Chapitre XXX – Mon chemin de Compostelle (suite)

Je suis anormalement fatigué. Je dois en avoir le cœur net. Je me rends à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Québec. Prise de sang, test d’urine et tout le bataclan. Après analyses de mes tests sanguins, le médecin décide qu’une investigation plus approfondie est nécessaire. Le taux d’urée et d’acide urique contenu dans mon sang est anormalement élevé. Mon hémoglobine est basse et mes tensions artérielles sont hautes. Une hospitalisation est incontournable. Je n’ai pas le choix, il faut que je me soumette.

DANS L’ATTENTE DU VERDICT SANS APPEL

Après quelques jours d’hospitalisation, j’attends dans ma chambre la venue quotidienne du docteur Serge Langlois. Il est néphrologue, spécialiste de la fonction rénale et de l’hypertension artérielle. Nous sommes au milieu de l’après-midi, il tarde à arriver. Enfin, il arrive ! À voir son allure et l’expression de son visage, je sais que les résultats de la batterie de tests ne sont pas positivement concluants. Il m’explique de long en large le portrait de la situation, sans être en mesure de poser un diagnostic définitif. Je devrai attendre les résultats de certains examens prévus pour le lendemain matin. Il me laisse dans l’espérance que les nouvelles ne soient pas trop mauvaises.

Je suis seul à ma chambre, il est certainement 1h00 du matin. J’angoisse depuis le début de la soirée. Je n’arrive pas à trouver le sommeil. Ma vie et la suite des choses dépendent de l’interprétation que mon médecin fera des analyses des derniers tests qu’il attend. J’avoue que j’ai prié Dieu. Je lui ai demandé de ne pas m’abandonner, pas à trente-cinq ans !

Il est 6h00 du matin. Les lumières s’allument, l’agitation commence. C’est l’heure de la pesée et des prises de sang. Je suis fébrile, anxieux, je n’ai pas le cœur à rire. Le temps s’écoule lentement, trop lentement. Je regarde ma montre, le déjeuner n’est pas encore arrivé. De toute façon, les déjeuners diètes de la cafétéria ne sont pas mangeables. Il est 10h00 et quelques poussières, Serge Langlois, mon médecin, entre dans ma chambre avec son cartable et une mine résignée. Le verdict tombe comme un boulet au sol : « Votre fonction rénale est sérieusement atteinte. Vous n’avez qu’un rein sur deux qui fonctionne et il est beaucoup plus petit que la normale. Il fonctionne à environ 30%. Pour conclure, vous faites de l’hypertension artérielle chronique qui doit absolument être contrôlée par une prise quotidienne de médicaments. Cette hypertension artérielle a une influence sur la longévité de la fonction rénale qu’il vous reste. » Beau programme docteur ! Il m’explique que depuis ma naissance, je ne fonctionne qu’avec un petit rein et qu’il ne s’agit pas d’une maladie mais bien d’une pathologie. C’est-à-dire qu’une malformation à la naissance aurait permis le reflux de l’urine dans les artères rénales, remontant au niveau des reins. Cette anomalie aurait entraînée la perte graduelle de ma capacité rénale. Évidemment, ajoutez à tout cela les effets pervers de l’hypertension artérielle. Cercle vicieux de la cause à effet, jouant à la fois comme variable indépendante et dépendante. Enfin ! Je demande au docteur vers quoi je me dirige. « À plus ou moins brève échéance (18, 24, 36 mois) ce sera l’hémodialyse dans l’espoir d’une greffe rénale, si cela est possible. » Ouf ! Moi, l’homme qui vit à 200 kilomètres à l’heure, jaloux de sa liberté, des rêves pleins la tête. Tout un avenir en perspective… Je comprenais mieux maintenant certaines choses comme le fait d’avoir fait pipi au lit tardivement. Je me souviens, j’avais peur de mouiller mon lit, je me retenais pour ne pas tacher mes draps la nuit. Cette retenue n’a certainement pas aidé à diminuer les effets de reflux dans les artères, allant jusqu’à brûler graduellement le rein nain existant. Je prenais des anti-inflammatoires pour combattre les effets de l’arthrite, qui en réalité n’était de l’arthrite mais plutôt les symptômes d’une fonction rénale déficiente. Ces médicaments n’ont pas aidé ma fonction rénale. Un mauvais diagnostic était tombé à Roberval et avait été reconnu par les rhumatologues de l’Hôtel Dieu qui m’ont soigné pour une arthrite goutteuse à un doigt. Dans les faits, il s’agissait des conséquences d’une dysfonction rénale chronique. Je n’en tiens pas rigueur aux médecins de l’époque. Vous verrez et comprendrez un peu plus loin dans mes écrits que la médecine et les spécialistes en néphrologie de l’Hôtel Dieu de Québec me gardent en vie depuis l’âge de trente-six ans.