Archives du mars, 2009

Chapitre XXIII – Au pays des Inuits

Chapitre XXIII – Au pays des Inuits

Mars 1988. J’organise, dans ma page le Soleil en Classe, un concours pour aller au bout du monde. J’offre à deux jeunes élèves d’une école secondaire de notre territoire la possibilité de réaliser un reportage journalistique sur les Inuits du grand nord du Québec. Une telle expédition ne s’organise pas en criant lapin ! Il faut planifier le transport, l’hébergement, les repas, l’habillement pour faire face à au froid du grand nord (-60 degrés sur le détroit, sans compter le facteur éolien), les activités pour un séjour de dix jours, les assurances, la visibilité de l’évènement, et finalement le concours lui-même. Il faut tout prévoir, y compris le budget qui est un élément fondamental pour que le voyage soit accepté par la direction. La question que je dois me poser est la suivante : « Comment puis-je maximiser les retombées médiatiques du concours, créer l’évènement et l’intérêt des lecteurs et professeurs d’écoles de notre territoire de distribution ? ». Il faut associer des partenaires médiatiques et d’affaires qui sont nécessaires à la réalisation de tous les aspects de l’aventure. En échange, nous devons offrir leurs services, la visibilité et le rayonnement des médias réunis (Le Soleil, la radio de C.H.R.C et Vidéotron).

Pour que vous situiez bien Salluit, il s’agit d’un petit village Inuit sur le bord du Détroit d’Hudson, aux confins d’un fjord, au point le plus haut de la carte du Québec. J’entre en communication avec la Gendarmerie Royale du Canada et demande à parler avec le responsable des communications. Je lui explique la nature de ma démarche et les objectifs de la page le Soleil en Classe. Il me promet de réfléchir au projet et d’en discuter avec ses supérieurs. Après un dizaine de jours d’attente, l’agent aux communications me téléphone et me fait savoir que la G.R.C accepte de s’impliquer dans le projet selon les conditions écrites faxées quelques semaines auparavant. Nous partirons de l’aéroport de Québec sur les ailes d’un avion douze passagers aux couleurs de la Gendarmerie Royale du Canada. Direction : Salluit.

Les préparatifs sont planifiés et réglés. Tout le monde est à l’aéroport de Québec, tôt en matinée. Il fait un soleil digne du moment que nous nous apprêtons à vivre. Myriam Ségal, animatrice à C.H.R.C, deux représentants de Vidéotron (caméraman et réalisatrice), les deux élèves de secondaire V de la région de Québec, le policier de la G.R.C, le pilote et moi, bien entendu, sommes fins prêts pour l’aventure du grand nord. Le météorologue connu dans la région de Québec, dont le nom malheureusement m’échappe, nous accueille avec beaucoup d’enthousiasme. Il nous fait visiter la tour de contrôle et nous prédit une température merveilleuse jusqu’à Salluit. Nous décollons la tête heureuse, fiers de vivre un moment unique.

Après plusieurs heures de vol, l’incroyable vue sur le détroit d’Hudson et le petit village de Salluit apparaît à nos yeux comme un mirage, quelque chose d’irréel. Un désert de glace et de neige blanche à perte de vue. Je cherche des yeux la piste d’atterrissage. Je demande au pilote si nous approchons. Il m’informe que nous devons nous préparer à l’atterrissage dans quelques minutes et nous demande de boucler nos ceintures. « Je ne vois pas la piste ! », lui dis-je. Il me répond qu’elle est droit devant… Je saisis que nous allons atterrir sur les glaces du Détroit. Une piste de fortune, aménagée pour les petits avions et les pilotes de brousse. Nous contournons Salluit et son fjord et nous nous préparons au vrai rendez-vous du voyage : la rencontre avec les Inuits et leur pays. L’avion est immobilisé, pas un mot. Nous sommes dans un autre monde. Les premières minutes servent à balayer du regard notre champ visuel. Incroyable mais vrai, quatre à cinq kilomètres nous séparent de l’entrée du fjord où se situe le village. Nous apercevons, par le hublot, des motoneiges et des chiens attelés à des traîneaux qui s’avancent vers nous. Nous sortons de l’appareil, excités et étrangers à ce que nous découvrons. Il fait un froid à couper le souffle ! Le pilote défait la batterie de l’appareil pour la transporter au village où elle sera gardée sur la charge. Sur la glace blanche comme du lait, je vois arriver de plus en plus près des petits hommes trapus aux épaules en bouteille, portant des moustaches noires effilochées. Leur peau est cuivrée et ils arborent un sourire de bienvenue. Nous marchons vers eux. Le craquement de nos pas est amplifiés à nos oreilles par l’absence d’humidité dans la neige. Nous nous installons sur les sièges des motoneiges après avoir déposé les bagages et le matériel sur les traînes.

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Je vous ai parlé de mon séjour chez les Montagnais du Lac St-Jean avec les jeunes de Katimavik. Et bien je récidive l’expérience avec des élèves de la région de Québec. J’annonce le concours dans ma page dominicale durant plusieurs semaines. Je contacte à nouveau Maurice Tassé de la police amérindienne. J’intègre au voyage une équipe de télévision du groupe Vidéotron qui réalisera une émission de trente minutes sur l’expérience que vivront les jeunes lecteurs du journal. J’animerai et travaillerai à la planification du canevas de l’émission. L’idée était de mettre en valeur la culture amérindienne et de faire découvrir les mœurs et coutumes d’un peuple sans qui nos ancêtres n’auraient pas survécus en terre d’Amérique du Nord.

Nous vivons dans un petit campement en bois rond avec poêle à bois et rognons de castors séchés accrochés aux poutres de bois. Nous coucherons pendant quelques jours dans un vrai camp d’indien. Nous mangerons de la bannik, un pain cuit selon une méthode amérindienne, du castor et de l’ours. Encore une fois, nous sommes au cœur de la forêt, en plein hiver, à trapper le renard, le lièvre, la loutre et le castor. L’équipe de télévision capte des images fabuleuses des lieux et de la vie de ce trappeur Montagnais. Les jeunes vivent une expérience humaine et journalistique formidable. Ils voient comment le trappeur capture le castor dans sa hutte de terre. Il place un piège métallique sous l’eau, juste à l’entrée du passage qui mène au refuge de ce dernier. Placé au centre du piège, un morceau de bois tendre auquel le castor ne peut s’empêcher de goûter. Au moment où il tente de manger cet appât, le piège se rabat sur son cou et le tue instantanément. L’hiver, le trappeur fait le tour de ses pièges à castor. Il sonde, avec un bâton possédant un embout métallique, l’entrée sous la glace et l’eau de la maison de l’animal. Par expérience, il sent au bout du bâton s’il y a un castor dans le piège. Si oui, il le dégage en creusant dans la glace jusqu’au castor. Comme il vend ses peaux de castors, de loutres et d’ours, il nous montre comment il tanne la peau de castor. Avis au cœurs sensibles, le spectacle n’est pas nécessairement beau à regarder. Mais pour nous, cette expérience est à la fois éducative et originale. Une fois que le castor est vidé de ses viscères et autres organes, le chasseur nettoie la peau puis l’étend, avant de la fixer à un cerceau de bois qu’il accroche aux parois du campement. Un soir, notre hôte nous a préparé un repas dont le castor est le plat principal. C’est très gras et goûteux. Une haleine de castor n’attire pas foule.

Finalement, le périple doit trouver son terme. Nous quittons notre compagnon amérindien à regret en conservant des images sur pellicule qui nous feront gagner un premier prix au Canada. J’aurai l’occasion, plusieurs années plus tard, de me retrouver à nouveau chez les amérindiens.

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

La vie tourne vite dans un média écrit. J’aime le rythme et l’ambiance que l’on retrouve au service de la promotion et des relations publiques. Je suis avec une équipe d’expérience qui travaille d’instinct plutôt que de façon théorique et académique. La culture organisationnelle d’une institution qui a presque cent ans a ses règles et ses façons de faire. Je dois m’adapter, tout simplement.

Je me souviens des réunions communément appelées « tempêtes d’idées ». Quel pur plaisir que de laisser aller nos idées sans frontières, sans obstacles, et puis de les soumettre à l’évaluation rationnelle de l’esprit et des différentes composantes du réel. J’avoue que c’est mon patron Pierre Champagne qui m’a enseigné à ne pas avoir peur d’émettre des idées qui peuvent paraître à première vue farfelues. Je suis très heureux de travailler pour le Soleil. J’arrive tôt le matin et quitte tard le soir. Je crée la page le Soleil en Classe, publiée tous les dimanches. Je connais le plaisir de voir sa photo dans le journal et d’être le créateur de ce que l’on publie. Mais cette poussée d’égo a son contrepoids. Nous en parlerons un peu plus loin.

J’aime les relations publiques, mais parfois je m’ennuie dans les conférences de presses, les cocktails dînatoires et les soirées mondaines. La direction des ressources humaines tarde à m’octroyer ma permanence. Je redouble d’efforts et initie une série de treize émissions de télévision sur les diverses facettes reliées à la production et à la rédaction du quotidien. J’anime cette série en collaboration avec Pierre Champagne. J’obtiens finalement ma permanence.

Je suis conférencier dans les écoles de notre marché. J’adore rencontrer nos jeunes et futurs lecteurs. J’offre des ateliers-conférences sur la presse écrite comme outil pédagogique. Les enseignants sont ouverts et réceptifs au journal en classe. Je tente de développer l’esprit critique des jeunes générations de lecteurs. Avouez que comme mandat, c’est difficile de trouver mieux !

Ma vie de couple commence à battre de l’aile. Les soirées de représentations sont nombreuses et les mœurs dans l’univers des médias sont plus légères. Je dois faire l’apprentissage d’une certaine maturité, ce qui n’est pas toujours évident dans un monde qui tourne vite, trop vite. J’ai remarqué une jeune femme qui travaille au sein de l’entreprise, mais ce n’est rien de sérieux. Du moins, c’est ce que je pensais. Je ne sais pourquoi, mais quand je suis en sa présence j’ai le rire facile et je me sens heureux. Enfin…! La vie est généreuse, je mange dans les plus beaux restaurants de Québec, assiste aux premières de films et de spectacles que nous commanditons, accompagne nos lecteurs dans diverses activités reliées à nos concours promotionnels, etc… Une vie pas banale du tout qui fait en sorte que je me sente très choyé. J’ai l’occasion de voyager au Canada anglais, un peu partout sur le territoire de distribution de notre quotidien pour la promotion du journal. J’ai trente ans et je crois qu’un bel avenir s’annonce pour moi au Soleil. Ma page dominicale intéresse un certain lectorat dans notre marché cible. J’organise des concours pour stimuler l’intérêt des jeunes élèves du secondaire à la lecture de notre quotidien. Deux concours promotionnels et éducatifs ont été marquants pour nos jeunes lecteurs. Il s’agit des concours À la découverte de nos amis amérindiens et Le Soleil à Salluit. Dans le cadre de ces concours, j’offrais à deux jeunes élèves la possibilité de réaliser un reportage journalistique écrit et photographique relativement aux destinations qui les attendaient. Les reportages étaient publiés dans ma page Le Soleil en Classe.

Chapitre XXII – Le Soleil

Chapitre XXII – Le Soleil

Voilà, les vacances sont terminées ! Des souvenirs heureux, la tête pleine de chansons, de musique, de paysages fabuleux, de bons vins, de belles personnes rencontrées. Surtout, une excellente nouvelle m’attendait. J’étais retenu pour une entrevue au quotidien le Soleil. Septembre 1986. Je passe tout le processus de sélection. J’apprends que plus de trois cents candidatures ont été acheminées au Soleil. La conseillère aux ressources humaines communique avec moi pour m’annoncer la bonne nouvelle. Une offre concrète d’embauche est sur son bureau. Je n’y crois pas ! Je suis tellement heureux et fier de m’associer à une institution de prestige comme celle du Soleil. À l’époque, le journal est dirigé par monsieur Paul A. Audet, président du quotidien depuis plusieurs années. Si ma mémoire est fidèle, c’est monsieur Jacques Francoeur qui est le propriétaire éditeur. J’annonce la fantastique nouvelle à ma compagne, mes parents et amis. Tous sont heureux pour moi et me félicitent pour cette nomination. Je serai responsable du Journal en Classe, des visites industrielles de l’entreprise, des relations publiques et des promotions qui me seront confiés par mon supérieur immédiat, Monsieur Pierre Champagne.

Au même moment, ma compagne est nommée directrice d’une école élémentaire de la région. Elle est la plus jeune directrice d’école du Québec. Nous nous achetons une maison dans la Vallée Autrichienne à Lac Beauport. Nous sommes heureux, la vie est bonne pour nous. Nous sommes deux carriéristes sur la voie du succès. Je me définis comme un homme rationnel qui atteint ses objectifs. Je suis ambitieux, orgueilleux, fier et déterminé ! Voilà un ensemble de dispositions qui me joueront quelques mauvais tours un peu plus trad dans ma vie. Les défis sont nombreux au journal et la compétition avec le concurrent est vive, même si à cette époque le tirage du Soleil était en avance tous les jours de la semaine et les fins de semaine.

Je poursuis mes activités de judo et de chant choral. Je vis à deux cent mille à l’heure. La culture d’entreprise et des médias en général favorise une ouverture d’esprit et une compréhension du monde un peu plus large que celle que possède la moyenne des gens. Du moins, c’est ce que l’on pense de l’intérieur. Avec ma page s’adressant au monde scolaire publiée le dimanche, j’ai le sentiment d’appartenir un peu à l’univers journalistique. Mais il y a un fait culturel qui existe réellement dans un média écrit : si tu appartiens au marketing, tu n’appartiens pas au rédactionnel, et vice versa. La salle de rédaction est une chasse-gardée qui doit être à l’abri des contaminants venus de l’interne comme le marketing. Je ressentais cette ambiguïté entre le goût du journalisme et l’univers du marketing.

Cette réalité existante dans les années 1980 et 1990 a-t-elle autant d’emprise aujourd’hui sur la culture des salles de rédactions des médias écrits ? Je ne peux répondre à cette question et là n’est pas mon propos.

Je travaille fort, très fort ! Je veux prouver à la direction que mon choix n’est pas une erreur. De toute façon, je suis considéré comme cadre intermédiaire en attente de sa permanence. Mais la permanence, on ne la donne pas au Soleil. Il faut la mériter !

Chapitre XXI – Droit au coeur

Chapitre XXI – Droit au coeur

Après quelques mois sans travail à vivre aux rythmes du chant choral et du judo trois à quatre fois par semaine, le développement de ma carrière professionnelle m’importe vraiment. Le besoin d’argent aussi ! La Fondation des Maladies du Coeur est à la recherche d’un directeur général pour son bureau de Québec. J’applique dans les délais prévus et ma candidature est retenue pour le poste.

Pendant les deux ans passées à la direction de cette fondation, c’est-à-dire de 1984 à 1986, j’ai restructuré l’organisme et développé des stratégies de levées de fonds et de visibilité. La sensibilisation et l’éducation des clientèles ciblées étaient au coeur du programme d’actions. J’ai appris beaucoup au côté du président du conseil d’administration de l’époque, Georges Bernard. Il était le vice-président des Services aux entreprises de l’est du Québec pour la Banque Royale du Canada. Tous les deux ,nous faisions une excellente équipe. Il avait le pouvoir et les contacts, moi les idées et l’énergie pour les réaliser. Je déménage les bureaux de la fondation dans les locaux du Palais Montcalm de Québec. Une période de vie très riche et intense sur le plan de mon implication auprès de la fondation. Je planifie et organise beaucoup d’évènements innovateurs pour sensibiliser la population aux maladies du coeur.

Ma force de création ainsi que mon sens inné des relations publiques et du développement me serviront pour le prochain emploi que je convoite.

MES VACANCES:UNE PREMIÈRE TOURNÉE CHANTANTE EN FRANCE

À l’été 1986, je quitte le Québec pour l’Europe dans le cadre d’une première tournée chantante du groupe vocal La Turlutte de l’Ile d’Orléans. Je prends quinze jours de vacances. Ma compagne vient me rejoindre pour la deuxième semaine. Juste avant de quitter, j’avais remarqué une offre d’emploi dans le quotidien le Soleil de Québec. Ce média écrit de la région cherchait un Conseiller en Promotions et Relations Publiques. Comme j’étais très proche et en bonne relation avec mon président, je lui ai parlé brièvement de mon intérêt pour le Soleil. Nous avons discuté franchement de l’opportunité qui s’offrait et de mon désir de postuler. Il m’encouragea dans ma démarche et m’assura son appui. Je partis la tête tranquille après avoir fait parvenir à qui de droit mon curriculum vitae et ma lettre d’offre de services.
Arrivée sur Paris, la troupe de choristes réalise que ce voyage ne sera pas comme les autres. Vous n’avez pas idée à quel point le chant peux rendre le coeur et la tête heureux. Imaginez un groupe d’hommes et de femmes qui se retrouve à l’étranger après avoir rêvé et planifié ce voyage depuis quelques années.
La beauté d’une tournée chantante,c’est que nous sommes hébergés en partie chez des amis choristes des communautés visitées.Nous sommes reçus de façon extraordinaire,chaleureuse,fraternelle avec le sens de la fête et du chant.Des soirées festives bien arrosées,des plats du pays,des chansons et de la musique font la joie des moments uniques avec nos hôtes.Nous découvrons les plus beaux attraits touristiques et culturels des régions visitées.J’ai parcouru la France comme un privilège,un cadeau offert par nos amis choristes Français.À l’occasion des mes trois tournées chantantes avec la troupe ,nous avons visiter toutes les régions de la France d’est en ouest,du nord au sud.J’ai dégusté les meilleurs vins,bu les plus grands alcools,mangers les plus succulents plats des terroirs,vu les plus beaux châteaux,les plus beaux villages,passer les soirées les plus festives de ma vie, bref du gros bonheur comme on ne peux l’imaginer. Je vous raconte ces moments et tout est lumière dans ma tête,passion et joie de vivre.

MERCI CLAUDE BÉGIN!

Je ne peux raconter tout ce que j’ai vécu avec le groupe vocal atmosphère,il y aurait trop à dire,à décrire!Merci Claude Bégin de m’avoir fait découvrir l’univers du chant choral et m’avoir honoré de ton amitié pendant toutes ces années.Je conserve en mémoire,ta voix,ton sourire,ton amour de la vie,de la musique,de la chanson et la conviction d’avoir été dirigé par l’un des grand directeur de groupe vocal au Québec.

Il y a trois ans déjà !

Il y a trois ans déjà !

À 12:17, en 2006, tu nous quittais vers la réponse finale. Tu habites mon esprit et mon cœur. Ton sang coule dans mes veines, ta mémoire demeure encore vive. Il y a quelque chose de surréaliste dans la mort : s’accrocher à la vie terrestre pour la certitude inexorable que nous sommes tous poussières d’étoiles. J’aimerais te prendre dans mes bras et te dire que je t’aime. Aujourd’hui, je ferme les yeux et te rejoins là où tu es encore, dans mon cœur, puis je te chuchote à l’oreille : « T’es beau mon père ! ».

Chapitre XX – Le chant choral : source de joies uniques

Chapitre XX – Le chant choral : source de joies uniques

Une autre de mes passions dans la vie est le chant choral. En 1984, j’entends des amis épiloguer sur un spectacle d’un groupe vocal de l’Ile d’Orléans. Ce groupe s’appelait à l’époque la Turlutte, pour devenir plusieurs années plus tard le groupe vocal Atmosphère de Beauport. Ils présentaient un répertoire de chansons Québécoises et Françaises. Les Brel, Leclerc, Ferland, Aznavour, Vigneault et bien d’autres encore sont au programme. Ils en parlent avec suffisamment d’émotions et d’éloquence pour me donner le goût d’assister à une pratique du groupe. Mon intérêt pour le chant remonte à mon enfance, lorsque j’étais assis au piano avec ma grand-mère Bilodeau. Je me souviens des fins de semaine passées chez mes grands-parents que j’adorais presque autant que mes parents. Ma grand-mère était une musicienne et animait les veillées de mon grand-père Charles-Eugène en lui jouant ses chansons favorites. Souvent, je m’installais au piano, à côté d’elle, et l’accompagnait jusqu’aux petites heures du matin. Moments heureux d’une enfance pleine de la musique et des mots de nos auteurs-compositeurs Québécois et Français. Ma mère aussi jouait du piano, mais sa pudeur ou sa gène freinait son élan à s’exécuter devant des amis ou parents. Mon père avait une magnifique voix de baryton comme son grand-père maternel qui était maître chantre de sa paroisse au lac des Habitants, dans la région du Lac St-Jean.

Je m’installe donc dans la salle de pratique du groupe située à l’époque à l’Institut des Sourds et Muets de Charlesbourg. Claude Bégin est le chef de chœur de la troupe et Réjean Yacola le pianiste. Coup de foudre ! J’adore les voix harmonisées des quatre pupitres : les basses, ténors, altos et sopranos. J’aime l’esprit qui anime la dynamique du chant choral, mais d’abord et avant tout, j’admire le leadership du chef de chœur qui joue un rôle de premier plan. Claude Bégin était un homme passionné par la musique et la vie. Il possédait une énergie qui dépassait l’entendement. Je me souviens, j’ai eu le bonheur de faire trois tournées chantantes en Europe avec Claude et la troupe. Cet être plus grand que nature pouvait dormir à n’importe quel endroit en voyage. Il récupérait au bout de quelques heures et son sens de la fête reprenait ses droits rapidement. C’était un homme exigeant sur le plan de l’harmonisation et du rythme. Il m’a choisit comme soliste, ce qui est une reconnaissance non négligeable au sein de la troupe. Être soliste, c’est aussi une responsabilité additionnelle et un petit stress en valeur ajoutée. Mais l’adrénaline que procure le fait de se retrouver sur une scène devant des centaines de spectateurs est quelque chose d’unique. Tu dois assurer une performance digne de la troupe et des attentes du chef de chœur. Il faut combattre les interminables secondes de stress avant son solo. Après, c’est l’état de grâce si ta prestation mérite une réponse chaleureuse du public.

MOI, MES SOULIERS

Nous sommes en France. Nous chantons dans une petite ville du centre-ouest. Il fait une journée magnifique. Tous les billets sont vendus pour le spectacle du soir que nous donnerons vers 20:00. Nous chanterons dans une vieille église de plusieurs centaines d’années. La sonorité des ces églises était toujours incroyable. Nous nous retrouvons vers les 18:00. Nous transportons dans nos bagages notre costume de scène y compris nos souliers qui complètent l’ensemble. Le temps passe. Il est 19:30. Les spectateurs arrivent par grappe. L’assistance est au rendez-vous.

Comme à l’habitude, Claude prépare les choristes en leur faisant effectuer une série de vocalises et en leur donnant les directives d’usages avant le spectacle. Un de nos solistes, Sylvain Latouche, doit interpréter, dans la suite de Félix, la chanson Moi, Mes Souliers. Mais il y a un léger problème. Ce dernier sue à grosses gouttes en cherchant son soulier droit dans sa valise. Il ne trouve pas ce soulier indispensable à sa prestation de soliste. Il a en sa possession deux souliers du pied gauche. Dans l’interprétation de la chanson de Félix, il doit, sur le plan de la mise en scène, s’avancer vers le public. L’impasse est totale, nous ouvrons le spectacle dans quelques minutes avec les chansons de notre chantre national.

Croyez-le ou non, il a chanté la chanson avec deux souliers du pied gauche. Imaginez la scène ! Comment pouvions-nous, les choristes, ne pas avoir un fou rire incontrôlable ? Des haussements d’épaules sur les praticables, des têtes plus basses pour cacher notre inconfort devant le ridicule de la situation. À chaque fois que je revois Sylvain Latouche ou un ancien choriste ayant vécu l’évènement, je repense avec bonheur à cette situation digne du parcours du combattant mettant en vedette le soliste aux deux souliers du même pied.

Chapitre XIX – Le Québec : Terre du bénévolat

Chapitre XIX – Le Québec : Terre du bénévolat

Mon nouveau défi consiste à développer et structurer des projets de travail d’une durée de neuf mois pour l’implantation du programme Katimavik. J’ai développé le programme un peu partout dans les diverses régions du Québec, de Port Meunier à Bonaventure, en passant par Chibougamau, Sept-Îles, Havre St-Pierre et Bagotville. J’ai découvert en profondeur le Québec et sa sociologie. C’était une période de ma vie où j’étais très heureux mais pendant laquelle je me retrouvais rarement chez moi.

En structurant les projets de travail dans les villes et villages, j’ai compris à quel point le bénévolat représentait un apport important pour le développement communautaire du Québec. Quel bonheur que de découvrir les régionalismes du Québec. Les expressions langagières et le comportement du Gaspésien sont différents à certains égards de celui de l’Abitibien ou du Saguenéen. Mais il existe un dénominateur commun à toutes nos régions : sans le bénévolat, le Québec ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Quel courage qu’il a fallu à nos ancêtres pour construire un pays, une civilisation sur un si grand territoire !

Je vis à deux cent milles à l’heure. Ma vie se passe entre deux avions de Québécair, l’automobile de location, les motels de villages, hôtels des villes et les restaurants de routier. Parfois, les soirées d’hiver sont longues et pénibles, seul, dans ma petite chambre de motel à Rivière au Tonnerre. Enfin, on tente de combattre l’ennui au petit bar de la place en se noyant dans les yeux de la serveuse et en ingurgitant quelques bières. Pour la santé d’une vie de couple, disons qu’il y a meilleures conditions ! Jusqu’en 1984, je suis demeuré à l’emploi de Katimavik. À l’époque, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney finit par changer la donne budgétaire pour le programme jeunesse Katimavik au Canada. Le changement de gouvernement annonçait des coupures substantielles. Katimavik ne fut pas épargné. Malheureusement, je perdis mon emploi comme bien d’autres collègues à la direction du programme. Je retourne à la maison, quelques mois d’arrêts feront du bien à tous les niveaux. Cette période de pause obligée me ramena au judo et au chant choral.

Chapitre XVIII – Une offre que je ne peux refuser

Chapitre XVIII  – Une offre que je ne peux refuser

Mon contrat avec Katimavik est terminé. Le dernier groupe de participants a quitté après une soirée d’adieux émouvante pendant laquelle nous nous sommes remémoré le voyage sur le fjord. D’autres moments forts ont marqué la vie du groupe, surtout la réalisation du parc récréatif derrière l’hôpital psychiatrique de Roberval. Une inauguration officielle du parc en présence des autorités de la ville, de l’hôpital, de son personnel, des patients et de Katimavik. Le rassemblement d’anciens participants du Québec fut un beau moment de la rencontre et de la fête.

La vie continue, mon contrat est terminé et je me prépare à retourner chez moi à Québec. Je suis très intégré et attaché à la communauté de Roberval. Les préparatifs du départ vont bon train quand le téléphone sonne à la résidence. Un bon ami à moi m’informe qu’un poste de directeur sur un projet de recherche s’ouvre à L’hôtel-Dieu de Roberval. Il m’avise que mon profil professionnel et académique correspondent aux critères de sélection du poste et qu’il est prêt à soutenir ma candidature auprès des autorités compétentes. Je prends la fin de semaine pour réfléchir et en discuter avec ma compagne. Franchement, je suis bien à Roberval. J’y ai de bons amis et j’aime le lac St-Jean puisque je m’y sens un peu comme chez-moi. Ma compagne vient me rejoindre une fin de semaine sur deux. De plus, ma sœur Sandra et sa petite famille y demeurent depuis plusieurs années. Je suis très près d’elle et de mon neveu. La décision ne sera pas difficile à prendre…

Dans la semaine qui suivit l’appel téléphonique de mon ami, j’allai porter en personne mon curriculum vitae à la direction des ressources humaines de l’hôpital. Tout se déroula assez rapidement. En l’espace de deux semaines je me rendit à la première entrevue, puis dix jours plus tard j’étais embauché. Un nouveau défi m’attendait !

Trois semaines se sont écoulées. Je suis assis confortablement à mon bureau, je travaille à l’élaboration de la méthodologie de l’enquête auprès d’un échantillonnage important de la population du Saguenay Lac St-Jean. Soudain, le téléphone sonne. C’est Maurice Larocque, le directeur général adjoint du programme Katimavik au Québec. Il veut savoir si un poste au sein de Katimavik m’intéresse. Il m’offre le travail de responsable du développement des projets pour l’est du Québec. Oh, là là ! Je tente de contenir mon excitation et lui mentionne que j’ai besoin de quelques jours de réflexion. Au fond, ma décision était prise sur le champ. Comment refuser un travail qui correspondait en tous points à ce que j’aimais et aux qualités que je possédais, gage de ma réussite ?

Plusieurs semaines plus tard, je me retrouve à la Cité du Havre à Montréal, en formation pour ma nouvelle fonction. Le destin avait fait son œuvre, je ne finirais pas ma vie à Roberval. Adieux Roberval et le lac St-Jean ! Merci pour tout ! Mon cœur vibrera toujours aux émotions vécues et à la beauté du pays de mes ancêtres !

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay (suite)

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay (suite)

Il a plu toute la nuit. Le sommeil a été léger pour la plupart d’entre nous. Pas évident de dormir dans de telles conditions, surtout quand on doit apprivoiser l’inconfort d’un environnement un peu hostile, avouons-le. Disons que pour les jeunes, du moins un certain nombre, l’expédition prenait des allures cauchemardesques. Ça force à puiser en soi-même toutes les ressources qu’il faut pour surmonter les irritants. C’est l’occasion de forger son caractère.

Nous plions bagages et reprenons la rivière. Plusieurs heures de rames s’annoncent. Nos bras sont de plus en plus durs et solides. Nous sommes à la hauteur de Cap Trinité, l’escarpement le plus haut du fjord. Le guide nous explique comment il a déjà escaladé cette paroi et à quel point il est difficile de s’y accrocher pour passer la nuit. Je suis franchement impressionné des connaissances et des habiletés de ce jeune loup de mer amant de la nature. Je ne peux m’empêcher d’être admiratif devant la beauté sauvage du fjord. Une envolée de jeunes outardes crient leur passage à quelques mètres de nous, au dessus de la rivière noire. Nous ramons à contre-vent sur une rivière agitée. Finalement, le temps s’éclaircit, une petite brise douce et chaude caresse nos peaux. Réconciliation avec la vie, la rivière, le fjord et tout ce soleil qui réchauffe l’eau qui nous éclabousse à chaque coup de rame.

Je suis dans mon pays et celui de mes ancêtres, je le sais, je le sens. Une sensation merveilleuse m’envahit : celle d’habiter un coin de la planète où des géants y vivent. La suite de l’expédition se déroula avec beaucoup de bonheur et d’enthousiasme, les corps et les esprits s’étant adaptés au nouvel environnement.

Adieux fjord du Saguenay ! Tu es né des glaciers et des forces de la nature. Quelle expérience tu nous a fait vivre !