Voilà, les vacances sont terminées ! Des souvenirs heureux, la tête pleine de chansons, de musique, de paysages fabuleux, de bons vins, de belles personnes rencontrées. Surtout, une excellente nouvelle m’attendait. J’étais retenu pour une entrevue au quotidien le Soleil. Septembre 1986. Je passe tout le processus de sélection. J’apprends que plus de trois cents candidatures ont été acheminées au Soleil. La conseillère aux ressources humaines communique avec moi pour m’annoncer la bonne nouvelle. Une offre concrète d’embauche est sur son bureau. Je n’y crois pas ! Je suis tellement heureux et fier de m’associer à une institution de prestige comme celle du Soleil. À l’époque, le journal est dirigé par monsieur Paul A. Audet, président du quotidien depuis plusieurs années. Si ma mémoire est fidèle, c’est monsieur Jacques Francoeur qui est le propriétaire éditeur. J’annonce la fantastique nouvelle à ma compagne, mes parents et amis. Tous sont heureux pour moi et me félicitent pour cette nomination. Je serai responsable du Journal en Classe, des visites industrielles de l’entreprise, des relations publiques et des promotions qui me seront confiés par mon supérieur immédiat, Monsieur Pierre Champagne.
Au même moment, ma compagne est nommée directrice d’une école élémentaire de la région. Elle est la plus jeune directrice d’école du Québec. Nous nous achetons une maison dans la Vallée Autrichienne à Lac Beauport. Nous sommes heureux, la vie est bonne pour nous. Nous sommes deux carriéristes sur la voie du succès. Je me définis comme un homme rationnel qui atteint ses objectifs. Je suis ambitieux, orgueilleux, fier et déterminé ! Voilà un ensemble de dispositions qui me joueront quelques mauvais tours un peu plus trad dans ma vie. Les défis sont nombreux au journal et la compétition avec le concurrent est vive, même si à cette époque le tirage du Soleil était en avance tous les jours de la semaine et les fins de semaine.
Je poursuis mes activités de judo et de chant choral. Je vis à deux cent mille à l’heure. La culture d’entreprise et des médias en général favorise une ouverture d’esprit et une compréhension du monde un peu plus large que celle que possède la moyenne des gens. Du moins, c’est ce que l’on pense de l’intérieur. Avec ma page s’adressant au monde scolaire publiée le dimanche, j’ai le sentiment d’appartenir un peu à l’univers journalistique. Mais il y a un fait culturel qui existe réellement dans un média écrit : si tu appartiens au marketing, tu n’appartiens pas au rédactionnel, et vice versa. La salle de rédaction est une chasse-gardée qui doit être à l’abri des contaminants venus de l’interne comme le marketing. Je ressentais cette ambiguïté entre le goût du journalisme et l’univers du marketing.
Cette réalité existante dans les années 1980 et 1990 a-t-elle autant d’emprise aujourd’hui sur la culture des salles de rédactions des médias écrits ? Je ne peux répondre à cette question et là n’est pas mon propos.
Je travaille fort, très fort ! Je veux prouver à la direction que mon choix n’est pas une erreur. De toute façon, je suis considéré comme cadre intermédiaire en attente de sa permanence. Mais la permanence, on ne la donne pas au Soleil. Il faut la mériter !






