Archives du mars, 2009

Chapitre XXIV – Changement de vie annoncé

Chapitre XXIV – Changement de vie annoncé

En 1988, bien des choses vont changer dans ma vie. Du moins, ce seront les prémices à ce qui modifiera le cours de mon existence. Ma vie de couple ne tient plus la rampe. Ma rencontre avec une jeune cadre de l’entreprise a pris une tournure passionnelle. Impossible de résister à cet appel amoureux, charnel et plein de douces folies. Sincèrement, je n’ai pas vu venir cette relation amoureuse qui a envahit mon être tout entier. Les débuts entre cette personne et moi semblaient sans risque. Finalement, à chaque fois que j’allais dîner avec elle, des fous rires incontrôlables s’emparaient de nous deux. Je me sentais comme un gamin. Je ressentais une forme de jeunesse enivrante, un élan qui te transporte. Au Soleil, un vent de changement s’annonce. L’introduction des nouvelles technologies fait son chemin. La grève des journalistes confirme les nouveaux enjeux. Je travaille fort, mais j’ai la tête un peu ailleurs. Je sais que le Journal en Classe est dans le collimateur de la haute direction. Conrad Black, avec Hollinger, est le nouveau propriétaire du quotidien. La restructuration et la rationalisation sont des mots à la mode dans la bouche des gestionnaires. J’ai quitté ma première compagne après treize années de vie de couple. Je découvre de nouveaux aspects de moi-même. Je goûte aux plaisirs d’une nouvelle vie amoureuse, de l’intensité des corps qui exultent au contact de l’autre. Je retrouve le bonheur des petites choses simples, pas compliquées. Mais en même temps, les restes de mon éducation judéo-chrétienne ne sont pas complètement disparus. Je ne suis pas un homme mature sur le plan émotionnel, je ne me fais pas totalement confiance. Je suis de l’école de la rationalité et du sens des responsabilités.

Un jour, à trente-trois ans, je me suis dit qu’il était temps que je sois en harmonie avec mes émotions, que j’aille au risque de moi-même, que j’arrête de me cacher derrière un modèle masculin qui ne reconnaissait pas qui j’étais fondamentalement. J’étais, et je le suis encore, un être émotif, une âme d’artiste dotée de l’intelligence rationnelle du développeur de projet. J’aime la pensée structurée pour l’analyse et l’atteinte d’objectifs déterminés mais j’ai besoin de la liberté du créateur, de l’esprit du poète pour être heureux. À trente-deux ou trente-trois ans, c’est le deuxième aspect de ma personnalité auquel je voulais laisser plus de place. J’étais dans le déni de ma personne depuis trop longtemps ! Je jouais un rôle pour plaire et sécuriser mes proches, être conforme à l’image du gars solide et inébranlable.

Quitter ma première compagne, quelques semaines avant le temps des fêtes, fut extrêmement pénible. Le paradoxe, c’est que j’étais encore animé par des sentiments pour elle. De l’amitié ? De la reconnaissance ? Une certaine complicité ? Enfin ! Je ne pouvais plus le définir, lui toucher, j’étais happé par un coup de foudre sans mesure, complètement habité par le corps et le cœur de l’autre. Les voyages promotionnels avec les lecteurs gagnants et les ateliers se succèdent à un rythme sportif. Ma nouvelle vie amoureuse aussi !

Chapitre XXIII – Salluit (suite)

Chapitre XXIII – Salluit (suite)

Je remarque, au sortir de certaines maisons, des carcasses de caribous gelées, pendantes, accrochées à une tige métallique ou de bois. Une lame de couteau s’empressera d’en découper une lanière et cette dernière sera mastiquée goulûment jusqu’à ce que le sang et la viande fondent et fassent le délice des palais. J’y ai goûté, c’est excellent !

Nous quittons le village en direction du détroit et de ses glaces. Nous tenterons de repérer des phoques et autres formes de vie animale. Une expédition d’une journée où nous accompagnons nos hôtes inuits dans leur chasse quotidienne. Toute l’équipe participe à cette randonnée très attendue. Nous sommes à bord des motoneiges et des traîneaux. Il fait facilement -50 degrés sur le détroit, un froid insupportable malgré nos vêtements conçus pour le climat. Brillent un soleil et une luminosité qui obligent au port de verres fumés. La vitesse des motoneiges multiplie par je ne sais trop combien la force du vent sur nos corps frigorifiés. Nous devons faire un arrêt en route, puisqu’une des motoneiges est en panne. C’est à ce moment précis que l’incroyable se déroule sous nos yeux : des inuits réparent la mécanique défectueuse de la motoneige, mains nues, avec des outils de métal, dans un froid assassin. Je l’ai vu de mes yeux vu ! C’était tout à fait inimaginable par une pareille température. La résistance au froid de ces inuits est déconcertante. Éric, notre caméraman, tente de capter des images de la scène, mais croyez le ou non, le froid, malgré une enveloppe protectrice sur la lentille, a brisé la caméra ! Nous devrons, pour la suite des entrevues et reportages prévus, emprunter la caméra de la petite télévision communautaire de Salluit. C’était une télévision communautaire très bien équipée, à la fine pointe des dernières technologies. La motoneige réparée, nous poursuivons notre périple jusqu’à un point d’arrêt indéterminé.

Les inuits nous font remarquer un courant d’eau non glacé qui serpente sur le bord de l’eau, à quelques dizaines de mètres de la terre ferme. Nous regardons attentivement et apercevons des moules en quantité innombrables. Ces derniers enfilent leurs bottes et commencent la pêche aux mollusques. Voilà une pêche pour le moins inattendue ! Nous y participons là où l’eau est la moins profonde. Époustouflant de réaliser que nous sommes à la pêche aux moules à -50 sur le Détroit d’Hudson. Qui dit mieux ?

Après une heure et un peu plus de ramassage de moules, l’équipe n’en peut plus de souffrir du froid. Je demande à notre guide s’il voit un inconvénient à ce qu’on retourne au village. On ne fait ni un ni deux, nous ramassons les quelques outils de pêche et quittons les lieux. Le froid Salluitien aura eu raison des autres activités de l’expédition. Je ne pense qu’à retrouver la chaleur réconfortante du poêle à l’huile qu’il y a chez mon hôte. Ce sera un petit bonheur mérité après une expérience d’un froid si intense. Le séjour se poursuit au rythme de la communauté et des rencontres dans la grande salle regroupant les familles Inuits du village. L’Inuit a le sens de la famille, mais la famille élargie au grand ensemble. Les femmes Inuits ne s’occupent et n’amusent pas seulement leurs enfants, mais aussi les enfants des autres membres de la communauté. Cette différence culturelle est marquante et tisse serré les liens entre tous les Inuits. Comme à Baie Déception, les ciels de Salluit sont d’une grande beauté. Une luminosité exceptionnelle, des couleurs pures et franches, un sol rocheux sans végétation que nous découvrons quand la neige s’absente pendant la saison estivale.

Chapitre XXIII – Salluit (suite)

Chapitre XXIII – Salluit (suite)

La transport de l’avion jusqu’au village nous annonçait de facto la dureté du climat, mais aussi la chaleur du peuple Inuit. Je ne parle pas l’Innuktituk, langue de nos hôtes. Nous avons avec nous un représentant Inuit de la Sûreté du Québec basé à Salluit qui, lors de notre séjour, fera office de traducteur. On arrive à se faire comprendre en parlant anglais, mais pour certaines rencontres la langue du pays sera essentielle. Là-bas, la première chose que je remarque est la capacité des Inuits à résister à des températures froides presque insupportables à mes yeux. Ils ont la peau épaisse et cuivrée. À l’occasion, nous apercevons des enfants têtes nues assis dans les sacs à dos de leur mère. Il fait -30 degrés sous zéro. Hallucinant !

Nous sommes hébergés dans des familles. Certains d’entre nous chez les villageois inuits, d’autres comme moi chez les blancs. J’habite chez le professeur blanc de la communauté. J’aurai la possibilité de réaliser une entrevue avec lui ainsi que les jeunes qui m’accompagnent dans le cadre du reportage journalistique. Enseigner dans le grand nord pour un blanc demande une adaptation et une souplesse indispensable aux réalités culturelles du milieu. C’est la même chose pour l’équipe médicale qui travaille au dispensaire du village, puisque la majorité du personnel provient du sud. Les blancs doivent faire face à des conditions de nursing et à des problématiques de santé communautaire bien spécifiques. Toutes les maisons se ressemblent et des odeurs de fuel et d’essence flottent dans l’air du village. La motoneige est reine. Elle représente le moyen de transport par excellence pour la chasse et tous les autres déplacements d’usages. Des chiens esquimaux en grappe aboient et hurlent après je ne sais trop quoi!. L’air est si sec que l’on peut aisément prendre un couteau et découper des petits blocs de neige à même le sol. Je sais maintenant pourquoi l’igloo est l’abri par excellence au pôle nord.

Nos habits, confectionnés pour le climat du nord, sont d’une utilité inimaginable. Je n’ai jamais de toute ma vie ressenti un plus grand froid que sur le détroit d’Hudson à la hauteur de Salluit. Le magasin général, administré par la compagnie de la Baie d’Hudson, offre tous les produits nécessaires à la vie quotidienne. Le fastfood est en demande chez les jeunes. Le coût de la vie est faramineux et les communications, soit par la poste ou avec le satellite, aiguisent la patience. Cette patience, les inuits la possède, ça il n’y a pas de doute ! C’est plus difficile pour les blancs qui doivent s’adapter au rythme de vie du Nord. Moi, j’ai compris ce qu’est la notion du temps pour un Inuit: si tu donnes rendez-vous à l’un d’eux à 10:00, il est fort possible qu’il arrive à 14:00. Une autre culture, une autre mentalité ! Je crois que c’est tout à fait normal, compte tenu de leur style de vie et de la relation forte qu’ils entretiennent avec la nature et le climat.

EXPÉDITION SUR LES GLACES DU DÉTROIT D’HUDSON

Nous nous levons tôt. Nous prenons un petit déjeuner conventionnel et buvons beaucoup de café. Nous partons avec les chiens et les motoneiges en expédition pour chasser le phoque sur les glaces du Détroit.

Chapitre XXIII – Au pays des Inuits

Chapitre XXIII – Au pays des Inuits

Mars 1988. J’organise, dans ma page le Soleil en Classe, un concours pour aller au bout du monde. J’offre à deux jeunes élèves d’une école secondaire de notre territoire la possibilité de réaliser un reportage journalistique sur les Inuits du grand nord du Québec. Une telle expédition ne s’organise pas en criant lapin ! Il faut planifier le transport, l’hébergement, les repas, l’habillement pour faire face à au froid du grand nord (-60 degrés sur le détroit, sans compter le facteur éolien), les activités pour un séjour de dix jours, les assurances, la visibilité de l’évènement, et finalement le concours lui-même. Il faut tout prévoir, y compris le budget qui est un élément fondamental pour que le voyage soit accepté par la direction. La question que je dois me poser est la suivante : « Comment puis-je maximiser les retombées médiatiques du concours, créer l’évènement et l’intérêt des lecteurs et professeurs d’écoles de notre territoire de distribution ? ». Il faut associer des partenaires médiatiques et d’affaires qui sont nécessaires à la réalisation de tous les aspects de l’aventure. En échange, nous devons offrir leurs services, la visibilité et le rayonnement des médias réunis (Le Soleil, la radio de C.H.R.C et Vidéotron).

Pour que vous situiez bien Salluit, il s’agit d’un petit village Inuit sur le bord du Détroit d’Hudson, aux confins d’un fjord, au point le plus haut de la carte du Québec. J’entre en communication avec la Gendarmerie Royale du Canada et demande à parler avec le responsable des communications. Je lui explique la nature de ma démarche et les objectifs de la page le Soleil en Classe. Il me promet de réfléchir au projet et d’en discuter avec ses supérieurs. Après un dizaine de jours d’attente, l’agent aux communications me téléphone et me fait savoir que la G.R.C accepte de s’impliquer dans le projet selon les conditions écrites faxées quelques semaines auparavant. Nous partirons de l’aéroport de Québec sur les ailes d’un avion douze passagers aux couleurs de la Gendarmerie Royale du Canada. Direction : Salluit.

Les préparatifs sont planifiés et réglés. Tout le monde est à l’aéroport de Québec, tôt en matinée. Il fait un soleil digne du moment que nous nous apprêtons à vivre. Myriam Ségal, animatrice à C.H.R.C, deux représentants de Vidéotron (caméraman et réalisatrice), les deux élèves de secondaire V de la région de Québec, le policier de la G.R.C, le pilote et moi, bien entendu, sommes fins prêts pour l’aventure du grand nord. Le météorologue connu dans la région de Québec, dont le nom malheureusement m’échappe, nous accueille avec beaucoup d’enthousiasme. Il nous fait visiter la tour de contrôle et nous prédit une température merveilleuse jusqu’à Salluit. Nous décollons la tête heureuse, fiers de vivre un moment unique.

Après plusieurs heures de vol, l’incroyable vue sur le détroit d’Hudson et le petit village de Salluit apparaît à nos yeux comme un mirage, quelque chose d’irréel. Un désert de glace et de neige blanche à perte de vue. Je cherche des yeux la piste d’atterrissage. Je demande au pilote si nous approchons. Il m’informe que nous devons nous préparer à l’atterrissage dans quelques minutes et nous demande de boucler nos ceintures. « Je ne vois pas la piste ! », lui dis-je. Il me répond qu’elle est droit devant… Je saisis que nous allons atterrir sur les glaces du Détroit. Une piste de fortune, aménagée pour les petits avions et les pilotes de brousse. Nous contournons Salluit et son fjord et nous nous préparons au vrai rendez-vous du voyage : la rencontre avec les Inuits et leur pays. L’avion est immobilisé, pas un mot. Nous sommes dans un autre monde. Les premières minutes servent à balayer du regard notre champ visuel. Incroyable mais vrai, quatre à cinq kilomètres nous séparent de l’entrée du fjord où se situe le village. Nous apercevons, par le hublot, des motoneiges et des chiens attelés à des traîneaux qui s’avancent vers nous. Nous sortons de l’appareil, excités et étrangers à ce que nous découvrons. Il fait un froid à couper le souffle ! Le pilote défait la batterie de l’appareil pour la transporter au village où elle sera gardée sur la charge. Sur la glace blanche comme du lait, je vois arriver de plus en plus près des petits hommes trapus aux épaules en bouteille, portant des moustaches noires effilochées. Leur peau est cuivrée et ils arborent un sourire de bienvenue. Nous marchons vers eux. Le craquement de nos pas est amplifiés à nos oreilles par l’absence d’humidité dans la neige. Nous nous installons sur les sièges des motoneiges après avoir déposé les bagages et le matériel sur les traînes.

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Je vous ai parlé de mon séjour chez les Montagnais du Lac St-Jean avec les jeunes de Katimavik. Et bien je récidive l’expérience avec des élèves de la région de Québec. J’annonce le concours dans ma page dominicale durant plusieurs semaines. Je contacte à nouveau Maurice Tassé de la police amérindienne. J’intègre au voyage une équipe de télévision du groupe Vidéotron qui réalisera une émission de trente minutes sur l’expérience que vivront les jeunes lecteurs du journal. J’animerai et travaillerai à la planification du canevas de l’émission. L’idée était de mettre en valeur la culture amérindienne et de faire découvrir les mœurs et coutumes d’un peuple sans qui nos ancêtres n’auraient pas survécus en terre d’Amérique du Nord.

Nous vivons dans un petit campement en bois rond avec poêle à bois et rognons de castors séchés accrochés aux poutres de bois. Nous coucherons pendant quelques jours dans un vrai camp d’indien. Nous mangerons de la bannik, un pain cuit selon une méthode amérindienne, du castor et de l’ours. Encore une fois, nous sommes au cœur de la forêt, en plein hiver, à trapper le renard, le lièvre, la loutre et le castor. L’équipe de télévision capte des images fabuleuses des lieux et de la vie de ce trappeur Montagnais. Les jeunes vivent une expérience humaine et journalistique formidable. Ils voient comment le trappeur capture le castor dans sa hutte de terre. Il place un piège métallique sous l’eau, juste à l’entrée du passage qui mène au refuge de ce dernier. Placé au centre du piège, un morceau de bois tendre auquel le castor ne peut s’empêcher de goûter. Au moment où il tente de manger cet appât, le piège se rabat sur son cou et le tue instantanément. L’hiver, le trappeur fait le tour de ses pièges à castor. Il sonde, avec un bâton possédant un embout métallique, l’entrée sous la glace et l’eau de la maison de l’animal. Par expérience, il sent au bout du bâton s’il y a un castor dans le piège. Si oui, il le dégage en creusant dans la glace jusqu’au castor. Comme il vend ses peaux de castors, de loutres et d’ours, il nous montre comment il tanne la peau de castor. Avis au cœurs sensibles, le spectacle n’est pas nécessairement beau à regarder. Mais pour nous, cette expérience est à la fois éducative et originale. Une fois que le castor est vidé de ses viscères et autres organes, le chasseur nettoie la peau puis l’étend, avant de la fixer à un cerceau de bois qu’il accroche aux parois du campement. Un soir, notre hôte nous a préparé un repas dont le castor est le plat principal. C’est très gras et goûteux. Une haleine de castor n’attire pas foule.

Finalement, le périple doit trouver son terme. Nous quittons notre compagnon amérindien à regret en conservant des images sur pellicule qui nous feront gagner un premier prix au Canada. J’aurai l’occasion, plusieurs années plus tard, de me retrouver à nouveau chez les amérindiens.

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

Chapitre XXII – Le Soleil (suite)

La vie tourne vite dans un média écrit. J’aime le rythme et l’ambiance que l’on retrouve au service de la promotion et des relations publiques. Je suis avec une équipe d’expérience qui travaille d’instinct plutôt que de façon théorique et académique. La culture organisationnelle d’une institution qui a presque cent ans a ses règles et ses façons de faire. Je dois m’adapter, tout simplement.

Je me souviens des réunions communément appelées « tempêtes d’idées ». Quel pur plaisir que de laisser aller nos idées sans frontières, sans obstacles, et puis de les soumettre à l’évaluation rationnelle de l’esprit et des différentes composantes du réel. J’avoue que c’est mon patron Pierre Champagne qui m’a enseigné à ne pas avoir peur d’émettre des idées qui peuvent paraître à première vue farfelues. Je suis très heureux de travailler pour le Soleil. J’arrive tôt le matin et quitte tard le soir. Je crée la page le Soleil en Classe, publiée tous les dimanches. Je connais le plaisir de voir sa photo dans le journal et d’être le créateur de ce que l’on publie. Mais cette poussée d’égo a son contrepoids. Nous en parlerons un peu plus loin.

J’aime les relations publiques, mais parfois je m’ennuie dans les conférences de presses, les cocktails dînatoires et les soirées mondaines. La direction des ressources humaines tarde à m’octroyer ma permanence. Je redouble d’efforts et initie une série de treize émissions de télévision sur les diverses facettes reliées à la production et à la rédaction du quotidien. J’anime cette série en collaboration avec Pierre Champagne. J’obtiens finalement ma permanence.

Je suis conférencier dans les écoles de notre marché. J’adore rencontrer nos jeunes et futurs lecteurs. J’offre des ateliers-conférences sur la presse écrite comme outil pédagogique. Les enseignants sont ouverts et réceptifs au journal en classe. Je tente de développer l’esprit critique des jeunes générations de lecteurs. Avouez que comme mandat, c’est difficile de trouver mieux !

Ma vie de couple commence à battre de l’aile. Les soirées de représentations sont nombreuses et les mœurs dans l’univers des médias sont plus légères. Je dois faire l’apprentissage d’une certaine maturité, ce qui n’est pas toujours évident dans un monde qui tourne vite, trop vite. J’ai remarqué une jeune femme qui travaille au sein de l’entreprise, mais ce n’est rien de sérieux. Du moins, c’est ce que je pensais. Je ne sais pourquoi, mais quand je suis en sa présence j’ai le rire facile et je me sens heureux. Enfin…! La vie est généreuse, je mange dans les plus beaux restaurants de Québec, assiste aux premières de films et de spectacles que nous commanditons, accompagne nos lecteurs dans diverses activités reliées à nos concours promotionnels, etc… Une vie pas banale du tout qui fait en sorte que je me sente très choyé. J’ai l’occasion de voyager au Canada anglais, un peu partout sur le territoire de distribution de notre quotidien pour la promotion du journal. J’ai trente ans et je crois qu’un bel avenir s’annonce pour moi au Soleil. Ma page dominicale intéresse un certain lectorat dans notre marché cible. J’organise des concours pour stimuler l’intérêt des jeunes élèves du secondaire à la lecture de notre quotidien. Deux concours promotionnels et éducatifs ont été marquants pour nos jeunes lecteurs. Il s’agit des concours À la découverte de nos amis amérindiens et Le Soleil à Salluit. Dans le cadre de ces concours, j’offrais à deux jeunes élèves la possibilité de réaliser un reportage journalistique écrit et photographique relativement aux destinations qui les attendaient. Les reportages étaient publiés dans ma page Le Soleil en Classe.

Chapitre XXII – Le Soleil

Chapitre XXII – Le Soleil

Voilà, les vacances sont terminées ! Des souvenirs heureux, la tête pleine de chansons, de musique, de paysages fabuleux, de bons vins, de belles personnes rencontrées. Surtout, une excellente nouvelle m’attendait. J’étais retenu pour une entrevue au quotidien le Soleil. Septembre 1986. Je passe tout le processus de sélection. J’apprends que plus de trois cents candidatures ont été acheminées au Soleil. La conseillère aux ressources humaines communique avec moi pour m’annoncer la bonne nouvelle. Une offre concrète d’embauche est sur son bureau. Je n’y crois pas ! Je suis tellement heureux et fier de m’associer à une institution de prestige comme celle du Soleil. À l’époque, le journal est dirigé par monsieur Paul A. Audet, président du quotidien depuis plusieurs années. Si ma mémoire est fidèle, c’est monsieur Jacques Francoeur qui est le propriétaire éditeur. J’annonce la fantastique nouvelle à ma compagne, mes parents et amis. Tous sont heureux pour moi et me félicitent pour cette nomination. Je serai responsable du Journal en Classe, des visites industrielles de l’entreprise, des relations publiques et des promotions qui me seront confiés par mon supérieur immédiat, Monsieur Pierre Champagne.

Au même moment, ma compagne est nommée directrice d’une école élémentaire de la région. Elle est la plus jeune directrice d’école du Québec. Nous nous achetons une maison dans la Vallée Autrichienne à Lac Beauport. Nous sommes heureux, la vie est bonne pour nous. Nous sommes deux carriéristes sur la voie du succès. Je me définis comme un homme rationnel qui atteint ses objectifs. Je suis ambitieux, orgueilleux, fier et déterminé ! Voilà un ensemble de dispositions qui me joueront quelques mauvais tours un peu plus trad dans ma vie. Les défis sont nombreux au journal et la compétition avec le concurrent est vive, même si à cette époque le tirage du Soleil était en avance tous les jours de la semaine et les fins de semaine.

Je poursuis mes activités de judo et de chant choral. Je vis à deux cent mille à l’heure. La culture d’entreprise et des médias en général favorise une ouverture d’esprit et une compréhension du monde un peu plus large que celle que possède la moyenne des gens. Du moins, c’est ce que l’on pense de l’intérieur. Avec ma page s’adressant au monde scolaire publiée le dimanche, j’ai le sentiment d’appartenir un peu à l’univers journalistique. Mais il y a un fait culturel qui existe réellement dans un média écrit : si tu appartiens au marketing, tu n’appartiens pas au rédactionnel, et vice versa. La salle de rédaction est une chasse-gardée qui doit être à l’abri des contaminants venus de l’interne comme le marketing. Je ressentais cette ambiguïté entre le goût du journalisme et l’univers du marketing.

Cette réalité existante dans les années 1980 et 1990 a-t-elle autant d’emprise aujourd’hui sur la culture des salles de rédactions des médias écrits ? Je ne peux répondre à cette question et là n’est pas mon propos.

Je travaille fort, très fort ! Je veux prouver à la direction que mon choix n’est pas une erreur. De toute façon, je suis considéré comme cadre intermédiaire en attente de sa permanence. Mais la permanence, on ne la donne pas au Soleil. Il faut la mériter !

Chapitre XXI – Droit au coeur

Chapitre XXI – Droit au coeur

Après quelques mois sans travail à vivre aux rythmes du chant choral et du judo trois à quatre fois par semaine, le développement de ma carrière professionnelle m’importe vraiment. Le besoin d’argent aussi ! La Fondation des Maladies du Coeur est à la recherche d’un directeur général pour son bureau de Québec. J’applique dans les délais prévus et ma candidature est retenue pour le poste.

Pendant les deux ans passées à la direction de cette fondation, c’est-à-dire de 1984 à 1986, j’ai restructuré l’organisme et développé des stratégies de levées de fonds et de visibilité. La sensibilisation et l’éducation des clientèles ciblées étaient au coeur du programme d’actions. J’ai appris beaucoup au côté du président du conseil d’administration de l’époque, Georges Bernard. Il était le vice-président des Services aux entreprises de l’est du Québec pour la Banque Royale du Canada. Tous les deux ,nous faisions une excellente équipe. Il avait le pouvoir et les contacts, moi les idées et l’énergie pour les réaliser. Je déménage les bureaux de la fondation dans les locaux du Palais Montcalm de Québec. Une période de vie très riche et intense sur le plan de mon implication auprès de la fondation. Je planifie et organise beaucoup d’évènements innovateurs pour sensibiliser la population aux maladies du coeur.

Ma force de création ainsi que mon sens inné des relations publiques et du développement me serviront pour le prochain emploi que je convoite.

MES VACANCES:UNE PREMIÈRE TOURNÉE CHANTANTE EN FRANCE

À l’été 1986, je quitte le Québec pour l’Europe dans le cadre d’une première tournée chantante du groupe vocal La Turlutte de l’Ile d’Orléans. Je prends quinze jours de vacances. Ma compagne vient me rejoindre pour la deuxième semaine. Juste avant de quitter, j’avais remarqué une offre d’emploi dans le quotidien le Soleil de Québec. Ce média écrit de la région cherchait un Conseiller en Promotions et Relations Publiques. Comme j’étais très proche et en bonne relation avec mon président, je lui ai parlé brièvement de mon intérêt pour le Soleil. Nous avons discuté franchement de l’opportunité qui s’offrait et de mon désir de postuler. Il m’encouragea dans ma démarche et m’assura son appui. Je partis la tête tranquille après avoir fait parvenir à qui de droit mon curriculum vitae et ma lettre d’offre de services.
Arrivée sur Paris, la troupe de choristes réalise que ce voyage ne sera pas comme les autres. Vous n’avez pas idée à quel point le chant peux rendre le coeur et la tête heureux. Imaginez un groupe d’hommes et de femmes qui se retrouve à l’étranger après avoir rêvé et planifié ce voyage depuis quelques années.
La beauté d’une tournée chantante,c’est que nous sommes hébergés en partie chez des amis choristes des communautés visitées.Nous sommes reçus de façon extraordinaire,chaleureuse,fraternelle avec le sens de la fête et du chant.Des soirées festives bien arrosées,des plats du pays,des chansons et de la musique font la joie des moments uniques avec nos hôtes.Nous découvrons les plus beaux attraits touristiques et culturels des régions visitées.J’ai parcouru la France comme un privilège,un cadeau offert par nos amis choristes Français.À l’occasion des mes trois tournées chantantes avec la troupe ,nous avons visiter toutes les régions de la France d’est en ouest,du nord au sud.J’ai dégusté les meilleurs vins,bu les plus grands alcools,mangers les plus succulents plats des terroirs,vu les plus beaux châteaux,les plus beaux villages,passer les soirées les plus festives de ma vie, bref du gros bonheur comme on ne peux l’imaginer. Je vous raconte ces moments et tout est lumière dans ma tête,passion et joie de vivre.

MERCI CLAUDE BÉGIN!

Je ne peux raconter tout ce que j’ai vécu avec le groupe vocal atmosphère,il y aurait trop à dire,à décrire!Merci Claude Bégin de m’avoir fait découvrir l’univers du chant choral et m’avoir honoré de ton amitié pendant toutes ces années.Je conserve en mémoire,ta voix,ton sourire,ton amour de la vie,de la musique,de la chanson et la conviction d’avoir été dirigé par l’un des grand directeur de groupe vocal au Québec.

Il y a trois ans déjà !

Il y a trois ans déjà !

À 12:17, en 2006, tu nous quittais vers la réponse finale. Tu habites mon esprit et mon cœur. Ton sang coule dans mes veines, ta mémoire demeure encore vive. Il y a quelque chose de surréaliste dans la mort : s’accrocher à la vie terrestre pour la certitude inexorable que nous sommes tous poussières d’étoiles. J’aimerais te prendre dans mes bras et te dire que je t’aime. Aujourd’hui, je ferme les yeux et te rejoins là où tu es encore, dans mon cœur, puis je te chuchote à l’oreille : « T’es beau mon père ! ».

Chapitre XX – Le chant choral : source de joies uniques

Chapitre XX – Le chant choral : source de joies uniques

Une autre de mes passions dans la vie est le chant choral. En 1984, j’entends des amis épiloguer sur un spectacle d’un groupe vocal de l’Ile d’Orléans. Ce groupe s’appelait à l’époque la Turlutte, pour devenir plusieurs années plus tard le groupe vocal Atmosphère de Beauport. Ils présentaient un répertoire de chansons Québécoises et Françaises. Les Brel, Leclerc, Ferland, Aznavour, Vigneault et bien d’autres encore sont au programme. Ils en parlent avec suffisamment d’émotions et d’éloquence pour me donner le goût d’assister à une pratique du groupe. Mon intérêt pour le chant remonte à mon enfance, lorsque j’étais assis au piano avec ma grand-mère Bilodeau. Je me souviens des fins de semaine passées chez mes grands-parents que j’adorais presque autant que mes parents. Ma grand-mère était une musicienne et animait les veillées de mon grand-père Charles-Eugène en lui jouant ses chansons favorites. Souvent, je m’installais au piano, à côté d’elle, et l’accompagnait jusqu’aux petites heures du matin. Moments heureux d’une enfance pleine de la musique et des mots de nos auteurs-compositeurs Québécois et Français. Ma mère aussi jouait du piano, mais sa pudeur ou sa gène freinait son élan à s’exécuter devant des amis ou parents. Mon père avait une magnifique voix de baryton comme son grand-père maternel qui était maître chantre de sa paroisse au lac des Habitants, dans la région du Lac St-Jean.

Je m’installe donc dans la salle de pratique du groupe située à l’époque à l’Institut des Sourds et Muets de Charlesbourg. Claude Bégin est le chef de chœur de la troupe et Réjean Yacola le pianiste. Coup de foudre ! J’adore les voix harmonisées des quatre pupitres : les basses, ténors, altos et sopranos. J’aime l’esprit qui anime la dynamique du chant choral, mais d’abord et avant tout, j’admire le leadership du chef de chœur qui joue un rôle de premier plan. Claude Bégin était un homme passionné par la musique et la vie. Il possédait une énergie qui dépassait l’entendement. Je me souviens, j’ai eu le bonheur de faire trois tournées chantantes en Europe avec Claude et la troupe. Cet être plus grand que nature pouvait dormir à n’importe quel endroit en voyage. Il récupérait au bout de quelques heures et son sens de la fête reprenait ses droits rapidement. C’était un homme exigeant sur le plan de l’harmonisation et du rythme. Il m’a choisit comme soliste, ce qui est une reconnaissance non négligeable au sein de la troupe. Être soliste, c’est aussi une responsabilité additionnelle et un petit stress en valeur ajoutée. Mais l’adrénaline que procure le fait de se retrouver sur une scène devant des centaines de spectateurs est quelque chose d’unique. Tu dois assurer une performance digne de la troupe et des attentes du chef de chœur. Il faut combattre les interminables secondes de stress avant son solo. Après, c’est l’état de grâce si ta prestation mérite une réponse chaleureuse du public.

MOI, MES SOULIERS

Nous sommes en France. Nous chantons dans une petite ville du centre-ouest. Il fait une journée magnifique. Tous les billets sont vendus pour le spectacle du soir que nous donnerons vers 20:00. Nous chanterons dans une vieille église de plusieurs centaines d’années. La sonorité des ces églises était toujours incroyable. Nous nous retrouvons vers les 18:00. Nous transportons dans nos bagages notre costume de scène y compris nos souliers qui complètent l’ensemble. Le temps passe. Il est 19:30. Les spectateurs arrivent par grappe. L’assistance est au rendez-vous.

Comme à l’habitude, Claude prépare les choristes en leur faisant effectuer une série de vocalises et en leur donnant les directives d’usages avant le spectacle. Un de nos solistes, Sylvain Latouche, doit interpréter, dans la suite de Félix, la chanson Moi, Mes Souliers. Mais il y a un léger problème. Ce dernier sue à grosses gouttes en cherchant son soulier droit dans sa valise. Il ne trouve pas ce soulier indispensable à sa prestation de soliste. Il a en sa possession deux souliers du pied gauche. Dans l’interprétation de la chanson de Félix, il doit, sur le plan de la mise en scène, s’avancer vers le public. L’impasse est totale, nous ouvrons le spectacle dans quelques minutes avec les chansons de notre chantre national.

Croyez-le ou non, il a chanté la chanson avec deux souliers du pied gauche. Imaginez la scène ! Comment pouvions-nous, les choristes, ne pas avoir un fou rire incontrôlable ? Des haussements d’épaules sur les praticables, des têtes plus basses pour cacher notre inconfort devant le ridicule de la situation. À chaque fois que je revois Sylvain Latouche ou un ancien choriste ayant vécu l’évènement, je repense avec bonheur à cette situation digne du parcours du combattant mettant en vedette le soliste aux deux souliers du même pied.