Archives du avril, 2009

Comment interpréter le sens de mon destin ?

Comment interpréter le sens de mon destin ?

Dans l’espace d’une semaine, j’aurais pu mourir au moins deux fois. Parfois, je trouve difficile de vivre tous les obstacles que la vie m’impose. J’ai l’impression de vivre sous haute tension dans la gestion des imprévus, sans savoir le pourquoi du comment. Enfin, une journée à la fois ! Voilà la meilleure attitude à avoir pour faire face à ce que l’on ne contrôle pas.

Le cauchemard n’est pas fini

Le cauchemard n’est pas fini

Je me souviens que ma fille Anne est la première personne que j’ai vue à mon réveil. J’ai demandé un crayon et un papier pour lui écrire Je t’aime. L’équipe des soins intensifs a été formidable et je ne peux qu’applaudir les prouesses de ces gens qui se dévouent dans un contexte de relocalisation temporaire, compte tenu des travaux de reconstruction de l’Hôtel-Dieu de Québec.

UN INFARCTUS EN PRIME

Je suis de retour à ma chambre depuis la veille de mon court séjour aux soins intensifs. Il est peut-être 9h00. L’objectif est d’être capable de contrôler le calcium contenu dans mon sang. Le chirurgien de garde termine son chiffre et arrête pour s’informer de mon état de santé. L’infirmière assignée à ma chambre est jeune et très minutieuse. Le calcium dans mon sang se profile aux rythmes des courbes bimodales. L’infirmière avise le chirurgien de garde de cette situation. Ce dernier s’enquière de ma capacité respiratoire. Il prend mon pouls et mes tensions artérielles. Je lui mentionne que je respire plus difficilement que la veille. Il demande une prise de sang en urgence pour vérifier ma fonction cardiaque.

Sur le champ, il diagnostique un début d’infarctus. Branle bas de combat dans ma chambre et sur le département. On me transporte encore une fois en catastrophe à l’unité coronarienne où l’équipe du cardiologue Boivin m’attend pour une coronarographie et une angioplastie. Il observe à l’examen que l’une de mes artères du coeur est bouchée. Il s’agit de la même artère qui s’était obstruée en 2007. Le stent qui avait été posé à l’époque n’a pas résisté au temps et s’est affaissé. L’intervention se déroule bien, quoique le chirurgien cardiologue doit travailler fort pour réaliser la pose d’un nouveau stent médicamenteux. Il communique avec la direction de la greffe rénale pour aviser de la décision qu’il doit prendre. Un stent médicamenteux nécessite la prise de plavix d’aspirine pour un minimum d’une année. Le cardiologue doit s’assurer, avec la direction de la greffe, de la compatibilité de son intervention et de la possibilité de demeurer sur la liste des receveurs potentiels pour une future greffe. La chef de la greffe rénale, Isabelle Houde, lui mentionne qu’elle ne voit pas d’inconvénient à ce qu’on me greffe un nouveau greffon si la possibilité se présentait. Ouf ! Je suis soulagé. Enfin une bonne nouvelle !

L’intervention terminée, je me retrouve aux soins intensifs de l’unité coronarienne. Nous sommes le mardi 21 avril et je suis sous surveillance 24 heures sur 24. On me donne un surplus d’oxygène pour mon confort personnel. Le mercredi soir, je commence une poussée de fièvre, ce qui inquiète mon infirmière. La fièvre ne veut pas descendre. Il est 23h00. Le docteur Lévesque arrive sur les lieux. La question est à savoir si je débute à nouveau un petit infarctus et dans ce cas, il faut aller voir ce qu’il en est. Là, sincèrement, j’en ai marre pas à peu près ! D’instinct, je sais que mes poumons sont embarrassés par un microbe qui a pour conséquence un début de pneumonie. Je discute de cette impression avec le cardiologue qui prend la décision de ne pas intervenir compte tenu de ma fièvre trop élevée et des risques encourus. Il considère l’hypothèse d’un début de pneumonie et donne acte dans ce sens pour la suite des choses. J’adore ce cardiologue. C’est un homme au service de la population qui possède un jugement et une compétence exceptionnelle. Je rend hommage à toute l’équipe et au personnel de la cardiologie de Québec. Nous sommes privilégiés de pouvoir compter sur une telle expertise et tant de dévouement.

Une petite chirurgie qui tourne mal

Une petite chirurgie qui tourne mal

Me voilà de retour après une semaine cauchemardesque. J’ai été admis à l’hôtel-Dieu de Québec pour une chirurgie considérée comme mineure. Elle consistait en l’ablation de deux des quatre parathormones, glandes situées au bas et au haut de la gorge. Les parathormones sont contrôlées par le cerveau et régularisent le niveau de calcium dans le sang. Dans mon cas, ces dernières étaient en excroissance depuis plusieurs années et c’est pourquoi une intervention chirurgicale était de mise dans les meilleurs délais. Cette situation est fréquente chez les personnes atteintes de maladie rénale. Une chirurgie d’un peu plus d’une heure sous anesthésie et le tour est joué. Quelques jours d’hospitalisation pour le contrôle du calcium dans le sang et un retour à la maison est possible. Je ne sais pourquoi, mais ce que j’allais vivre n’a rien à voir avec la petite chirurgie prévue.

JE RÊVE À LA MORT DEPUIS QUELQUES SEMAINES

C’est bizarre. Je me sens zen depuis plusieurs mois. Je n’ai aucune appréhension face à la chirurgie qui s’annonce dans quelques jours. Toutefois, je rêve à la mort depuis bon nombre de semaines. Je ne sais pourquoi cet état d’esprit m’habite. Pourtant, j’ai confiance et la peur n’est pas ma compagne de vie. Enfin, je ne m’arrête pas sur mes états d’âme nocturnes et ne fait pas de cas de ces pensées un peu spéciales.

LE MATIN DE LA CHIRURGIE

Il est 6h45 du matin. Je suis attendu au sixième étage, département des chirurgies d’un jour. J’arrive sur place, présente mes cartes d’usages et me rends dans une petite chambre pour les interventions liées à la préparation pré-chirurgie. Je suis prêt. Un brancardier arrive à ma chambre, m’installe sur une civière et me transporte au troisième étage. Le brancardier me place le long du couloir attenant à la salle d’opération. Je suis calme et anticipe déjà la salle de réveil. On me transporte au bloc et me transfère sur la table d’opération. Tout se déroule comme prévu. L’anesthésiste m’envoie au pays des rêves sous influence.

LA SALLE DE RÉVEIL

Je me réveille doucement. Tout s’est bien déroulé. Dans quelques heures, je serai à ma chambre du dixième étage de l’Hôtel-Dieu de Québec.

UNE DIALYSE PAS COMME LES AUTRES

Il est 18h15. Tout va bien. Je me dirige, avec l’aide du brancardier, à mon traitement d’hémodialyse. L’infirmière assignée à mon unité est jeune et dynamique. Tout est prêt pour le branchement et l’introduction des aiguilles. Je suis couché dans mon lit qui remontera à ma chambre après la dialyse. Deux heures se sont écoulées. Je commence à me sentir mal, j’étouffe, je manque d’air. Mon cou est anormalement enflé et l’oxygène passe de moins en moins. J’avise l’infirmière de mon état. Elle observe, comme moi, le gonflement anormal du site de la chirurgie. Là, je cherche mon air pas à peu près !

L’infirmière chef arrive sur les lieux et constate la gravité de la situation. Une communication avec l’équipe de chirurgie s’établit dans les meilleurs délais. Deux heures de traitement sont affichées au tableau de la machine.
Une assistante à la chirurgie entre dans la pièce. Je me souviens de son nom : Elise Sirois-Giguère. Elle constate une hémorragie interne au niveau du cou. Je me sens drôlement calme malgré la situation. Cette jeune assistante fait preuve d’un aplomb et d’un sang froid remarquable. Elle ordonne sur le champ l’arrêt du traitement et avise de facto le personnel du bloc opératoire de se préparer à une intervention immédiate. L’infirmière qui s’occupe de ma dialyse veut procéder à ma réinfusion. L’assistante à la chirurgie l’avise qu’il n’en n’est pas question. Elle n’autorise même pas l’enlèvement des aiguilles de mon gortex. Juste le temps de désaboutter les tubulures et l’équipe de la chirurgie me dirige en catastrophe au bloc opératoire.

ON DOIT M’INTUBER SUR LE CHAMP

Je suis sur la table d’opération. Le transport de l’unité d’hémodialyse au bloc opératoire s’est fait dans un temps record, et ce malgré la lenteur inacceptable des ascenseurs de l’hôpital. Toute l’équipe de chirurgie est près de moi. L’anesthésiste me prévient qu’il ne peut m’endormir sans m’intuber. J’accepte sans hésiter de collaborer à toute initiative pouvant me sauver la vie. On me donne le masque à oxygène mais je ne respire pratiquement plus. Il est minuit moins une. L’assistante chirurgienne tente à plusieurs reprises de m’intuber. La troisième sera la bonne. Le reste du travail sera de réouvrir la plaie faite le matin, d’identifier le vaisseau sanguin qui suinte le sang dans ma gorge et de drainer le surplus de sang amassé depuis quelques heures sûrement. Je me réveille le lendemain matin, vers la fin de l’avant-midi, aux soins intensifs.

Quand mon père est mort, quelques jours avant la fin de son parcours sur cette planète, il avait été intubé pendant plus de quinze jours. Je me demandais s’il avait souffert de cette situation. Aujourd’hui, après avoir vécu l’expérience, je me sens plus rassuré relativement au degré de souffrance qu’il a dû ressentir. Évidemment, je ne pouvais communiquer par la parole, mais je me sentais bien et en paix avec moi-même. Probablement que les doses de narcotiques ont aidé à cet état de non-souffrance. Enfin, cela me rassure sur ce qu’a vécu mon père.

Chapitre XLI – Le fond de l’abîme

Chapitre XLI – Le fond de l’abîme

Je croyais que j’avais touché le fond, comme on dit au Québec. La vie me réservait encore quelques petits coups bas, question de me démontrer que c’est elle qui mène. Je déménage dans le vieux Québec, sur la rue des Remparts. Mon adresse est le 0B. Imaginez… Mon adresse civique ressemblait à ma vie, à ma santé et à mes finances. Toutefois, mon petit appartement était d’un romantisme et d’un esthétisme à donner le goût de tomber en amour.

La vie au quotidien dans le vieux Québec est un privilège. Pas besoin de véhicule automobile. La marche dans les vieilles rues permet d’améliorer sa santé et est un bonheur pour les romantiques et les poètes. La vie culturelle et artistique est effervescente et riche de ses créateurs. En vivant dans le vieux Québec, je me rapproche de mes traitements qui sont offerts sur la rue Couillard, pas très loin de chez moi. Mais l’année 1992-93 en fut une d’effets secondaires de toutes sortes et d’adaptation à mon état de santé fragilisé. Il était difficile de planifier le développement de ma firme. Je passais mon temps à l’hôpital, soit pour mes traitements ou pour des périodes d’hospitalisations dûes à une ablation de la vésicule biliaire, une infection aux yeux, une sinusite chronique et tous le petits maux survenant après une greffe non réussie. Je me souviens, un soir, je n’étais plus capable de marcher. Je me rends de peine et de misère à l’urgence de l’Hôtel-Dieu en me traînant littéralement le long des murs menant à l’hôpital.

Disons que ce n’est pas la plus belle période de ma vie. Je me retrouve dans une pauvreté financière qui ne m’amuse pas du tout. Je suis trop fier, trop orgueilleux pour demander l’aide de l’état. Je réalise des petits contrats occasionnels, juste ce qu’il faut pour survivre. Ma vie sentimentale et affective se limite à voir ma fille au bon vouloir de la mère. Le relation entre elle et moi s’est quelque peu détériorée, disons-le. Ce qui me sauve de la déprime, c’est le chant choral. J’essaie de soutenir Claude Bégin dans certains projets de levées de fonds et de visibilité pour le groupe vocal. L’amitié et le plaisir d’être ensemble nourrit mon coeur et comble mon désir de fraternité humaine. Je dois beaucoup au chant choral.

UN SOIR, J’AI DÉFIÉ LA VIE

Je suis chez-moi, étendu sur le divan qui me sert de lit. Je me sens au fond de l’abîme. J’ai mal, et je ne sais plus comment je vais faire pour m’en sortir. Je ne peux plus me faire confiance sur le plan de la santé et c’est là mon drame. Il faut que je relève la tête, prenne un grande respiration et défie la vie et le destin. Je suis en dialogue avec moi-même. Je refuse de baisser les bras et suis prêt à défier la vie elle-même, s’il le faut. Je l’oblige au respect et l’avise à plusieurs reprises de ma détermination à me battre jusqu’à la fin ultime. À partir de cet instant, ma vie changera et mon destin se transformera. Le prochain chapitre est le début d’une grande aventure amoureuse et de réalisations: Sur la route de Félix Lecler, un homme de lumière.
.

Chapitre XL – Odette St-Onge

Chapitre XL – Odette St-Onge

Odette St-Onge était une spécialiste en ressources humaines. Elle a été avant tout pour mon coeur une amoureuse et une femme d’une grande générosité. Sur le chemin de ma vie, elle m’a appris à aller au risque de moi-même, de mes sentiments, de ma nature profonde. Elle fut une compagne attentive, sensible et dotée d’une intelligence du coeur remarquable. Elle portait sur la vie un regard toujours renouvelé et une attitude de gagnante. Je l’ai aimé et je remercie la vie de l’avoir placée sur ma route. Elle est morte en 2006 des suites de son lupus. Elle fut une grande combattante et ne laissa jamais sa maladie l’emporter sur ses rêves. Une intelligence vive, des yeux de braise, un sourire franc, provenant du coeur.

Peu importe où tu te trouves dans l’univers, je te salue, rend hommage à ton courage ainsi qu’à la beauté de ton âme.

Christian xxx

Chapitre XXXVIII – La descente aux enfers

Chapitre XXXVIII – La descente aux enfers

Quelques semaines se sont écoulées depuis la greffe. Ma chambre est remplie de fleurs, elle est un véritable jardin plein d’odeurs printanières. Ma créatinine commence à s’amuser dans les hauteurs. Je suis angoissé. Tout allait si bien! Mon néphrologue diagnostique un rejet. Le combat n’est pas gagné, loin de là. Il fait beau dehors. Le soleil est comme un immense champ de blé qui s’étend à perte de vue dans un horizon sans fin. Je crois qu’il s’agit du plus bel été depuis plusieurs années.

Je reçois des quantités de cortisone à faire veiller tard le plus grand des couche-tôt. Mon visage ressemble à une pleine lune. D’ailleurs, l’une de mes tante, lors d’une sortie thérapeutique chez mes parents, s’est tordue de rire à la vue de mon visage si étroit en temps normal et si rond petit patagon après quelques bonnes doses de cortisone. Malgré ma fierté reconnue, je n’en fais pas de cas. Ma greffe est plus importante que la rondeur lunaire de mon visage. J’ai tellement faim que je boufferais tout le temps, surtout des gâteaux frais de chez le pâtissier. Mon greffon subit les assauts répétés de mes anticorps qui sont d’une grande férocité et sans pitié pour le nouvel arrivant. Je dois combattre des virus de toutes sortes. Ma condition et celle de mon greffon ne s’améliorent pas. Je commence à réaliser que si je conserve la fonction de mon rein greffé, elle sera beaucoup diminuée.

Je reçois souvent de la belle visite. Parents et amis viennent partager mon nouveau bonheur, ma nouvelle vie. Un après-midi, je vois arriver celle que j’avais laissée pour retourner vivre avec la mère de ma petite fille. Elle est accompagnée de sa sœur cadette. Sa présence me rend un peu mal à l’aise, mais j’apprécie cette délicate attention. Ma petite fille Anne vient me voir avec sa maman une à deux fois par semaine. Chaque fois, c’est la fête dans mon cœur. Voir ma petite fleur d’amour me redonne du courage et de l’énergie. Durant mes sorties de l’unité de la greffe, je vais la voir à la maison, chez elle. Je suis encore très émotif en sa présence, je m’ennuie de cet enfant.
Finalement, je passerai pratiquement tout l’été hospitalisé à combattre des rejets qui se succèdent à un rythme décourageant. La mère de ma fille espace ses visites avec Anne. Elle a apprise la venue de Odette, mon autre ex compagne. Elle le prend mal et en résultante je ne vois pratiquement plus ma fille. Je suis de plus en plus inconfortable avec mon greffon qui répond de moins en moins à l’appel. Je commence à réaliser que je peux le perdre. Je me prépare psychologiquement à la fin du rêve et au retour à l’hémodialyse. Vous savez, sur le plan psychologique, le fait d’être greffé et de se retrouver dans l’univers des patients de la greffe apporte une valeur ajoutée à sa propre perception et celle des autres. Les patients de la greffe sont pris en charge et suivis de façon très encadrée.

Nous sommes au mois d’août 1991. Le plus bel été depuis des années tire à sa fin. Je me résigne. Mon greffon a perdu la bataille, il a pratiquement rendu l’âme. Un deuil très difficile s’annonce. Je ne le réalise pas encore. Je suis sous l’effet de forte dose de cortisone, boosté à bloc par une énergie artificielle. Ce que je sais, c’est que je suis en période de rejet de mon greffon. Il n’est pas assez fort pour faire face à ma réalité. Je n’en veux plus ! J’ai une drôle de réaction. Autant je l’ai désiré, autant je veux maintenant qu’il sorte de mon corps. Pour moi, il n’a pas été à la hauteur, je ne l’aime plus.

LE 26 AOÛT 1991, JE SUBIS L’ABLATION DU GREFFON

Le 25 août au soir, je suis transféré dans une chambre du dixième étage. Je me sens seul, abandonné, rejeté, comme mon greffon. Ma chambre est triste, sans télévision ni téléphone, et beaucoup trop grande pour un seul lit. J’ai l’impression d’avoir failli aux attentes de l’équipe de la greffe, à celles de mes parents et amis, celles du donneur et de la vie. Pour la première fois, je me sens comme un perdant. Le 26 août au matin, je subis l’ablation de mon greffon. Il me faisait mal. Il était devenu toxique pour mon corps et néfaste pour ma santé. Je remonte à ma chambre. Personne ne m’y attend. C’est une journée morose comme j’en ai rarement vécues dans ma vie. La douleur est intense et persistante sur le site de la chirurgie. Je me sens moche et malade. J’ai le sentiment de vivre l’ombre après la lumière. Je n’ai pratiquement plus de visite, sauf celle d’Odette qui se doute que je vis un passage à vide très sérieux. Elle est là, présente pour subvenir à mes besoins et toujours amoureuse. J’ai follement envie de m’évader de la réalité, de ma réalité ! L’injection du dilodile, puissant narcotique qui soulage la douleur, représente ma seule porte de sortie. Pendant ces quelques minutes, l’effet enlève complètement la douleur et l’on se retrouve dans un état second merveilleux. Une semaine d’hospitalisation et je reçois mon congé. Nous sommes début septembre, l’automne s’installe petit à petit. Je dois me relever de trois mois d’hospitalisation en plus d’accepter la perte de mon greffon et mon retour forcé à l’hémodialyse. Il faudra du courage et une volonté à toute épreuve pour faire face à ce destin qui s’acharne. Je puiserai au plus profond de moi-même, avec l’aide et l’amour d’Odette. J’éviterai de couler à pic comme un bateau blessé à mort par la mer. Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que j’aurai à attendre onze années avant de me réconcilier à nouveau avec la vie. Je m’installe avec Odette. Je me donne un peu de temps pour ma convalescence. Je décide de m’inscrire à la maîtrise au département des Communications à l’Université Laval. Il faut que je me prenne en main, que je me réactive et m’implique dans un projet qui contribuera à améliorer mon estime personnelle. Ma santé est fragile. J’attrape tout ce qui passe comme virus. Mon système immunitaire est à plat. Mon hémoglobine est à 100 et j’ai de la difficulté à me concentrer. Je crois que j’ai réussi, après moult rencontres pour mon admission, à m’inscrire à la session d’automne de l’université. Je n’en mène pas large, mais c’est de ma survie psychologique qu’il s’agit, et elle n’a pas de prix ! Je reçois des prêts et bourses du gouvernement, ce qui me permet de subvenir à mes besoins, du moins pour l’essentiel.

Chapitre XXXVII – Ma première greffe rénale

Chapitre XXXVII – Ma première greffe rénale

Nous sommes le 26 mai 1991. Je reçois le plus précieux des cadeaux : un don d’organe. Je suis hémodialysé depuis le 7 avril dernier, quel coup de chance ! J’ai un appel de l’Hôtel-Dieu de Québec. Au bout du fil, j’entends le docteur Jean-Guy Lachance m’annoncer qu’il a un rein pour moi. Je suis fou de joie ! C’est bizarre, j’essaie de me souvenir où j’étais et avec qui, mais j’ai tout oublié. Ce dont je me souviens, c’est mon arrivée à l’unité de la greffe rénale. Je crois qu’il est environ 18h00 le 25 mai 1991. Je passe tous les tests d’usages, on me fait d’innombrables prises de sang, on me rase, m’installe un soluté, on signe les documents officiels, puis je rencontre les spécialistes. Je suis fébrile. Je pense que je ne dormirai pas beaucoup la nuit prochaine. Je suis habité par une émotion spéciale, comme l’impression d’une réconciliation avec la vie. Je suis heureux de vivre. J’ai une pensée toute affective pour la personne qui me fait le don de son rein. Je me sens en harmonie avec l’univers.

Les heures s’écoulent jusqu’au petit matin. J’ai hâte que la civière arrive avec mon rein placé à l’intérieur d’une petite glacière. Il m’accompagnera jusqu’à la salle d’opération. Il sera ma délivrance, l’espoir d’une vie nouvelle, l’espérance de recouvrer ma liberté face à la machine.

Je me souviens du transport jusqu’au troisième étage, lieu où se trouve le bloc opératoire. Quelle fierté ! Je vivais un moment indescriptible de plénitude et de joie. J’entre dans la salle d’opération, je remarque toutes ces lumières comme des soleils au dessus de la table sur laquelle on me greffera mon rein. Les brancardiers, avec l’aide du personnel de l’équipe médicale, me glisse de la civière à la table. On me prépare minutieusement. Les infirmières sont attentionnées et contentes pour moi. Tranquillement s’avance l’urologue qui procédera à la transplantation. Il s’agit du docteur Naud, éminent chirurgien qui n’en n’est pas à sa première greffe. Il me parle un peu, me rassure. Quelques minutes plus tard, s’approche de moi l’anesthésiste qui me demande si je me sens bien. Au moment de lui répondre, je quitte doucement le réel pour me retrouver dans un état d’absence totale. J’ai toujours aimé ce passage à vide lors des anesthésies générales.

Je ne sais pas combien de temps a duré l’opération, sûrement quelques heures. Je reviens au monde tranquillement, doucement. Une infirmière est près de moi. Elle mentionne mon nom à quelques reprises. J’ouvre les yeux, elle me regarde tendrement et me rassure immédiatement sur le succès de la transplantation. Je suis à la salle de réveil de l’hôpital. Je ne trouve pas les mots pour vous décrire les émotions qui traversent mon esprit et mon cœur. Je suis dans un état de bonheur total, je vis un moment de grâce et de félicité ! Je n’avais jamais été aussi heureux.

Après quelques heures à la salle de réveil, un brancardier me remonte à ma chambre au septième étage. Je suis branché de partout, mais le plus important est la sonde qui se trouve à l’intérieur de mon pénis et qui reçoit l’urine de mon nouveau rein. L’urine se dirige dans un conduit en forme de tubulure jusqu’au sac de réception. Mon nouveau greffon fonctionne à plein régime. L’opération est un succès. Le véritable combat commence ! On se demande comment les anticorps de mon organisme réagiront face à la présence de ce corps étranger. L’équipe de la greffe rénale est immédiatement au travail. On diminue le système immunitaire par la prise de médicaments anti-rejet. Rien n’est laissé au hasard. La première semaine d’hospitalisation est très positive. La créatinine et l’urée contenues dans mon sang ont des valeurs normales. J’absorbe des doses quotidiennes de cortisone pour suppléer à mon système de défense fragilisé volontairement par mon néphrologue.

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin (suite)

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin (suite)

Un élément fondamental dans la vie humaine, c’est de croire en l’amour.L’amour peut transcender notre rapport à nous-même et au monde. La maladie ou une déficience physique peut freiner notre élan au désir amoureux. Peur du rejet, de ne pas être à la hauteur de nos propres attentes et celles de l’autre. Il est vrai que l’on ne peut aimer quelqu’un d’autre si l’on ne s’aime pas soi-même. Il ne faut pas envisager la maladie comme une faiblesse, mais plutôt comme une force. C’est une occasion de grandir intérieurement, de développer des attitudes et une beauté qui sauront être remarquées par des personnes de qualités qui savent voir avec les yeux de l’intelligence du cœur. Je terminerai en insistant sur l’importance de la perception de soi-même. Quand je termine un traitement, je ferme la porte de l’hôpital et j’y laisse derrière ma déficience. Je vis pleinement et reste ouvert à tous les plaisirs de la vie, petits ou grands. Je ne nie pas ma maladie, mais je me refuse à lui laisser trop de place. Je ne me comporte pas en victime et ne recherche pas la sympathie d’autrui. J’apprécie la compréhension de mes amis et leur fraternité. J’en ai besoin pour vivre. Toutefois, ceux qui me connaissent savent que ma quête du plaisir et du bonheur dépasse les obstacles dûs à ma situation de santé. J’ai vécu mon plus grand amour en situation de santé fragilisée. Cette relation amoureuse a duré huit années. Mon amour pour cette femme et l’œuvre de son père ont transcendé tous les combats, toutes les batailles. Ma force mentale et spirituelle était tellement grande que rien ne pouvait faire obstacle à la réalisation de mon rêve. Je le sais parce que je l’ai vécu : l’amour peut permettre à l’homme le dépassement de soi et l’accomplissement de ses rêves.

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin ?

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin ?

Je sais que ma vie est beaucoup plus difficile avec cet insuffisance rénale. La dialyse n’est pas un traitement facile. Elle exige beaucoup sur le plan corporel et psychologique, mais il n’y a pas cent milles façons d’aborder une telle réalité. Il faut envisager la vie un jour à la fois, apprendre à conjuguer l’existence au temps présent. Il faut savoir éloigner comme la peste les gens négatifs qui grugent de l’énergie positive. Il faut rêver ! Il faut se percevoir positivement, croire en soi malgré notre fragilité de santé. Je crois que nous devons nous recentrer, augmenter notre force mentale et spirituelle. J’entends par « spirituelle » notre rapport au monde, notre regard sur la vie. Notre philosophie du bonheur doit se moduler vers une quête de beauté et d’authenticité. Il ne faut pas crier à l’injustice et au mauvais sort contre soi. L’attitude positive constructive peut faire la différence dans l’acceptation des deuils causés par la maladie ou une déficience physique. Augmenter sa volonté, sa résistance à la douleur et sa résilience aux imprévus de toutes sortes. Nous devons à tout prix demeurer combatifs, imaginatifs, vindicatifs même, s’il le faut ! Refuser de se laisser infantiliser par qui que se soit, entre autres par le système de santé (médecins, infirmières, préposés(es), etc..) et la famille immédiate. La solitude est un état qu’il faut apprendre à apprivoiser ! Meubler sa solitude, la nourrir de soi, faire qu’elle soit pleine et ronde comme la vie. Face à la maladie comme devant la mort, nous devons assumer la solitude comme seule et unique compagne. Bien sûr, il y a les amis, les parents et toutes les autres personnes qui peuvent ponctuellement nous accompagner sur la route de notre vie. Il faut très tôt savoir que face à notre existence, nous avons la responsabilité ultime d’assumer seul un certain nombres d’étapes incontournables. La quête de soi et la compréhension du monde qui nous entoure nécessitent une capacité d’intériorité et de recul. Toute ma vie, j’ai eu l’étrange impression d’être à la fois acteur et spectateur de ma propre épopée. Comme si j’étais capable de m’élever au dessus des événements, de les visualiser comme des petits films et d’être témoin privilégié des différentes scènes de mon quotidien. Ce rapport à ma vie en double dimensions dédramatise, à mes yeux, certaines réalités parfois plus difficiles à vivre. Félix Leclerc, que vous connaissez sûrement, considère la vie comme un rêve éveillé. Je suis d’accord avec notre poète. Chacun d’entre nous doit s’élever au dessus du réel pour saisir l’éphémèrité de la vie. Il ne s’agit pas de baisser les bras devant les réalités objectives de notre condition humaine sur cette planète, mais nous devons situer notre propre parcours par rapport à l’univers et notre place au sein de celui-ci.

Chapitre XXXIV – Un verdict implacable

Chapitre XXXIV – Un verdict implacable

J’arrive à l’urgence. Je demande une chaise roulante pour me transporter à l’intérieur. Vous connaissez la procédure : prise de sang, tension artérielle, vérification du taux d’oxygène dans le sang, rencontre avec l’inhalothérapeute, l’urgentologue et autres spécialistes. Évidemment, ils ont en main mon dossier médical qui à cette époque n’avait pas la voluminosité d’aujourd’hui. Il est certainement 3h00 du matin quand s’approche de moi le docteur Gérald Guay, néphrologue de l’hôpital. Il porte un sarrau blanc et de petites lunettes de lecture qui sont bien installées sur le bout de son nez. Il m’interpelle de la façon suivante :

- « Mon cher ami, j’ai deux nouvelles pour vous, une bonne et une mauvaise. Je commence par laquelle ? »
- « Commencez par la mauvaise. », que je lui répond. Il m’annonce que mon rein ne fonctionne pratiquement plus et que je dois envisager la dialyse à court terme, c’est-à dire d’ici deux mois maximum.
- « Maintenant, la bonne nouvelle est que vous êtes arrivé en temps à l’urgence. Vous faites une péricardite ( inflammation de l’enveloppe du cœur ). »

Voilà, la fatalité, le destin, marquait de son sillon la route de ma vie. Mes premières pensées vont à ma fille. Je sais qu’à partir de cet instant mon existence ne sera jamais plus la même. J’avais eu l’occasion, par le passé, de visiter l’unité d’hémodialyse. J’avoue que ça m’angoisse sérieusement. Quel paradoxe ! Moi qui aimait par dessus tout la liberté, la vie à toute vitesse, l’autonomie, l’indépendance. Je me retrouve vulnérable, fragilisé et lié à une machine pour vivre. Ouf ! Respirons par le nez ! Je suis hospitalisé pendant une dizaine de jours au septième étage de l’Hôtel-Dieu. Je communique la nouvelle à ma famille et mes amis. Mon entourage m’offre le soutien nécessaire. Dans une telle situation, on a besoin de réconfort affectif et psychologique. Vous savez, je suis un homme déterminé et extrêmement combatif. Je ne supporte pas les gens négatifs et pessimistes. J’ai appris qu’il faut savoir sélectionner les êtres qui nous accompagnent le long de la route. Quand on se retrouve avec une insuffisance rénale chronique, la gestion de ses énergies est très importante. La force du mental et l’attitude sont déterminantes pour faire face à la maladie ou à une déficience physique chronique. Je me souviens, j’étais dans une chambre à deux lits. Le gars qui partageait cette chambre avec moi venait de faire une péritonite ( inflammation du péritoine ). Il se plaignait constamment de son état. Il disait que la vie était injuste, qu’il devrait vendre son commerce, que sa vie était finie. Enfin, vous imaginez le discours. Il est vrai que de subir quatre fois par jour le traitement de la dialyse par la cavité du péritoine, ce n’est pas évident, j’en conviens. Mais je ne pouvais pas supporter son attitude défaitiste, surtout que sa femme était aux petits soins pour lui, et que dans les faits, malgré sa déficience, il pouvait poursuivre les opérations quotidiennes de son commerce. Pour ce faire, il fallait qu’il fasse preuve de volonté, de courage et de détermination. Je ne pouvais tellement plus supporter son défaitisme que j’ai demandé un transfert de chambre. Je crois que sur le plan psychologique, je ne pouvais accepter la vision d’un perdant, d’une personne qui baissait les bras devant l’adversité. J’avais le sentiment que ma propre survie exigeait une attitude de gagnant. J’étais conscient que la vie m’engageait dans un processus de deuil au quotidien. Je me refusais à une perception négative de ma personne. Je voulais vivre intensément et aller au bout de mes rêves, malgré les immenses sacrifices que la vie m’obligeait à faire.