Je remarque, au sortir de certaines maisons, des carcasses de caribous gelées, pendantes, accrochées à une tige métallique ou de bois. Une lame de couteau s’empressera d’en découper une lanière et cette dernière sera mastiquée goulûment jusqu’à ce que le sang et la viande fondent et fassent le délice des palais. J’y ai goûté, c’est excellent !
Nous quittons le village en direction du détroit et de ses glaces. Nous tenterons de repérer des phoques et autres formes de vie animale. Une expédition d’une journée où nous accompagnons nos hôtes inuits dans leur chasse quotidienne. Toute l’équipe participe à cette randonnée très attendue. Nous sommes à bord des motoneiges et des traîneaux. Il fait facilement -50 degrés sur le détroit, un froid insupportable malgré nos vêtements conçus pour le climat. Brillent un soleil et une luminosité qui obligent au port de verres fumés. La vitesse des motoneiges multiplie par je ne sais trop combien la force du vent sur nos corps frigorifiés. Nous devons faire un arrêt en route, puisqu’une des motoneiges est en panne. C’est à ce moment précis que l’incroyable se déroule sous nos yeux : des inuits réparent la mécanique défectueuse de la motoneige, mains nues, avec des outils de métal, dans un froid assassin. Je l’ai vu de mes yeux vu ! C’était tout à fait inimaginable par une pareille température. La résistance au froid de ces inuits est déconcertante. Éric, notre caméraman, tente de capter des images de la scène, mais croyez le ou non, le froid, malgré une enveloppe protectrice sur la lentille, a brisé la caméra ! Nous devrons, pour la suite des entrevues et reportages prévus, emprunter la caméra de la petite télévision communautaire de Salluit. C’était une télévision communautaire très bien équipée, à la fine pointe des dernières technologies. La motoneige réparée, nous poursuivons notre périple jusqu’à un point d’arrêt indéterminé.
Les inuits nous font remarquer un courant d’eau non glacé qui serpente sur le bord de l’eau, à quelques dizaines de mètres de la terre ferme. Nous regardons attentivement et apercevons des moules en quantité innombrables. Ces derniers enfilent leurs bottes et commencent la pêche aux mollusques. Voilà une pêche pour le moins inattendue ! Nous y participons là où l’eau est la moins profonde. Époustouflant de réaliser que nous sommes à la pêche aux moules à -50 sur le Détroit d’Hudson. Qui dit mieux ?
Après une heure et un peu plus de ramassage de moules, l’équipe n’en peut plus de souffrir du froid. Je demande à notre guide s’il voit un inconvénient à ce qu’on retourne au village. On ne fait ni un ni deux, nous ramassons les quelques outils de pêche et quittons les lieux. Le froid Salluitien aura eu raison des autres activités de l’expédition. Je ne pense qu’à retrouver la chaleur réconfortante du poêle à l’huile qu’il y a chez mon hôte. Ce sera un petit bonheur mérité après une expérience d’un froid si intense. Le séjour se poursuit au rythme de la communauté et des rencontres dans la grande salle regroupant les familles Inuits du village. L’Inuit a le sens de la famille, mais la famille élargie au grand ensemble. Les femmes Inuits ne s’occupent et n’amusent pas seulement leurs enfants, mais aussi les enfants des autres membres de la communauté. Cette différence culturelle est marquante et tisse serré les liens entre tous les Inuits. Comme à Baie Déception, les ciels de Salluit sont d’une grande beauté. Une luminosité exceptionnelle, des couleurs pures et franches, un sol rocheux sans végétation que nous découvrons quand la neige s’absente pendant la saison estivale.







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