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2009
Chapitre XXIII – Au pays des Inuits
Mars 1988. J’organise, dans ma page le Soleil en Classe, un concours pour aller au bout du monde. J’offre à deux jeunes élèves d’une école secondaire de notre territoire la possibilité de réaliser un reportage journalistique sur les Inuits du grand nord du Québec. Une telle expédition ne s’organise pas en criant lapin ! Il faut planifier le transport, l’hébergement, les repas, l’habillement pour faire face à au froid du grand nord (-60 degrés sur le détroit, sans compter le facteur éolien), les activités pour un séjour de dix jours, les assurances, la visibilité de l’évènement, et finalement le concours lui-même. Il faut tout prévoir, y compris le budget qui est un élément fondamental pour que le voyage soit accepté par la direction. La question que je dois me poser est la suivante : « Comment puis-je maximiser les retombées médiatiques du concours, créer l’évènement et l’intérêt des lecteurs et professeurs d’écoles de notre territoire de distribution ? ». Il faut associer des partenaires médiatiques et d’affaires qui sont nécessaires à la réalisation de tous les aspects de l’aventure. En échange, nous devons offrir leurs services, la visibilité et le rayonnement des médias réunis (Le Soleil, la radio de C.H.R.C et Vidéotron).
Pour que vous situiez bien Salluit, il s’agit d’un petit village Inuit sur le bord du Détroit d’Hudson, aux confins d’un fjord, au point le plus haut de la carte du Québec. J’entre en communication avec la Gendarmerie Royale du Canada et demande à parler avec le responsable des communications. Je lui explique la nature de ma démarche et les objectifs de la page le Soleil en Classe. Il me promet de réfléchir au projet et d’en discuter avec ses supérieurs. Après un dizaine de jours d’attente, l’agent aux communications me téléphone et me fait savoir que la G.R.C accepte de s’impliquer dans le projet selon les conditions écrites faxées quelques semaines auparavant. Nous partirons de l’aéroport de Québec sur les ailes d’un avion douze passagers aux couleurs de la Gendarmerie Royale du Canada. Direction : Salluit.
Les préparatifs sont planifiés et réglés. Tout le monde est à l’aéroport de Québec, tôt en matinée. Il fait un soleil digne du moment que nous nous apprêtons à vivre. Myriam Ségal, animatrice à C.H.R.C, deux représentants de Vidéotron (caméraman et réalisatrice), les deux élèves de secondaire V de la région de Québec, le policier de la G.R.C, le pilote et moi, bien entendu, sommes fins prêts pour l’aventure du grand nord. Le météorologue connu dans la région de Québec, dont le nom malheureusement m’échappe, nous accueille avec beaucoup d’enthousiasme. Il nous fait visiter la tour de contrôle et nous prédit une température merveilleuse jusqu’à Salluit. Nous décollons la tête heureuse, fiers de vivre un moment unique.
Après plusieurs heures de vol, l’incroyable vue sur le détroit d’Hudson et le petit village de Salluit apparaît à nos yeux comme un mirage, quelque chose d’irréel. Un désert de glace et de neige blanche à perte de vue. Je cherche des yeux la piste d’atterrissage. Je demande au pilote si nous approchons. Il m’informe que nous devons nous préparer à l’atterrissage dans quelques minutes et nous demande de boucler nos ceintures. « Je ne vois pas la piste ! », lui dis-je. Il me répond qu’elle est droit devant… Je saisis que nous allons atterrir sur les glaces du Détroit. Une piste de fortune, aménagée pour les petits avions et les pilotes de brousse. Nous contournons Salluit et son fjord et nous nous préparons au vrai rendez-vous du voyage : la rencontre avec les Inuits et leur pays. L’avion est immobilisé, pas un mot. Nous sommes dans un autre monde. Les premières minutes servent à balayer du regard notre champ visuel. Incroyable mais vrai, quatre à cinq kilomètres nous séparent de l’entrée du fjord où se situe le village. Nous apercevons, par le hublot, des motoneiges et des chiens attelés à des traîneaux qui s’avancent vers nous. Nous sortons de l’appareil, excités et étrangers à ce que nous découvrons. Il fait un froid à couper le souffle ! Le pilote défait la batterie de l’appareil pour la transporter au village où elle sera gardée sur la charge. Sur la glace blanche comme du lait, je vois arriver de plus en plus près des petits hommes trapus aux épaules en bouteille, portant des moustaches noires effilochées. Leur peau est cuivrée et ils arborent un sourire de bienvenue. Nous marchons vers eux. Le craquement de nos pas est amplifiés à nos oreilles par l’absence d’humidité dans la neige. Nous nous installons sur les sièges des motoneiges après avoir déposé les bagages et le matériel sur les traînes.






