Nous sommes sur la rivière la plus profonde et la plus dangereuse de la région. Nous ramons en cadence, le tête heureuse et les yeux pleins d’images superbes. Il y a déjà quelques heures que nous avons quitté Tadoussac en direction de Rivière Ste-Marguerite. Le périple devrait durer quatre jours. Les muscles des bras commencent à me chauffer, l’endurance viendra. Les trois barques sont dans notre champ visuel. Les sourires sont faciles, chacun étant conscient de vivre des moments uniques. Soudain, on entend le souffle de baleines qui s’approchent de nos embarcations. Je retiens le mien, mon souffle, à la fois excité puis envahit d’un émerveillement peu commun. Les baleines se rapprochent de nous. Le guide suggère que nous posions nos rames et que nous assistions au spectacle. Grandiose démonstration de force et de beauté. La nature dans toute sa grandeur. Elles s’amusent à disparaître, puis soudain réapparaître tout près des barques. Le petit jeu semble les amuser. J’avoue que je les trouve super intelligentes et enjouées. Déjà quelques minutes qu’elles sont sous la surface de l’eau. Pas de nouvelles. Tous nous regardons près des barques puis nous voyons finalement nos monstres de la nature à travers l’eau claire, sous notre embarcation. Elles sont si grosses et nous si petits ! Un coup de queue et tout le monde à l’eau. Incroyable, fascinant ! Elles s’amusent à passer sous nos bateaux sans nous toucher, comme pour nous faire comprendre qu’elles sont chez-elles, maîtres des lieux, mais que nous sommes les bienvenues. Comment oublier ces magnifiques créatures sorties de l’imaginaire fantastique mais pourtant bien réelles ? Un moment béni, une rencontre fabuleuse aux confins d’un fjord majestueux. Nous sommes toujours en eau salée. La rivière est noire et le temps plus maussade. Le vent se lève, il est de plus en plus difficile de ramer. Nous sommes dans des contre-courants et la fatigue d’une première journée d’efforts physiques commence à se faire sentir. Notre guide nous amène au premier point d’ancrage, lieu où nous monterons notre campement pour la nuit.
La faim et la soif nous tenaillent tous. Pour la soif, nous avons de l’eau douce et de la bière. Le repas du soir, pour une gang de jeunes et quelques plus vieux affamés, est la récompense attendue. Surprise ! Déception ! La planification et les achats de la bouffe sont faits par le guide avant le départ. Nous découvrirons donc, dès ce premier repas, que nos corps se sustenteront de nourriture sèche, de noix, de figues et de raisins. Adieu les hamburgers, les steaks et autres aliments prisés sur les campings. Nous mangerons granola et santé. Nos papilles gustatives n’ont qu’à bien se tenir. Le budget et la vie d’expédition font foi de tout. Malgré un repas peu copieux pour les braves rameurs que nous sommes, nous préparons le feux de bois et accrochons aux arbres la toile qui nous servira d’abri pour la nuit. Assez rudimentaire comme installation. Il y a certains jeunes qui commencent à maugréer. peu habitués aux conditions rustiques et pour le moins minimalistes. Le sevrage du confort de la ville est pénible. Mes deux copains Robervallois, les plus vieux du groupe, ont les traits un peu plus longs qu’au petit matin du départ. Moi aussi d’ailleurs. Une bonne nuit de sommeil sous la toile fera le plus grand bien. Sauf qu’il a plu et venté toute la nuit. Le rouleau de papier de toilette détrempé. En pleine nuit, rien de mieux qu’une grosse feuille d’érable loin des regards insomniaques.







Shirly Schlicker
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