Je sais que ma vie est beaucoup plus difficile avec cet insuffisance rénale. La dialyse n’est pas un traitement facile. Elle exige beaucoup sur le plan corporel et psychologique, mais il n’y a pas cent milles façons d’aborder une telle réalité. Il faut envisager la vie un jour à la fois, apprendre à conjuguer l’existence au temps présent. Il faut savoir éloigner comme la peste les gens négatifs qui grugent de l’énergie positive. Il faut rêver ! Il faut se percevoir positivement, croire en soi malgré notre fragilité de santé. Je crois que nous devons nous recentrer, augmenter notre force mentale et spirituelle. J’entends par « spirituelle » notre rapport au monde, notre regard sur la vie. Notre philosophie du bonheur doit se moduler vers une quête de beauté et d’authenticité. Il ne faut pas crier à l’injustice et au mauvais sort contre soi. L’attitude positive constructive peut faire la différence dans l’acceptation des deuils causés par la maladie ou une déficience physique. Augmenter sa volonté, sa résistance à la douleur et sa résilience aux imprévus de toutes sortes. Nous devons à tout prix demeurer combatifs, imaginatifs, vindicatifs même, s’il le faut ! Refuser de se laisser infantiliser par qui que se soit, entre autres par le système de santé (médecins, infirmières, préposés(es), etc..) et la famille immédiate. La solitude est un état qu’il faut apprendre à apprivoiser ! Meubler sa solitude, la nourrir de soi, faire qu’elle soit pleine et ronde comme la vie. Face à la maladie comme devant la mort, nous devons assumer la solitude comme seule et unique compagne. Bien sûr, il y a les amis, les parents et toutes les autres personnes qui peuvent ponctuellement nous accompagner sur la route de notre vie. Il faut très tôt savoir que face à notre existence, nous avons la responsabilité ultime d’assumer seul un certain nombres d’étapes incontournables. La quête de soi et la compréhension du monde qui nous entoure nécessitent une capacité d’intériorité et de recul. Toute ma vie, j’ai eu l’étrange impression d’être à la fois acteur et spectateur de ma propre épopée. Comme si j’étais capable de m’élever au dessus des événements, de les visualiser comme des petits films et d’être témoin privilégié des différentes scènes de mon quotidien. Ce rapport à ma vie en double dimensions dédramatise, à mes yeux, certaines réalités parfois plus difficiles à vivre. Félix Leclerc, que vous connaissez sûrement, considère la vie comme un rêve éveillé. Je suis d’accord avec notre poète. Chacun d’entre nous doit s’élever au dessus du réel pour saisir l’éphémèrité de la vie. Il ne s’agit pas de baisser les bras devant les réalités objectives de notre condition humaine sur cette planète, mais nous devons situer notre propre parcours par rapport à l’univers et notre place au sein de celui-ci.
avr
05
2009
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