Chapitre XLII – Le parapluie

J’habite le 0B des Remparts à Québec. Vous le savez, je vous en ai parlé dans l’un des chapitre précédent. Ma santé est au beau fixe. Je poursuis mes traitements à raison de trois fois par semaine. Nous sommes en 1993 et je commence ma troisième année de dialyse à L’Hôtel-Dieu de Québec. Je me souviens, j’avais remarqué qu’une jeune fille vivait en bas de chez-moi, au 0A. Je la trouvais d’une grande beauté. Une beauté qui va droit au coeur et à l’âme. Je savais qu’elle vivait avec des colocataires, mais sans plus.

Je me gardais en bonne condition physique en faisant beaucoup de vélo. Le chant choral occupait une grande place dans mon horaire de la semaine. Je commençait à remonter à la surface, à émerger de l’ombre, et j’en étais très heureux. Ma vie affective et surtout sexuelle reprenait tous ses droits.

GRÂCE À UN PARAPLUIE J’AI RENCONTRÉ LA FEMME DE MES RÊVES

Quelques semaines auparavant, je suis invité à une soirée festive. L’un des colocataires de la fille vivant à l’appartement au bas de mon immeuble m’invite à une surprise party. Je décline amicalement l’invitation, car une réunion du conseil d’administration des Jeunes entreprises du Québec Métropolitain était à mon agenda. J’étais membre de cet organisme en tant que responsable aux communications et de l’animation de la soirée du vingtième anniversaire de l’organisation. Si je me souviens bien, nous soulignions cet évènement au Capitole de Québec en mai 1994.

À l’occasion, j’apercevais sur la rue cette magnifique jeune femme aux yeux de velours et à l’allure un peu européenne. Je ne regrettais pas ma non présence à la petite soirée qui avait eu lieu chez elle. Elle m’intéressait vivement, mais je considérais que le moment n’étais pas venu d’établir un véritable premier contact. L’occasion me serait offerte un soir de pluie diluvienne où je me rendait au Capitole de Québec pour animer le gala.

COUP DE FOUDRE VENU DU CIEL

Voilà, je suis prêt. Toxedo, plastron et noeud papillon sont mes vêtements de maître de cérémonie. Dans quelques minutes, j’irai animer le gala du vingtième anniversaire des Jeunes Entreprises du Québec Métropolitain. Il pleut des cordes. J’appelle une voiture pour me rendre sur les lieux de la cérémonie. Toutefois, j’ai un problème : je n’ai pas de parapluie. Je décide de cogner à la porte d’à côté, celle de mon voisin de palier. Pas de réponse. Il ne me reste qu’une alternative, celle de me rendre chez ma voisine du premier pour lui demander si elle a un parapluie à me prêter.

Mon coeur palpite alors que je sonne à sa porte. C’est elle qui me répond, la voie enrhumée, accablée par une très mauvaise grippe. Un drôle de sentiment m’envahit. J’ai une folle envie de la prendre dans mes bras, de la serrer contre moi et de demeurer avec elle pour la soigner. Je lui demande si elle a un parapluie à me prêter pour la soirée. Elle me répond que oui et s’excuse de sa condition. Je suis totalement sous le charme. Je sais que je viens de rencontrer celle qui sera le plus grand amour que je vivrai. Je crois qu’elle sait elle aussi que quelque chose de magnifique vient de lui arriver. Ma soirée au Capitole a été magique, tout me réussissait. J’anticipais le moment où j’irai lui remettre son parapluie.

Je savais seulement qu’elle s’appelait Nathalie. Le lendemain, comme de raison, le parapluie devenait le prétexte idéal pour la voir à nouveau. Elle était belle comme un champ de blé blond, les cheveux mi-longs un peu au dessus des épaules, les yeux qui pleurent de beauté, une bouche comme un fruit d’été, une lumière dans le regard qui rend l’âme heureuse. Nous savions tous les deux que nos destins allaient se croiser, nous en avions la certitude. J’ai appris qu’elle avait un amoureux qui demeurait à deux pas de notre immeuble. Elle le fréquentait depuis quelques années. Je ne sentais pas qu’elle en était follement amoureuse. Le temps, comme toute chose, avait probablement refroidit les élans du coeur. Peu importe, je la désirais ardemment et à n’importe quel prix. Elle m’avait ouvert la porte de son coeur par un simple regard. Je ne manquerais pas de répondre à cet appel de l’amour.