Archives du mars, 2009

Chapitre XIX – Le Québec : Terre du bénévolat

Chapitre XIX – Le Québec : Terre du bénévolat

Mon nouveau défi consiste à développer et structurer des projets de travail d’une durée de neuf mois pour l’implantation du programme Katimavik. J’ai développé le programme un peu partout dans les diverses régions du Québec, de Port Meunier à Bonaventure, en passant par Chibougamau, Sept-Îles, Havre St-Pierre et Bagotville. J’ai découvert en profondeur le Québec et sa sociologie. C’était une période de ma vie où j’étais très heureux mais pendant laquelle je me retrouvais rarement chez moi.

En structurant les projets de travail dans les villes et villages, j’ai compris à quel point le bénévolat représentait un apport important pour le développement communautaire du Québec. Quel bonheur que de découvrir les régionalismes du Québec. Les expressions langagières et le comportement du Gaspésien sont différents à certains égards de celui de l’Abitibien ou du Saguenéen. Mais il existe un dénominateur commun à toutes nos régions : sans le bénévolat, le Québec ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Quel courage qu’il a fallu à nos ancêtres pour construire un pays, une civilisation sur un si grand territoire !

Je vis à deux cent milles à l’heure. Ma vie se passe entre deux avions de Québécair, l’automobile de location, les motels de villages, hôtels des villes et les restaurants de routier. Parfois, les soirées d’hiver sont longues et pénibles, seul, dans ma petite chambre de motel à Rivière au Tonnerre. Enfin, on tente de combattre l’ennui au petit bar de la place en se noyant dans les yeux de la serveuse et en ingurgitant quelques bières. Pour la santé d’une vie de couple, disons qu’il y a meilleures conditions ! Jusqu’en 1984, je suis demeuré à l’emploi de Katimavik. À l’époque, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney finit par changer la donne budgétaire pour le programme jeunesse Katimavik au Canada. Le changement de gouvernement annonçait des coupures substantielles. Katimavik ne fut pas épargné. Malheureusement, je perdis mon emploi comme bien d’autres collègues à la direction du programme. Je retourne à la maison, quelques mois d’arrêts feront du bien à tous les niveaux. Cette période de pause obligée me ramena au judo et au chant choral.

Chapitre XVIII – Une offre que je ne peux refuser

Chapitre XVIII  – Une offre que je ne peux refuser

Mon contrat avec Katimavik est terminé. Le dernier groupe de participants a quitté après une soirée d’adieux émouvante pendant laquelle nous nous sommes remémoré le voyage sur le fjord. D’autres moments forts ont marqué la vie du groupe, surtout la réalisation du parc récréatif derrière l’hôpital psychiatrique de Roberval. Une inauguration officielle du parc en présence des autorités de la ville, de l’hôpital, de son personnel, des patients et de Katimavik. Le rassemblement d’anciens participants du Québec fut un beau moment de la rencontre et de la fête.

La vie continue, mon contrat est terminé et je me prépare à retourner chez moi à Québec. Je suis très intégré et attaché à la communauté de Roberval. Les préparatifs du départ vont bon train quand le téléphone sonne à la résidence. Un bon ami à moi m’informe qu’un poste de directeur sur un projet de recherche s’ouvre à L’hôtel-Dieu de Roberval. Il m’avise que mon profil professionnel et académique correspondent aux critères de sélection du poste et qu’il est prêt à soutenir ma candidature auprès des autorités compétentes. Je prends la fin de semaine pour réfléchir et en discuter avec ma compagne. Franchement, je suis bien à Roberval. J’y ai de bons amis et j’aime le lac St-Jean puisque je m’y sens un peu comme chez-moi. Ma compagne vient me rejoindre une fin de semaine sur deux. De plus, ma sœur Sandra et sa petite famille y demeurent depuis plusieurs années. Je suis très près d’elle et de mon neveu. La décision ne sera pas difficile à prendre…

Dans la semaine qui suivit l’appel téléphonique de mon ami, j’allai porter en personne mon curriculum vitae à la direction des ressources humaines de l’hôpital. Tout se déroula assez rapidement. En l’espace de deux semaines je me rendit à la première entrevue, puis dix jours plus tard j’étais embauché. Un nouveau défi m’attendait !

Trois semaines se sont écoulées. Je suis assis confortablement à mon bureau, je travaille à l’élaboration de la méthodologie de l’enquête auprès d’un échantillonnage important de la population du Saguenay Lac St-Jean. Soudain, le téléphone sonne. C’est Maurice Larocque, le directeur général adjoint du programme Katimavik au Québec. Il veut savoir si un poste au sein de Katimavik m’intéresse. Il m’offre le travail de responsable du développement des projets pour l’est du Québec. Oh, là là ! Je tente de contenir mon excitation et lui mentionne que j’ai besoin de quelques jours de réflexion. Au fond, ma décision était prise sur le champ. Comment refuser un travail qui correspondait en tous points à ce que j’aimais et aux qualités que je possédais, gage de ma réussite ?

Plusieurs semaines plus tard, je me retrouve à la Cité du Havre à Montréal, en formation pour ma nouvelle fonction. Le destin avait fait son œuvre, je ne finirais pas ma vie à Roberval. Adieux Roberval et le lac St-Jean ! Merci pour tout ! Mon cœur vibrera toujours aux émotions vécues et à la beauté du pays de mes ancêtres !

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay (suite)

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay (suite)

Il a plu toute la nuit. Le sommeil a été léger pour la plupart d’entre nous. Pas évident de dormir dans de telles conditions, surtout quand on doit apprivoiser l’inconfort d’un environnement un peu hostile, avouons-le. Disons que pour les jeunes, du moins un certain nombre, l’expédition prenait des allures cauchemardesques. Ça force à puiser en soi-même toutes les ressources qu’il faut pour surmonter les irritants. C’est l’occasion de forger son caractère.

Nous plions bagages et reprenons la rivière. Plusieurs heures de rames s’annoncent. Nos bras sont de plus en plus durs et solides. Nous sommes à la hauteur de Cap Trinité, l’escarpement le plus haut du fjord. Le guide nous explique comment il a déjà escaladé cette paroi et à quel point il est difficile de s’y accrocher pour passer la nuit. Je suis franchement impressionné des connaissances et des habiletés de ce jeune loup de mer amant de la nature. Je ne peux m’empêcher d’être admiratif devant la beauté sauvage du fjord. Une envolée de jeunes outardes crient leur passage à quelques mètres de nous, au dessus de la rivière noire. Nous ramons à contre-vent sur une rivière agitée. Finalement, le temps s’éclaircit, une petite brise douce et chaude caresse nos peaux. Réconciliation avec la vie, la rivière, le fjord et tout ce soleil qui réchauffe l’eau qui nous éclabousse à chaque coup de rame.

Je suis dans mon pays et celui de mes ancêtres, je le sais, je le sens. Une sensation merveilleuse m’envahit : celle d’habiter un coin de la planète où des géants y vivent. La suite de l’expédition se déroula avec beaucoup de bonheur et d’enthousiasme, les corps et les esprits s’étant adaptés au nouvel environnement.

Adieux fjord du Saguenay ! Tu es né des glaciers et des forces de la nature. Quelle expérience tu nous a fait vivre !

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay (suite)

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay (suite)

Nous sommes sur la rivière la plus profonde et la plus dangereuse de la région. Nous ramons en cadence, le tête heureuse et les yeux pleins d’images superbes. Il y a déjà quelques heures que nous avons quitté Tadoussac en direction de Rivière Ste-Marguerite. Le périple devrait durer quatre jours. Les muscles des bras commencent à me chauffer, l’endurance viendra. Les trois barques sont dans notre champ visuel. Les sourires sont faciles, chacun étant conscient de vivre des moments uniques. Soudain, on entend le souffle de baleines qui s’approchent de nos embarcations. Je retiens le mien, mon souffle, à la fois excité puis envahit d’un émerveillement peu commun. Les baleines se rapprochent de nous. Le guide suggère que nous posions nos rames et que nous assistions au spectacle. Grandiose démonstration de force et de beauté. La nature dans toute sa grandeur. Elles s’amusent à disparaître, puis soudain réapparaître tout près des barques. Le petit jeu semble les amuser. J’avoue que je les trouve super intelligentes et enjouées. Déjà quelques minutes qu’elles sont sous la surface de l’eau. Pas de nouvelles. Tous nous regardons près des barques puis nous voyons finalement nos monstres de la nature à travers l’eau claire, sous notre embarcation. Elles sont si grosses et nous si petits ! Un coup de queue et tout le monde à l’eau. Incroyable, fascinant ! Elles s’amusent à passer sous nos bateaux sans nous toucher, comme pour nous faire comprendre qu’elles sont chez-elles, maîtres des lieux, mais que nous sommes les bienvenues. Comment oublier ces magnifiques créatures sorties de l’imaginaire fantastique mais pourtant bien réelles ? Un moment béni, une rencontre fabuleuse aux confins d’un fjord majestueux. Nous sommes toujours en eau salée. La rivière est noire et le temps plus maussade. Le vent se lève, il est de plus en plus difficile de ramer. Nous sommes dans des contre-courants et la fatigue d’une première journée d’efforts physiques commence à se faire sentir. Notre guide nous amène au premier point d’ancrage, lieu où nous monterons notre campement pour la nuit.

La faim et la soif nous tenaillent tous. Pour la soif, nous avons de l’eau douce et de la bière. Le repas du soir, pour une gang de jeunes et quelques plus vieux affamés, est la récompense attendue. Surprise ! Déception ! La planification et les achats de la bouffe sont faits par le guide avant le départ. Nous découvrirons donc, dès ce premier repas, que nos corps se sustenteront de nourriture sèche, de noix, de figues et de raisins. Adieu les hamburgers, les steaks et autres aliments prisés sur les campings. Nous mangerons granola et santé. Nos papilles gustatives n’ont qu’à bien se tenir. Le budget et la vie d’expédition font foi de tout. Malgré un repas peu copieux pour les braves rameurs que nous sommes, nous préparons le feux de bois et accrochons aux arbres la toile qui nous servira d’abri pour la nuit. Assez rudimentaire comme installation. Il y a certains jeunes qui commencent à maugréer. peu habitués aux conditions rustiques et pour le moins minimalistes. Le sevrage du confort de la ville est pénible. Mes deux copains Robervallois, les plus vieux du groupe, ont les traits un peu plus longs qu’au petit matin du départ. Moi aussi d’ailleurs. Une bonne nuit de sommeil sous la toile fera le plus grand bien. Sauf qu’il a plu et venté toute la nuit. Le rouleau de papier de toilette détrempé. En pleine nuit, rien de mieux qu’une grosse feuille d’érable loin des regards insomniaques.

Hommage à Jacques Languirand

Hommage à Jacques Languirand

Quel bonheur ! Quel délice, que d’écouter l’animateur, le vulgarisateur, le philosophe, l’ami de l’humanité : Jacques Languirand. Il anime l’émission Par Quatre Chemins à la radio de Radio-Canada tous les dimanches soirs de 20h00 à minuit. Il y a de ces êtres d’exception qui sont franchement utiles à leurs contemporains. Par son intelligence, sa curiosité intellectuelle, son humanisme et ses qualités d’animateur et de vulgarisateur, il est une pure merveille. Longue vie à l’animateur tripatif qu’est Jacques Languirand !

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay en barque à rame

Chapitre XVII – Le fjord du Saguenay en barque à rame

Comme à tous les samedis matins, je lis le Perspective en encart dans le quotidien le Soleil. Nous sommes au printemps 1981. Un reportage sur le fjord du Saguenay me captive au plus haut point. Un aubergiste Français de Tadoussac, ville située à l’embouchure de la rivière Saguenay, offre la possibilité de découvrir le fjord et ses attraits avec comme moyen de navigation des barques de bois et des rames. Je suis toujours avec Katimavik, mais il ne reste que quelques mois avant la fin du contrat. La lecture de cet article et la possibilité d’une telle aventure sur une rivière très difficile à naviguer m’excite ! Je pense à mon groupe et au plaisir de découvrir l’un des plus beau fjord du monde. Des falaises escarpées, des paysages et des couchers de soleil à couper le souffle, des baleines, des bains de boue… Vous voyez le topo ! Je présente à mon groupe le projet de voyage. La réaction fut unanime, l’emballement était au rendez-vous. Seul le coût de l’expédition posait problème. Il était au dessus des capacités financières inscrites dans le poste budgétaire des sorties éducatives. J’y crois et je désire fortement réaliser ce périple. Je communique ce projet au comité Katimavik local. Sur ce comité siègent des gens d’affaires de la région et d’autres leaders de la communauté. Je souhaite qu’ils m’aident à réaliser ce rêve.

Tout le monde est d’accord pour mettre l’épaule à la roue. Nous organisons, dans la communauté, une levée de fonds afin de soutenir le projet du fjord. Après quelques mois d’organisation, de planification de l’évènement et de vente de billets, la soirée s’est déroulée à merveille. Nous avons amassé les fonds nécessaires pour partir en direction de Tadoussac. Les médias ont fait état de notre rêve et du projet Katimavik à Roberval ( la construction du parc récréatif ). Tout le monde était content, c’était une réussite sur tous les plans !

L’AVENTURE DU FJORD DU SAGUENAY

Les bagages sont prêts, le plein d’essence est fait, tout le monde est à bord. Nous serons accompagnés par deux représentants du comité Katimavik local avec qui j’ai une relation formidable et une complicité dans l’action depuis le début du projet. Deux hommes d’une quarantaine d’années habitués au confort du foyer et de la petite vie bien planifiée. Oh là là ! Je crois qu’ils ne savent pas dans quelle galère ils se sont embarqués ! Enfin, la réalisation de soi n’a pas d’âge et surtout mérite ses risques. Avec le recul des ans et la connaissance des personnages, je ne peux m’empêcher d’avoir le sourire. Vous verrez plus loin que cette expérience nous a réservé son lot de surprises.

Départ de Roberval au petit matin. Un bon café pour entreprendre la route et ça y est, c’est le bonheur ! Après quelques heures de route, nous passons Ste-Rose du Nord et Tadoussac est à nos portes. Arrivé sur les lieux, je rencontre le propriétaire de l’auberge, règle les détails administratifs et discute avec le guide et responsable de l’expédition, un spécialiste de la rivière et des baleines. Nos barques nous attendent sur la plage, toutes de bois construites. Elles sont magnifiques et peuvent contenir, si ma mémoire est bonne, sept passagers chacune en plus du skipper. Le départ se fait dans l’enthousiasme et un peu d’excitation, avouons-le. Chacun d’entre nous doit s’harmoniser avec le rameur de gauche ou de droite, ainsi qu’avec les autres rameurs du bateau. Le skipper marque la cadence à l’aide de cris répétitifs. Il donne la direction du bateau en manœuvrant le petit manchon situé à l’arrière de la barque.

Citation

Citation

« Je préfère mon cœur avec ses tonnes de larmes qui parfois inondent mon âme, au refus du risque de la passion amoureuse. » – Christian Bilodeau

Chapitre XVI – Katimavik (suite)

Chapitre XVI – Katimavik (suite)

La vie d’agent de groupe ne laisse aucun répit. Je m’intègre à la communauté de Roberval avec beaucoup de plaisir. Je développe des amitiés franchement enrichissantes. J’aime la ville et le lac St-Jean. Je me suis tellement bien intégré que je dirige l’école de judo de Roberval pendant mon séjour.

Mes voyages à Québec sont fréquents. Je retrouve ma compagne et mon monde le plus souvent possible. Je reconnais que la fatigue commence à se faire sentir, malgré tout. Je sens que je m’ennuie de moins en moins de ma vie de couple, je me détache tranquillement. Probablement que l’éloignement fait son œuvre. Je n’en suis pas à ma première expérience en dehors du nid. Mais là, je trouve les femmes du pays des bleuets de plus en plus belles. Je vis en couple depuis l’âge de dix-neuf ans et j’en ai maintenant vingt-sept. Il faudra que je revienne à la maison à temps plein, sinon…

LES PREMIERS SIGNES DE MON INSUFFISANCE RÉNALE

Depuis un certain temps, je me sens fatigué. Anormalement fatigué. J’attribue cet état physique au stress de l’année en cours. Un matin, je ressens une douleur vive au pied droit. Une douleur tellement intense que je ne peux supporter ma couverture sur la partie de mon pied sujet à l’inflammation. Je n’avais jamais vécue une douleur si forte, pratiquement insupportable. La rougeur et la chaleur au gros doigts orteil est visible. Je me rends de peine et de misère à l’hôpital de Roberval. Je rencontre un médecin qui procède à une prise de sang. Les résultats indiquent un diagnostic de goutte articulaire. Ce type de malaise est souvent lié à des problèmes arthritiques. Le docteur me prescrit un antibiotique approprié, et le tour est joué après quelques jours d’absorption. La question fondamentale à laquelle tout médecin se doit de répondre est la suivante : « Ai-je posé le bon diagnostic ? ». Vous comprendrez plus loin dans mon blogue qu’une erreur de diagnostic peut avoir des conséquences sérieuses pour la suite de choses. Je recouvre la forme et l’énergie nécessaire à la poursuite de mes nombreuses occupations.