Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Je vous ai parlé de mon séjour chez les Montagnais du Lac St-Jean avec les jeunes de Katimavik. Et bien je récidive l’expérience avec des élèves de la région de Québec. J’annonce le concours dans ma page dominicale durant plusieurs semaines. Je contacte à nouveau Maurice Tassé de la police amérindienne. J’intègre au voyage une équipe de télévision du groupe Vidéotron qui réalisera une émission de trente minutes sur l’expérience que vivront les jeunes lecteurs du journal. J’animerai et travaillerai à la planification du canevas de l’émission. L’idée était de mettre en valeur la culture amérindienne et de faire découvrir les mœurs et coutumes d’un peuple sans qui nos ancêtres n’auraient pas survécus en terre d’Amérique du Nord.

Nous vivons dans un petit campement en bois rond avec poêle à bois et rognons de castors séchés accrochés aux poutres de bois. Nous coucherons pendant quelques jours dans un vrai camp d’indien. Nous mangerons de la bannik, un pain cuit selon une méthode amérindienne, du castor et de l’ours. Encore une fois, nous sommes au cœur de la forêt, en plein hiver, à trapper le renard, le lièvre, la loutre et le castor. L’équipe de télévision capte des images fabuleuses des lieux et de la vie de ce trappeur Montagnais. Les jeunes vivent une expérience humaine et journalistique formidable. Ils voient comment le trappeur capture le castor dans sa hutte de terre. Il place un piège métallique sous l’eau, juste à l’entrée du passage qui mène au refuge de ce dernier. Placé au centre du piège, un morceau de bois tendre auquel le castor ne peut s’empêcher de goûter. Au moment où il tente de manger cet appât, le piège se rabat sur son cou et le tue instantanément. L’hiver, le trappeur fait le tour de ses pièges à castor. Il sonde, avec un bâton possédant un embout métallique, l’entrée sous la glace et l’eau de la maison de l’animal. Par expérience, il sent au bout du bâton s’il y a un castor dans le piège. Si oui, il le dégage en creusant dans la glace jusqu’au castor. Comme il vend ses peaux de castors, de loutres et d’ours, il nous montre comment il tanne la peau de castor. Avis au cœurs sensibles, le spectacle n’est pas nécessairement beau à regarder. Mais pour nous, cette expérience est à la fois éducative et originale. Une fois que le castor est vidé de ses viscères et autres organes, le chasseur nettoie la peau puis l’étend, avant de la fixer à un cerceau de bois qu’il accroche aux parois du campement. Un soir, notre hôte nous a préparé un repas dont le castor est le plat principal. C’est très gras et goûteux. Une haleine de castor n’attire pas foule.

Finalement, le périple doit trouver son terme. Nous quittons notre compagnon amérindien à regret en conservant des images sur pellicule qui nous feront gagner un premier prix au Canada. J’aurai l’occasion, plusieurs années plus tard, de me retrouver à nouveau chez les amérindiens.