Archives du avril, 2009

CHAPITRE XLIII – Les aveux amoureux

CHAPITRE XLIII – Les aveux amoureux

Après l’histoire du parapluie, nous nous revîmes à quelques reprises. À chaque fois, mon coeur palpitait à un rythme hors de la normale. Je savais que j’étais follement attiré par cette jeune fleur venue d’un autre ailleurs. Je la revis en juin, quelques temps plus tard. Elle revenait du travail. Je crois qu’elle était employée à l’Insectarium situé dans le Vieux Port. Je me retrouvais sur la rue St-Paul, il pleuvait à boire debout. J’étais de l’autre côté du restaurant le Buffet de l’Antiquaire. Elle passa avec son parapluie sous le bras. Je traversai précipitamment de l’autre côté de la rue pour la rejoindre. Je lui demandai à brûle pour point si je pouvais partager son parapluie jusque chez elle, donc jusque chez-moi. Elle accepta gentiment. C’était la première fois que nous nous retrouvions si près l’un de l’autre. Cette proximité confirma notre désir commun de nous connaître davantage. Chose certaine, le jeu de la séduction et de l’amour était incontournable. Le temps et son voyage en France allait précipiter les aveux amoureux.

UN SOUPER FESTIF POUR SOULIGNER SON DÉPART POUR LA FRANCE

Je sais maintenant qu’elle est la fille de Félix-Leclerc. On dirait que dans mon coeur et dans ma tête, cela confirme la beauté que je ressens quand je la vois. Mais vous savez, même si j’ai toujours eu confiance en moi, je me pose des questions relativement à l’impact de ma déficience sur la perception qu’elle a de moi. Je la courtise de toutes les manières possibles. Je sais intrinsèquement que j’ai quelque chose de grand à vivre avec elle. Elle m’informe qu’elle quitte le Québec bientôt. Elle ira sur les traces du parcours artistique de son père en quittant le Québec du 24 juin au 8 août 1994. Pour souligner cet évènement, elle invite des amis, dont moi, à un souper-soirée, où le bon vin et les bons fromages seront au rendez-vous. Une côte de boeuf cuite sur le grill sera aussi au menu. Je lui offre de l’aider à la préparation de la soirée. Elle accepte de bon coeur ma proposition.

Chapitre XLII – Le parapluie

Chapitre XLII – Le parapluie

J’habite le 0B des Remparts à Québec. Vous le savez, je vous en ai parlé dans l’un des chapitre précédent. Ma santé est au beau fixe. Je poursuis mes traitements à raison de trois fois par semaine. Nous sommes en 1993 et je commence ma troisième année de dialyse à L’Hôtel-Dieu de Québec. Je me souviens, j’avais remarqué qu’une jeune fille vivait en bas de chez-moi, au 0A. Je la trouvais d’une grande beauté. Une beauté qui va droit au coeur et à l’âme. Je savais qu’elle vivait avec des colocataires, mais sans plus.

Je me gardais en bonne condition physique en faisant beaucoup de vélo. Le chant choral occupait une grande place dans mon horaire de la semaine. Je commençait à remonter à la surface, à émerger de l’ombre, et j’en étais très heureux. Ma vie affective et surtout sexuelle reprenait tous ses droits.

GRÂCE À UN PARAPLUIE J’AI RENCONTRÉ LA FEMME DE MES RÊVES

Quelques semaines auparavant, je suis invité à une soirée festive. L’un des colocataires de la fille vivant à l’appartement au bas de mon immeuble m’invite à une surprise party. Je décline amicalement l’invitation, car une réunion du conseil d’administration des Jeunes entreprises du Québec Métropolitain était à mon agenda. J’étais membre de cet organisme en tant que responsable aux communications et de l’animation de la soirée du vingtième anniversaire de l’organisation. Si je me souviens bien, nous soulignions cet évènement au Capitole de Québec en mai 1994.

À l’occasion, j’apercevais sur la rue cette magnifique jeune femme aux yeux de velours et à l’allure un peu européenne. Je ne regrettais pas ma non présence à la petite soirée qui avait eu lieu chez elle. Elle m’intéressait vivement, mais je considérais que le moment n’étais pas venu d’établir un véritable premier contact. L’occasion me serait offerte un soir de pluie diluvienne où je me rendait au Capitole de Québec pour animer le gala.

COUP DE FOUDRE VENU DU CIEL

Voilà, je suis prêt. Toxedo, plastron et noeud papillon sont mes vêtements de maître de cérémonie. Dans quelques minutes, j’irai animer le gala du vingtième anniversaire des Jeunes Entreprises du Québec Métropolitain. Il pleut des cordes. J’appelle une voiture pour me rendre sur les lieux de la cérémonie. Toutefois, j’ai un problème : je n’ai pas de parapluie. Je décide de cogner à la porte d’à côté, celle de mon voisin de palier. Pas de réponse. Il ne me reste qu’une alternative, celle de me rendre chez ma voisine du premier pour lui demander si elle a un parapluie à me prêter.

Mon coeur palpite alors que je sonne à sa porte. C’est elle qui me répond, la voie enrhumée, accablée par une très mauvaise grippe. Un drôle de sentiment m’envahit. J’ai une folle envie de la prendre dans mes bras, de la serrer contre moi et de demeurer avec elle pour la soigner. Je lui demande si elle a un parapluie à me prêter pour la soirée. Elle me répond que oui et s’excuse de sa condition. Je suis totalement sous le charme. Je sais que je viens de rencontrer celle qui sera le plus grand amour que je vivrai. Je crois qu’elle sait elle aussi que quelque chose de magnifique vient de lui arriver. Ma soirée au Capitole a été magique, tout me réussissait. J’anticipais le moment où j’irai lui remettre son parapluie.

Je savais seulement qu’elle s’appelait Nathalie. Le lendemain, comme de raison, le parapluie devenait le prétexte idéal pour la voir à nouveau. Elle était belle comme un champ de blé blond, les cheveux mi-longs un peu au dessus des épaules, les yeux qui pleurent de beauté, une bouche comme un fruit d’été, une lumière dans le regard qui rend l’âme heureuse. Nous savions tous les deux que nos destins allaient se croiser, nous en avions la certitude. J’ai appris qu’elle avait un amoureux qui demeurait à deux pas de notre immeuble. Elle le fréquentait depuis quelques années. Je ne sentais pas qu’elle en était follement amoureuse. Le temps, comme toute chose, avait probablement refroidit les élans du coeur. Peu importe, je la désirais ardemment et à n’importe quel prix. Elle m’avait ouvert la porte de son coeur par un simple regard. Je ne manquerais pas de répondre à cet appel de l’amour.

Chapitre XLII- Coup de foudre venu du ciel!

Chapitre XLII- Coup de foudre venu du ciel!

Avant-propos

J’aborde l’amorce de ces chapitres avec un goût d’authenticité et de vérité sans conteste. Il s’agit d’une magnifique histoire d’amour entre une jeune femme et un homme d’âge mûr. Elle a 23 ans et moi 39. Nous vivons un coup de foudre venu du ciel qui laissera ses traces. Une grande rencontre avec, en valeur ajoutée : l’oeuvre de son père. Je profiterai de mes écrits pour vous raconter cette histoire, celle d’un grand amour qui s’est terminé dans la douleur, la souffrance du coeur et la trahison. Toutefois, je vous raconterai aussi la grande épopée d’un petit musée pour un grand pionnier de la chanson poétique du Québec et de la francophonie : l’Espace Félix-Leclerc.

Je veux que vous sachiez que malgré un état de santé fragilisé, grace à la force de l’amour, à une âme heureuse et des convictions profondes, on peut atteindre l’inaccessible étoile. Le relance de la Fondation Félix-Leclerc et la création de l’espace Félix-Leclerc sont issues de ce qu’il y a de meilleur et de plus beau en l’être humain : l’amour et le courage

Comment interpréter le sens de mon destin ?

Comment interpréter le sens de mon destin ?

Dans l’espace d’une semaine, j’aurais pu mourir au moins deux fois. Parfois, je trouve difficile de vivre tous les obstacles que la vie m’impose. J’ai l’impression de vivre sous haute tension dans la gestion des imprévus, sans savoir le pourquoi du comment. Enfin, une journée à la fois ! Voilà la meilleure attitude à avoir pour faire face à ce que l’on ne contrôle pas.

Le cauchemard n’est pas fini

Le cauchemard n’est pas fini

Je me souviens que ma fille Anne est la première personne que j’ai vue à mon réveil. J’ai demandé un crayon et un papier pour lui écrire Je t’aime. L’équipe des soins intensifs a été formidable et je ne peux qu’applaudir les prouesses de ces gens qui se dévouent dans un contexte de relocalisation temporaire, compte tenu des travaux de reconstruction de l’Hôtel-Dieu de Québec.

UN INFARCTUS EN PRIME

Je suis de retour à ma chambre depuis la veille de mon court séjour aux soins intensifs. Il est peut-être 9h00. L’objectif est d’être capable de contrôler le calcium contenu dans mon sang. Le chirurgien de garde termine son chiffre et arrête pour s’informer de mon état de santé. L’infirmière assignée à ma chambre est jeune et très minutieuse. Le calcium dans mon sang se profile aux rythmes des courbes bimodales. L’infirmière avise le chirurgien de garde de cette situation. Ce dernier s’enquière de ma capacité respiratoire. Il prend mon pouls et mes tensions artérielles. Je lui mentionne que je respire plus difficilement que la veille. Il demande une prise de sang en urgence pour vérifier ma fonction cardiaque.

Sur le champ, il diagnostique un début d’infarctus. Branle bas de combat dans ma chambre et sur le département. On me transporte encore une fois en catastrophe à l’unité coronarienne où l’équipe du cardiologue Boivin m’attend pour une coronarographie et une angioplastie. Il observe à l’examen que l’une de mes artères du coeur est bouchée. Il s’agit de la même artère qui s’était obstruée en 2007. Le stent qui avait été posé à l’époque n’a pas résisté au temps et s’est affaissé. L’intervention se déroule bien, quoique le chirurgien cardiologue doit travailler fort pour réaliser la pose d’un nouveau stent médicamenteux. Il communique avec la direction de la greffe rénale pour aviser de la décision qu’il doit prendre. Un stent médicamenteux nécessite la prise de plavix d’aspirine pour un minimum d’une année. Le cardiologue doit s’assurer, avec la direction de la greffe, de la compatibilité de son intervention et de la possibilité de demeurer sur la liste des receveurs potentiels pour une future greffe. La chef de la greffe rénale, Isabelle Houde, lui mentionne qu’elle ne voit pas d’inconvénient à ce qu’on me greffe un nouveau greffon si la possibilité se présentait. Ouf ! Je suis soulagé. Enfin une bonne nouvelle !

L’intervention terminée, je me retrouve aux soins intensifs de l’unité coronarienne. Nous sommes le mardi 21 avril et je suis sous surveillance 24 heures sur 24. On me donne un surplus d’oxygène pour mon confort personnel. Le mercredi soir, je commence une poussée de fièvre, ce qui inquiète mon infirmière. La fièvre ne veut pas descendre. Il est 23h00. Le docteur Lévesque arrive sur les lieux. La question est à savoir si je débute à nouveau un petit infarctus et dans ce cas, il faut aller voir ce qu’il en est. Là, sincèrement, j’en ai marre pas à peu près ! D’instinct, je sais que mes poumons sont embarrassés par un microbe qui a pour conséquence un début de pneumonie. Je discute de cette impression avec le cardiologue qui prend la décision de ne pas intervenir compte tenu de ma fièvre trop élevée et des risques encourus. Il considère l’hypothèse d’un début de pneumonie et donne acte dans ce sens pour la suite des choses. J’adore ce cardiologue. C’est un homme au service de la population qui possède un jugement et une compétence exceptionnelle. Je rend hommage à toute l’équipe et au personnel de la cardiologie de Québec. Nous sommes privilégiés de pouvoir compter sur une telle expertise et tant de dévouement.

Une petite chirurgie qui tourne mal

Une petite chirurgie qui tourne mal

Me voilà de retour après une semaine cauchemardesque. J’ai été admis à l’hôtel-Dieu de Québec pour une chirurgie considérée comme mineure. Elle consistait en l’ablation de deux des quatre parathormones, glandes situées au bas et au haut de la gorge. Les parathormones sont contrôlées par le cerveau et régularisent le niveau de calcium dans le sang. Dans mon cas, ces dernières étaient en excroissance depuis plusieurs années et c’est pourquoi une intervention chirurgicale était de mise dans les meilleurs délais. Cette situation est fréquente chez les personnes atteintes de maladie rénale. Une chirurgie d’un peu plus d’une heure sous anesthésie et le tour est joué. Quelques jours d’hospitalisation pour le contrôle du calcium dans le sang et un retour à la maison est possible. Je ne sais pourquoi, mais ce que j’allais vivre n’a rien à voir avec la petite chirurgie prévue.

JE RÊVE À LA MORT DEPUIS QUELQUES SEMAINES

C’est bizarre. Je me sens zen depuis plusieurs mois. Je n’ai aucune appréhension face à la chirurgie qui s’annonce dans quelques jours. Toutefois, je rêve à la mort depuis bon nombre de semaines. Je ne sais pourquoi cet état d’esprit m’habite. Pourtant, j’ai confiance et la peur n’est pas ma compagne de vie. Enfin, je ne m’arrête pas sur mes états d’âme nocturnes et ne fait pas de cas de ces pensées un peu spéciales.

LE MATIN DE LA CHIRURGIE

Il est 6h45 du matin. Je suis attendu au sixième étage, département des chirurgies d’un jour. J’arrive sur place, présente mes cartes d’usages et me rends dans une petite chambre pour les interventions liées à la préparation pré-chirurgie. Je suis prêt. Un brancardier arrive à ma chambre, m’installe sur une civière et me transporte au troisième étage. Le brancardier me place le long du couloir attenant à la salle d’opération. Je suis calme et anticipe déjà la salle de réveil. On me transporte au bloc et me transfère sur la table d’opération. Tout se déroule comme prévu. L’anesthésiste m’envoie au pays des rêves sous influence.

LA SALLE DE RÉVEIL

Je me réveille doucement. Tout s’est bien déroulé. Dans quelques heures, je serai à ma chambre du dixième étage de l’Hôtel-Dieu de Québec.

UNE DIALYSE PAS COMME LES AUTRES

Il est 18h15. Tout va bien. Je me dirige, avec l’aide du brancardier, à mon traitement d’hémodialyse. L’infirmière assignée à mon unité est jeune et dynamique. Tout est prêt pour le branchement et l’introduction des aiguilles. Je suis couché dans mon lit qui remontera à ma chambre après la dialyse. Deux heures se sont écoulées. Je commence à me sentir mal, j’étouffe, je manque d’air. Mon cou est anormalement enflé et l’oxygène passe de moins en moins. J’avise l’infirmière de mon état. Elle observe, comme moi, le gonflement anormal du site de la chirurgie. Là, je cherche mon air pas à peu près !

L’infirmière chef arrive sur les lieux et constate la gravité de la situation. Une communication avec l’équipe de chirurgie s’établit dans les meilleurs délais. Deux heures de traitement sont affichées au tableau de la machine.
Une assistante à la chirurgie entre dans la pièce. Je me souviens de son nom : Elise Sirois-Giguère. Elle constate une hémorragie interne au niveau du cou. Je me sens drôlement calme malgré la situation. Cette jeune assistante fait preuve d’un aplomb et d’un sang froid remarquable. Elle ordonne sur le champ l’arrêt du traitement et avise de facto le personnel du bloc opératoire de se préparer à une intervention immédiate. L’infirmière qui s’occupe de ma dialyse veut procéder à ma réinfusion. L’assistante à la chirurgie l’avise qu’il n’en n’est pas question. Elle n’autorise même pas l’enlèvement des aiguilles de mon gortex. Juste le temps de désaboutter les tubulures et l’équipe de la chirurgie me dirige en catastrophe au bloc opératoire.

ON DOIT M’INTUBER SUR LE CHAMP

Je suis sur la table d’opération. Le transport de l’unité d’hémodialyse au bloc opératoire s’est fait dans un temps record, et ce malgré la lenteur inacceptable des ascenseurs de l’hôpital. Toute l’équipe de chirurgie est près de moi. L’anesthésiste me prévient qu’il ne peut m’endormir sans m’intuber. J’accepte sans hésiter de collaborer à toute initiative pouvant me sauver la vie. On me donne le masque à oxygène mais je ne respire pratiquement plus. Il est minuit moins une. L’assistante chirurgienne tente à plusieurs reprises de m’intuber. La troisième sera la bonne. Le reste du travail sera de réouvrir la plaie faite le matin, d’identifier le vaisseau sanguin qui suinte le sang dans ma gorge et de drainer le surplus de sang amassé depuis quelques heures sûrement. Je me réveille le lendemain matin, vers la fin de l’avant-midi, aux soins intensifs.

Quand mon père est mort, quelques jours avant la fin de son parcours sur cette planète, il avait été intubé pendant plus de quinze jours. Je me demandais s’il avait souffert de cette situation. Aujourd’hui, après avoir vécu l’expérience, je me sens plus rassuré relativement au degré de souffrance qu’il a dû ressentir. Évidemment, je ne pouvais communiquer par la parole, mais je me sentais bien et en paix avec moi-même. Probablement que les doses de narcotiques ont aidé à cet état de non-souffrance. Enfin, cela me rassure sur ce qu’a vécu mon père.

Chapitre XLI – Le fond de l’abîme

Chapitre XLI – Le fond de l’abîme

Je croyais que j’avais touché le fond, comme on dit au Québec. La vie me réservait encore quelques petits coups bas, question de me démontrer que c’est elle qui mène. Je déménage dans le vieux Québec, sur la rue des Remparts. Mon adresse est le 0B. Imaginez… Mon adresse civique ressemblait à ma vie, à ma santé et à mes finances. Toutefois, mon petit appartement était d’un romantisme et d’un esthétisme à donner le goût de tomber en amour.

La vie au quotidien dans le vieux Québec est un privilège. Pas besoin de véhicule automobile. La marche dans les vieilles rues permet d’améliorer sa santé et est un bonheur pour les romantiques et les poètes. La vie culturelle et artistique est effervescente et riche de ses créateurs. En vivant dans le vieux Québec, je me rapproche de mes traitements qui sont offerts sur la rue Couillard, pas très loin de chez moi. Mais l’année 1992-93 en fut une d’effets secondaires de toutes sortes et d’adaptation à mon état de santé fragilisé. Il était difficile de planifier le développement de ma firme. Je passais mon temps à l’hôpital, soit pour mes traitements ou pour des périodes d’hospitalisations dûes à une ablation de la vésicule biliaire, une infection aux yeux, une sinusite chronique et tous le petits maux survenant après une greffe non réussie. Je me souviens, un soir, je n’étais plus capable de marcher. Je me rends de peine et de misère à l’urgence de l’Hôtel-Dieu en me traînant littéralement le long des murs menant à l’hôpital.

Disons que ce n’est pas la plus belle période de ma vie. Je me retrouve dans une pauvreté financière qui ne m’amuse pas du tout. Je suis trop fier, trop orgueilleux pour demander l’aide de l’état. Je réalise des petits contrats occasionnels, juste ce qu’il faut pour survivre. Ma vie sentimentale et affective se limite à voir ma fille au bon vouloir de la mère. Le relation entre elle et moi s’est quelque peu détériorée, disons-le. Ce qui me sauve de la déprime, c’est le chant choral. J’essaie de soutenir Claude Bégin dans certains projets de levées de fonds et de visibilité pour le groupe vocal. L’amitié et le plaisir d’être ensemble nourrit mon coeur et comble mon désir de fraternité humaine. Je dois beaucoup au chant choral.

UN SOIR, J’AI DÉFIÉ LA VIE

Je suis chez-moi, étendu sur le divan qui me sert de lit. Je me sens au fond de l’abîme. J’ai mal, et je ne sais plus comment je vais faire pour m’en sortir. Je ne peux plus me faire confiance sur le plan de la santé et c’est là mon drame. Il faut que je relève la tête, prenne un grande respiration et défie la vie et le destin. Je suis en dialogue avec moi-même. Je refuse de baisser les bras et suis prêt à défier la vie elle-même, s’il le faut. Je l’oblige au respect et l’avise à plusieurs reprises de ma détermination à me battre jusqu’à la fin ultime. À partir de cet instant, ma vie changera et mon destin se transformera. Le prochain chapitre est le début d’une grande aventure amoureuse et de réalisations: Sur la route de Félix Lecler, un homme de lumière.
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Chapitre XL – Odette St-Onge

Chapitre XL – Odette St-Onge

Odette St-Onge était une spécialiste en ressources humaines. Elle a été avant tout pour mon coeur une amoureuse et une femme d’une grande générosité. Sur le chemin de ma vie, elle m’a appris à aller au risque de moi-même, de mes sentiments, de ma nature profonde. Elle fut une compagne attentive, sensible et dotée d’une intelligence du coeur remarquable. Elle portait sur la vie un regard toujours renouvelé et une attitude de gagnante. Je l’ai aimé et je remercie la vie de l’avoir placée sur ma route. Elle est morte en 2006 des suites de son lupus. Elle fut une grande combattante et ne laissa jamais sa maladie l’emporter sur ses rêves. Une intelligence vive, des yeux de braise, un sourire franc, provenant du coeur.

Peu importe où tu te trouves dans l’univers, je te salue, rend hommage à ton courage ainsi qu’à la beauté de ton âme.

Christian xxx

Chapitre XXXIX – La prison pour sauver ma bourse d’études (suite)

Chapitre XXXIX – La prison pour sauver ma bourse d’études (suite)

Fin de l’après-midi. Un policier vient me voir dans ma cellule du parc Victoria pour m’informer que dans quelques minutes nous devrions quitter pour la prison d’Orsainville. Les émotions qui m’habitent sont indescriptibles. Je ressens un mélange d’angoisse qui fait mal au ventre et de soulagement d’en finir une fois pour toute avec ces amendes qui se multiplient quand elles ne sont pas payées dans les délais. Des policiers me demandent de sortir de ma cellule. L’un d’entre eux me passe les menottes aux poignetx et m’invite à le suivre. Nous sortons de l’édifice par une porte située sur le côté. Direction : le fourgon qui nous conduira à la prison. À l’intérieur du véhicule, quelques détenus sont déjà assis, en attente d’un départ imminent.

Le trajet de la Centrale de Police à la prison d’Orsainville est surréaliste. Je me sens étranger et spectateur à ce que je vis. Je ne m’appartiens plus ! Je suis prisonnier et détenu contre mon gré par le système judiciaire. Pour la première fois de ma vie, je réalisais que notre société, par ses lois et sa capacité à les appliquer, peut nous priver de notre liberté. Une prise de conscience extrêmement forte du sens que l’on peut donner au mot liberté. Nous arrivons à Orsainville, pénétrons à l’intérieur des murs en passant par un système de sécurité qui impressionne les novices comme moi. Nous sommes dirigés dans une grande salle dans laquelle on nous demande de se dévêtir. Complètement nu, sous le regard des gardiens de prison, j’enfile de mes nouveaux vêtements de prisonnier. Prise de photos, prélèvement d’empreintes digitales, remise des vêtements et des effets personnels, signature de documents officiels. Me voilà prêt à me rendre à ma cellule.

Compte tenu de mon état de santé, on me dirige du côté de l’infirmerie. Il faut savoir que l’infirmerie n’a rien à voir avec un hôpital ou un CLSC quelconque .Nous sommes dans une section avec cellules fermées. Au bout du couloir, deux petites salles à manger, la cantine, une salle de télévision avec fumoir surveillée par des gardiens. Je réalise assez rapidement que les détenus qui s’y trouvent sont pour le moins atypiques. Il y a des gars comme moi qui n’ont pas payées leurs contraventions de stationnement, et il y a ceux qui sont en attente d’une sentence pour meurtre ou méfaits avec violence. Il y a aussi d’autres délinquants récidivistes, des malades mentaux et des ex-psychiatrisés de l’hôpital Robert-Giffard. Enfin, vous imaginez le tableau ! Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je me sens zen et assez tranquille d’esprit dans cet univers bigarré. Je m’intègre relativement bien. Je suis privé de ma liberté, c’est vrai, mais en même temps j’explore une voie pour la recouvrer : l’imaginaire.

Je rencontre le médecin, le psychologue, le criminologue, chacun d’eux cherchant à tracer un profil de ma personne et à comprendre pourquoi je me retrouve dans une telle situation. Suis-je un délinquant circonstantiel ou chronique (comme ma maladie !) ? Il fallait le faire : en prison et dépendant d’une machine pour vivre. Qui dit mieux comme concept de liberté !?

Le premier soir, dans ma cellule, quand ma porte et toutes les autres se referment, une drôle de sensation envahit mon âme ; celle d’une très grande solitude et d’un immense isolement. J’ai peur qu’il m’arrive quelque chose durant la nuit. Est-ce que les gardiens vont m’entendre si je me sens mal ? Je me raisonne et ça finit par passer.

MES TRAITEMENTS SOUS SURVEILLANCE

Comment les infirmières, les médecins et les patients qui me connaissent percevront-ils le fait que j’arrive en fourgon cellulaire, accompagné d’un gardien de prison pour me surveiller pendant mes traitements ? Poser la question c’est y répondre. J’explique la situation à tous ceux et celles qui veulent l’entendre. Après quelques traitements, les gens faisaient comme si de rien était. J’avoue que j’ai eu honte, mais je ne pouvais m’y attarder. La situation exigeait plus de force de ma part. La présence de mon gardien finit par ne plus me déranger. Il se faisait discret et compréhensif face à ma situation. Je trouvais un peu inconcevable que la société envoie en prison des citoyens pour des contraventions non-payées. Surtout que ma situation de santé pouvait expliquer le fait que je me sois retrouvé dans de tels mauvais draps. Enfin, je ne veux pas revenir sur le sujet puisque le gouvernement condamne maintenant à des travaux compensatoires les contrevenants mauvais payeurs.

APRÈS ONZE JOURS D’EMPRISONNEMENT : LA LIBERTÉ !

Je me suis tellement bien intégré à l’univers des détenus que le responsable de la cantine m’offre d’assumer la gestion de celle-ci. Il devait quitter incessamment l’infirmerie. Je ne sais trop pour quelle raison, il a pensé à moi. J’avoue que cette possibilité m’a déstabilisé quelque peu. Moi, tout ce que je voulais, s’était sortir au plus vite de ce monde carcéral. Je me dit que ça n’a pas de sens qu’il pense à moi en connaissant les raisons de ma condamnation. Je m’interroge en pensant qu’il est peut-être de connivence avec la direction pour me faire peur. Il ne faut pas oublier que j’ai une condamnation de deux mois et quelques jours pour mes amendes non-payées.
La onzième journée de détention fut la dernière À mon grand soulagement, tôt dans la matinée du onzième jour, on m’annonça que j’étais libéré sur le champ. J’ai recouvré ma liberté comme l’adolescent retrouve sa première blonde après l’absence d’un été. Mon père m’attendait à la sortie. J’étais juste heureux de quitter ce mauvais rêve. Vous voyez, je parle de mon père et je m’ennuie de lui. Une pensée pour toi Rudy.

Chapitre XXXIX – La prison pour sauver ma bourse d’études

Chapitre XXXIX – La prison pour sauver ma bourse d’études

Comme je vous le mentionnais, suis étudiant à la maîtrise à l’Université Laval. Ma santé s’améliore doucement. Je décide de louer une petite chambre sur le campus pour économiser du temps, de l’argent et aussi pour être sur place pour faciliter mes études. Je me fatigue rapidement. Le fait d’avoir accès à mon lieu d’étude et de repos facilite la gestion de mes énergies. J’émerge de plusieurs mois d’hospitalisation et d’une greffe non réussie. Dans l’année qui s’est écoulée, j’ai accumulé un certain nombre de billets d’infractions dûs au stationnement dans les rues de Québec. J’avoue que ma négligence est proverbiale par rapport aux billets d’infractions. Mon état de santé s’étant fragilisé, les revenus de ma petite firme de communication l’ont été aussi. Je suis assis tranquillement à mon bureau de travail dans ma chambre du pavillon Parent de l’Université Laval. Il doit être 11h00. J’entends frapper à ma porte. J’ouvre. Ce sont deux policiers de la ville de Québec qui se présentent à moi avec un mandat d’arrêt pour des amendes non payées. Ils me demandent de les suivre au poste du parc Victoria. Je me sens mal de me retrouver dans une telle situation. Je n’ai pas le choix, je m’incline devant l’insistance des policiers. Je quitte à bord de l’auto fantôme des constables en direction du poste. Arrivés sur les lieux, un agent procède à mon identification et m’avise de la somme des amendes réclamée. Il m’informe relativement aux mesures qui seront prises contre moi si le paiement n’est pas effectué sur le champ. Je demande la permission de faire un appel téléphonique afin de communiquer avec mon père. J’explique ma situation un peu particulière à ce dernier et lui demande conseil. Je ne veux pas demander de l’argent à mes parents, ils ont fait largement leur possible depuis que je suis malade. Enfin, je réfléchis quelques minutes et demande au policier de faire sortir un jugement de la cour municipale et de vivre la sentence de prison que le juge prononcera. Dans les faits, j’ai l’argent pour payer les amendes dûes à la ville, mais cet argent est ma bourse d’études. Celle-ci doit m’aider à subvenir à mes besoins de base et défrayer les coûts inhérents aux frais d’inscription de ma session. Je ne peux et ne veux pas me retrouver dans l’incapacité de poursuivre ma maîtrise. Mes cours à l’université contribuent à ma santé morale et physique. Peu importe la décision du juge qui n’est pas au courant de ma situation, je vivrai avec sa décision. Je ne me suis pas présenté en personne devant le juge. J’ai fait confiance au policier. J’ai été condamné à quelques mois de prison pour le non-paiement des amendes lié au stationnement. Je vous rassure, je n’ai pas eu à faire tout ce temps.