Chapitre XXVIII – Avant l’Europe : une paire de petits souliers blancs

Juillet 1989. J’entreprends le début des négociations pour mon départ avec la direction du quotidien le Soleil . Je quitte le journal pour mes vacances annuelles et je pars pour l’Europe avec la troupe du groupe vocal Atmosphère. J’ai décidé de louer un petit appartement sur la rue St-Paul à Québec. J’y habite seul. J’ai besoin de me retrouver sur le plan personnel. Je tente de renouer avec ma première compagne de vie. Nous nous sommes revus, nous avons essayé quelques tentatives de rapprochements, tenté de replâtrer les morceaux brisés. Mais vous savez, le pari n’est pas évident ! Je vous ai expliqué dans quel état psychologique je me retrouvais face à mes sentiments pour les deux femmes qui étaient dans ma vie. J’aurais dû, à cette époque, consulter un spécialiste, un thérapeute, qui m’aurait guidé dans une démarche de compréhension de ce que je vivais. Trop orgueilleux pour demander de l’aide, j’ai tenté de résoudre seul mon incohérence affective et émotionnelle.

Je revois à l’occasion la femme de ma passion amoureuse. Nous discutons longuement de la situation et de l’impasse psychologique qui me tourmente. Je sais qu’elle a une maladie du système immunitaire qui s’appelle le lupus et qu’elle ne peut pas avoir d’enfants. J’avoue très franchement que cet aspect de sa santé et les conséquences possibles de sa maladie sur ma vie n’ont pas d’impact sur mon impasse psychologique, affective, émotionnelle, peu importe. Elle me conseille toutefois de retourner vivre avec ma première compagne pour en avoir le cœur net. Au fond, je suis d’accord avec son analyse. C’est peut-être la seule voie à suivre. Il faut savoir que la vie a ses lois et l’amour aussi. Il est difficile d’être à ce point déchiré dans sa tête et son cœur.

UN VOYAGE DE PÊCHE DÉTERMINANT

C’est la fin de semaine de la Fête Nationale du Québec. Pour ces quelques jours de congé, je loue un camp de pêche dans Charlevoix. Nous profitons de ces moments en forêt pour tenter de renouer, de retrouver notre intimité, si cela est possible. Nous sommes tous les deux habités par le désir de se reconquérir l’un l’autre. Nous n’avons jamais eu d’enfants ensemble. Nous avons fait passer la carrière avant les bébés ! Nous aurions peut-être pu, au début de notre vie à deux, mais nous étions trop jeunes et en pleine construction de notre avenir. À dix-huit et vingt ans, nous avions encore le temps pour la famille ! Elle fait tout pour rendre notre séjour agréable, mais moi je me sens mal dans ma peau. Le seul endroit où je me sens bien, c’est chez-moi, dans mon petit appartement de la rue St-Paul. J’ai besoin d’une liberté totale. Je ne suis bien avec personne, j’étouffe après quelques heures. Le voyage de pêche nous rapproche, mais j’ai hâte de revenir sur Québec. Nous avons fait l’amour une seule fois, chez elle, au retour du voyage. Je me souviens d’avoir demandé à l’univers, au moment déterminant pour la suite des choses, de décider de notre destin. Peu importait le risque encouru d’une fécondation. Malgré le fait que je n’étais pas sûr que je pourrais reprendre une vie commune avec elle, je croyais l’avoir assez aimée pour lui offrir cet ultime cadeau : la Vie. Je savais que c’était ce qu’elle désirait pour nous deux et j’étais conscient qu’elle voulait accorder à notre vie de couple une dernière chance. C’est fou ! Grâce aux années vécues auprès de quelqu’un, on finit par découvrir l’âme de celle ou celui qui partage notre quotidien. Pas toujours, mais souvent, nous savons ou ressentons l’autre dans sa vérité. Je savais dans mon âme que cette femme que j’ai aimée profondément ne referait pas sa vie facilement.

Quelques semaines avant de quitter pour l’Europe avec la troupe, je suis invité pour prendre le repas du soir chez elle à St-Anne de Beaupré. J’arrive, je dépose mon cellulaire sur la table de cuisine et découvre des petits souliers blancs de bébé avec une boucle rose et une petite carte. Je sais à cet instant que mon destin, le sien et celui de l’enfant à naître appartient à l’univers. Sans oublier celle qui était amoureuse de moi et qui savait d’instinct que nos vies prendraient une tangente à jamais inexorable !

Fin juillet. Je pars pour la France, le cœur à la fois heureux et anxieux !