En 1988, bien des choses vont changer dans ma vie. Du moins, ce seront les prémices à ce qui modifiera le cours de mon existence. Ma vie de couple ne tient plus la rampe. Ma rencontre avec une jeune cadre de l’entreprise a pris une tournure passionnelle. Impossible de résister à cet appel amoureux, charnel et plein de douces folies. Sincèrement, je n’ai pas vu venir cette relation amoureuse qui a envahit mon être tout entier. Les débuts entre cette personne et moi semblaient sans risque. Finalement, à chaque fois que j’allais dîner avec elle, des fous rires incontrôlables s’emparaient de nous deux. Je me sentais comme un gamin. Je ressentais une forme de jeunesse enivrante, un élan qui te transporte. Au Soleil, un vent de changement s’annonce. L’introduction des nouvelles technologies fait son chemin. La grève des journalistes confirme les nouveaux enjeux. Je travaille fort, mais j’ai la tête un peu ailleurs. Je sais que le Journal en Classe est dans le collimateur de la haute direction. Conrad Black, avec Hollinger, est le nouveau propriétaire du quotidien. La restructuration et la rationalisation sont des mots à la mode dans la bouche des gestionnaires. J’ai quitté ma première compagne après treize années de vie de couple. Je découvre de nouveaux aspects de moi-même. Je goûte aux plaisirs d’une nouvelle vie amoureuse, de l’intensité des corps qui exultent au contact de l’autre. Je retrouve le bonheur des petites choses simples, pas compliquées. Mais en même temps, les restes de mon éducation judéo-chrétienne ne sont pas complètement disparus. Je ne suis pas un homme mature sur le plan émotionnel, je ne me fais pas totalement confiance. Je suis de l’école de la rationalité et du sens des responsabilités.
Un jour, à trente-trois ans, je me suis dit qu’il était temps que je sois en harmonie avec mes émotions, que j’aille au risque de moi-même, que j’arrête de me cacher derrière un modèle masculin qui ne reconnaissait pas qui j’étais fondamentalement. J’étais, et je le suis encore, un être émotif, une âme d’artiste dotée de l’intelligence rationnelle du développeur de projet. J’aime la pensée structurée pour l’analyse et l’atteinte d’objectifs déterminés mais j’ai besoin de la liberté du créateur, de l’esprit du poète pour être heureux. À trente-deux ou trente-trois ans, c’est le deuxième aspect de ma personnalité auquel je voulais laisser plus de place. J’étais dans le déni de ma personne depuis trop longtemps ! Je jouais un rôle pour plaire et sécuriser mes proches, être conforme à l’image du gars solide et inébranlable.
Quitter ma première compagne, quelques semaines avant le temps des fêtes, fut extrêmement pénible. Le paradoxe, c’est que j’étais encore animé par des sentiments pour elle. De l’amitié ? De la reconnaissance ? Une certaine complicité ? Enfin ! Je ne pouvais plus le définir, lui toucher, j’étais happé par un coup de foudre sans mesure, complètement habité par le corps et le cœur de l’autre. Les voyages promotionnels avec les lecteurs gagnants et les ateliers se succèdent à un rythme sportif. Ma nouvelle vie amoureuse aussi !







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