Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay en barque à rame

Comme à tous les samedis matins, je lis le Perspective en encart dans le quotidien le Soleil. Nous sommes au printemps 1981. Un reportage sur le fjord du Saguenay me captive au plus haut point. Un aubergiste Français de Tadoussac, ville située à l’embouchure de la rivière Saguenay, offre la possibilité de découvrir le fjord et ses attraits avec comme moyen de navigation des barques de bois et des rames. Je suis toujours avec Katimavik, mais il ne reste que quelques mois avant la fin du contrat. La lecture de cet article et la possibilité d’une telle aventure sur une rivière très difficile à naviguer m’excite ! Je pense à mon groupe et au plaisir de découvrir l’un des plus beau fjord du monde. Des falaises escarpées, des paysages et des couchers de soleil à couper le souffle, des baleines, des bains de boue… Vous voyez le topo ! Je présente à mon groupe le projet de voyage. La réaction fut unanime, l’emballement était au rendez-vous. Seul le coût de l’expédition posait problème. Il était au dessus des capacités financières inscrites dans le poste budgétaire des sorties éducatives. J’y crois et je désire fortement réaliser ce périple. Je communique ce projet au comité Katimavik local. Sur ce comité siègent des gens d’affaires de la région et d’autres leaders de la communauté. Je souhaite qu’ils m’aident à réaliser ce rêve.

Tout le monde est d’accord pour mettre l’épaule à la roue. Nous organisons, dans la communauté, une levée de fonds afin de soutenir le projet du fjord. Après quelques mois d’organisation, de planification de l’évènement et de vente de billets, la soirée s’est déroulée à merveille. Nous avons amassé les fonds nécessaires pour partir en direction de Tadoussac. Les médias ont fait état de notre rêve et du projet Katimavik à Roberval ( la construction du parc récréatif ). Tout le monde était content, c’était une réussite sur tous les plans !

L’AVENTURE DU FJORD DU SAGUENAY

Les bagages sont prêts, le plein d’essence est fait, tout le monde est à bord. Nous serons accompagnés par deux représentants du comité Katimavik local avec qui j’ai une relation formidable et une complicité dans l’action depuis le début du projet. Deux hommes d’une quarantaine d’années habitués au confort du foyer et de la petite vie bien planifiée. Oh là là ! Je crois qu’ils ne savent pas dans quelle galère ils se sont embarqués ! Enfin, la réalisation de soi n’a pas d’âge et surtout mérite ses risques. Avec le recul des ans et la connaissance des personnages, je ne peux m’empêcher d’avoir le sourire. Vous verrez plus loin que cette expérience nous a réservé son lot de surprises.

Départ de Roberval au petit matin. Un bon café pour entreprendre la route et ça y est, c’est le bonheur ! Après quelques heures de route, nous passons Ste-Rose du Nord et Tadoussac est à nos portes. Arrivé sur les lieux, je rencontre le propriétaire de l’auberge, règle les détails administratifs et discute avec le guide et responsable de l’expédition, un spécialiste de la rivière et des baleines. Nos barques nous attendent sur la plage, toutes de bois construites. Elles sont magnifiques et peuvent contenir, si ma mémoire est bonne, sept passagers chacune en plus du skipper. Le départ se fait dans l’enthousiasme et un peu d’excitation, avouons-le. Chacun d’entre nous doit s’harmoniser avec le rameur de gauche ou de droite, ainsi qu’avec les autres rameurs du bateau. Le skipper marque la cadence à l’aide de cris répétitifs. Il donne la direction du bateau en manœuvrant le petit manchon situé à l’arrière de la barque.