’insère ma main droite gantée à l’intérieure de l’incubateur, je prends le petit doigt de sa main droite avec lequel elle me serre fort. Je suis rassuré, je sais qu’elle sera forte et se battra pour la suite des choses à venir. Il le faudra ma belle ! Malgré ton petit âge, d’autres obstacles t’obligeront au dépassement pour ta survie.
LA PIRE NUIT DE MA VIE
Voilà. Anne est en sécurité. On prend bien soin d’elle. Je suis avec la maman qui elle ne va pas bien du tout. Nous sommes le soir du 16 janvier 1990. Dans la chambre d’hôpital, la mère de mon enfant vit des complications inquiétantes. En mâtiné, l’accouchement s’est bien déroulé, mais la soirée et la nuit suivant l’évènement nous réservaient des moments difficiles. Les médecins n’arrivent plus à contrôler la fièvre très élevée de ma compagne. Les tensions artérielles sont comme des courbes bimodales sur une abscisse et une ordonnée. C’est le branle-bas de combat dans la chambre. Je ressens de la nervosité chez le personnel de soins et chez le médecin de garde. Plus personne n’est admis dans la chambre sauf moi, bien entendu. Je tente d’encourager et de calmer ma compagne. J’avoue que je suis anxieux et inquiet. Ses tensions artérielles grimpent à des niveaux beaucoup trop élevés.
Nous sommes au cœur de la nuit du 17 janvier. Je n’ai pas fermé l’œil depuis près de trente-six heures. Ma compagne combat toujours pour sa survie avec l’aide de médicaments très puissants qui régularisent ses tensions artérielles et font descendre sa fièvre. Soudain, l’on me demande à l’extérieur de la chambre. Le médecin de garde m’explique que ma fille Anne a de la difficulté à respirer et qu’il faut d’urgence la transporter à l’unité néonatale du CHUL. Ses alvéoles pulmonaires ne sont pas formées et cela nécessite un transfert en ambulance immédiat. Il demande mon autorisation écrite pour que le transfert s’effectue dans la nuit. Évidemment, je consens sur le champ et signe le formulaire. Ça va mal et pas à peu près ! J’ai de la peine pour ma petite fille et pour ma compagne. Elle me réclame sa fille dans les moments de lucidité. Je ne peux lui dire la vérité sur la situation d’Anne et son transfert d’hôpital. Je tente de la rassurer et l’incite au repos afin de calmer son désir d’avoir son enfant près d’elle. Mais ceux qui connaissent le tempérament de la maman savent qu’elle ne lâche pas prise facilement. Imaginez maintenant. Comment lui annoncer qu’Anne n’est plus à l’hôpital ? L’équipe médicale réussi l’impossible. Enfin, la fièvre est tombée et les tensions artérielles revenues à la normale. Je respire d’aise et remercie le ciel pour le dénouement heureux de cette pénible nuit.
JE M’EMPRESSE D’ALLER TROUVER MA PETITE FILLE AU CHUL
Une fois la maman endormie et calmée par les sédatifs, je me précipite à l’unité néonatale du CHUL pour rejoindre ma petite fille. J’arrive sur les lieux, enfile les gants, le masque et les vêtements de circonstances. Une infirmière me trace le bilan de santé de ma fille. Elle est dans un petit incubateur spécialisé, elle est intubée et branchée de partout. J’ai le goût de pleurer. Ma petite poulette d’amour qui vient de naître et qui lutte férocement pour sa vie. Je me ressaisis, il le faut ! Je dois demeurer en contrôle et surtout sécuriser ma petite qui déjà à une journée d’existence est séparée de sa maman et de son papa. J’entre ma main gantée dans le petit antre à deux voies d’accès, lui prend sa petite main menue, lui parle doucement et tendrement pour qu’elle sache que je suis là. Le personnel est ultra spécialisé et très humain. Je sais qu’Anne est entre bonnes mains. Tout cela me rassure et me calme. Je suis fatigué ! Je ne me sens pas capable de quitter ma petite, mais je n’ai pas le choix. Je dois dormir quelques heures et retrouver la maman pour la rassurer et l’informer de l’état de santé de son bébé.
Après quelques heures de sommeil, je suis près de ma compagne. Elle réclame sa fille, elle veut la prendre dans ses bras. Je lui explique la situation. Je tente de la rassurer sur les bons soins que reçoit notre fille. Elle a de la peine et s’ennuie de son bébé, ce qui est tout à fait normal dans les circonstances. Je ressens son immense inquiétude et son angoisse. Je ferai de mon mieux pour la rassurer ! Dans sa condition, une hospitalisation de sept à dix jours sera nécessaire pour la récupération de ce qu’elle vient de vivre. Je me partage entre ma fille et la mère pendant cette semaine plutôt éprouvante. Elle tient absolument à voir Anne et je la comprends. Je ne suis pas certain du geste que je vais poser, mais il s’impose devant l’incapacité de ma compagne à voir sa petite fille avant une grosse semaine. Avec une minuscule caméra et la permission du médecin, je filme quelques images de notre bébé. Le moment est émouvant et difficile. Il est aussi nécessaire puisqu’elle réclamait ces images sans arrêt. J’ai la gorge pleine de nœuds.
Une fois ma compagne sortie de l’hôpital, commence le soutien à notre fille. Après quelques semaines au CHUL, Anne fut transférée à l’unité néonatale de l’hôpital St-François d’Assise. Elle y demeura quelques mois. La médecine fit pour elle des petits miracles. Son arrivée à la maison fut une grande fête célébrée avec les proches amis et la famille. La vie modulera mes rêves, ma présence auprès de ma fille, mais jamais mon amour pour elle et ma fierté de constater la magnifique femme qu’elle est aujourd’hui. Je remercie et rend hommage à sa mère. Elle a grandement contribué à construire les assises de la bonne santé et de l’équilibre de notre fille. Cette enfant est venue de très loin pour vivre sur cette planète. Merci à l’univers pour ce cadeau précieux.




