Archives du avril, 2009

Chapitre XXXVIII – La descente aux enfers

Chapitre XXXVIII – La descente aux enfers

Quelques semaines se sont écoulées depuis la greffe. Ma chambre est remplie de fleurs, elle est un véritable jardin plein d’odeurs printanières. Ma créatinine commence à s’amuser dans les hauteurs. Je suis angoissé. Tout allait si bien! Mon néphrologue diagnostique un rejet. Le combat n’est pas gagné, loin de là. Il fait beau dehors. Le soleil est comme un immense champ de blé qui s’étend à perte de vue dans un horizon sans fin. Je crois qu’il s’agit du plus bel été depuis plusieurs années.

Je reçois des quantités de cortisone à faire veiller tard le plus grand des couche-tôt. Mon visage ressemble à une pleine lune. D’ailleurs, l’une de mes tante, lors d’une sortie thérapeutique chez mes parents, s’est tordue de rire à la vue de mon visage si étroit en temps normal et si rond petit patagon après quelques bonnes doses de cortisone. Malgré ma fierté reconnue, je n’en fais pas de cas. Ma greffe est plus importante que la rondeur lunaire de mon visage. J’ai tellement faim que je boufferais tout le temps, surtout des gâteaux frais de chez le pâtissier. Mon greffon subit les assauts répétés de mes anticorps qui sont d’une grande férocité et sans pitié pour le nouvel arrivant. Je dois combattre des virus de toutes sortes. Ma condition et celle de mon greffon ne s’améliorent pas. Je commence à réaliser que si je conserve la fonction de mon rein greffé, elle sera beaucoup diminuée.

Je reçois souvent de la belle visite. Parents et amis viennent partager mon nouveau bonheur, ma nouvelle vie. Un après-midi, je vois arriver celle que j’avais laissée pour retourner vivre avec la mère de ma petite fille. Elle est accompagnée de sa sœur cadette. Sa présence me rend un peu mal à l’aise, mais j’apprécie cette délicate attention. Ma petite fille Anne vient me voir avec sa maman une à deux fois par semaine. Chaque fois, c’est la fête dans mon cœur. Voir ma petite fleur d’amour me redonne du courage et de l’énergie. Durant mes sorties de l’unité de la greffe, je vais la voir à la maison, chez elle. Je suis encore très émotif en sa présence, je m’ennuie de cet enfant.
Finalement, je passerai pratiquement tout l’été hospitalisé à combattre des rejets qui se succèdent à un rythme décourageant. La mère de ma fille espace ses visites avec Anne. Elle a apprise la venue de Odette, mon autre ex compagne. Elle le prend mal et en résultante je ne vois pratiquement plus ma fille. Je suis de plus en plus inconfortable avec mon greffon qui répond de moins en moins à l’appel. Je commence à réaliser que je peux le perdre. Je me prépare psychologiquement à la fin du rêve et au retour à l’hémodialyse. Vous savez, sur le plan psychologique, le fait d’être greffé et de se retrouver dans l’univers des patients de la greffe apporte une valeur ajoutée à sa propre perception et celle des autres. Les patients de la greffe sont pris en charge et suivis de façon très encadrée.

Nous sommes au mois d’août 1991. Le plus bel été depuis des années tire à sa fin. Je me résigne. Mon greffon a perdu la bataille, il a pratiquement rendu l’âme. Un deuil très difficile s’annonce. Je ne le réalise pas encore. Je suis sous l’effet de forte dose de cortisone, boosté à bloc par une énergie artificielle. Ce que je sais, c’est que je suis en période de rejet de mon greffon. Il n’est pas assez fort pour faire face à ma réalité. Je n’en veux plus ! J’ai une drôle de réaction. Autant je l’ai désiré, autant je veux maintenant qu’il sorte de mon corps. Pour moi, il n’a pas été à la hauteur, je ne l’aime plus.

LE 26 AOÛT 1991, JE SUBIS L’ABLATION DU GREFFON

Le 25 août au soir, je suis transféré dans une chambre du dixième étage. Je me sens seul, abandonné, rejeté, comme mon greffon. Ma chambre est triste, sans télévision ni téléphone, et beaucoup trop grande pour un seul lit. J’ai l’impression d’avoir failli aux attentes de l’équipe de la greffe, à celles de mes parents et amis, celles du donneur et de la vie. Pour la première fois, je me sens comme un perdant. Le 26 août au matin, je subis l’ablation de mon greffon. Il me faisait mal. Il était devenu toxique pour mon corps et néfaste pour ma santé. Je remonte à ma chambre. Personne ne m’y attend. C’est une journée morose comme j’en ai rarement vécues dans ma vie. La douleur est intense et persistante sur le site de la chirurgie. Je me sens moche et malade. J’ai le sentiment de vivre l’ombre après la lumière. Je n’ai pratiquement plus de visite, sauf celle d’Odette qui se doute que je vis un passage à vide très sérieux. Elle est là, présente pour subvenir à mes besoins et toujours amoureuse. J’ai follement envie de m’évader de la réalité, de ma réalité ! L’injection du dilodile, puissant narcotique qui soulage la douleur, représente ma seule porte de sortie. Pendant ces quelques minutes, l’effet enlève complètement la douleur et l’on se retrouve dans un état second merveilleux. Une semaine d’hospitalisation et je reçois mon congé. Nous sommes début septembre, l’automne s’installe petit à petit. Je dois me relever de trois mois d’hospitalisation en plus d’accepter la perte de mon greffon et mon retour forcé à l’hémodialyse. Il faudra du courage et une volonté à toute épreuve pour faire face à ce destin qui s’acharne. Je puiserai au plus profond de moi-même, avec l’aide et l’amour d’Odette. J’éviterai de couler à pic comme un bateau blessé à mort par la mer. Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que j’aurai à attendre onze années avant de me réconcilier à nouveau avec la vie. Je m’installe avec Odette. Je me donne un peu de temps pour ma convalescence. Je décide de m’inscrire à la maîtrise au département des Communications à l’Université Laval. Il faut que je me prenne en main, que je me réactive et m’implique dans un projet qui contribuera à améliorer mon estime personnelle. Ma santé est fragile. J’attrape tout ce qui passe comme virus. Mon système immunitaire est à plat. Mon hémoglobine est à 100 et j’ai de la difficulté à me concentrer. Je crois que j’ai réussi, après moult rencontres pour mon admission, à m’inscrire à la session d’automne de l’université. Je n’en mène pas large, mais c’est de ma survie psychologique qu’il s’agit, et elle n’a pas de prix ! Je reçois des prêts et bourses du gouvernement, ce qui me permet de subvenir à mes besoins, du moins pour l’essentiel.

Chapitre XXXVII – Ma première greffe rénale

Chapitre XXXVII – Ma première greffe rénale

Nous sommes le 26 mai 1991. Je reçois le plus précieux des cadeaux : un don d’organe. Je suis hémodialysé depuis le 7 avril dernier, quel coup de chance ! J’ai un appel de l’Hôtel-Dieu de Québec. Au bout du fil, j’entends le docteur Jean-Guy Lachance m’annoncer qu’il a un rein pour moi. Je suis fou de joie ! C’est bizarre, j’essaie de me souvenir où j’étais et avec qui, mais j’ai tout oublié. Ce dont je me souviens, c’est mon arrivée à l’unité de la greffe rénale. Je crois qu’il est environ 18h00 le 25 mai 1991. Je passe tous les tests d’usages, on me fait d’innombrables prises de sang, on me rase, m’installe un soluté, on signe les documents officiels, puis je rencontre les spécialistes. Je suis fébrile. Je pense que je ne dormirai pas beaucoup la nuit prochaine. Je suis habité par une émotion spéciale, comme l’impression d’une réconciliation avec la vie. Je suis heureux de vivre. J’ai une pensée toute affective pour la personne qui me fait le don de son rein. Je me sens en harmonie avec l’univers.

Les heures s’écoulent jusqu’au petit matin. J’ai hâte que la civière arrive avec mon rein placé à l’intérieur d’une petite glacière. Il m’accompagnera jusqu’à la salle d’opération. Il sera ma délivrance, l’espoir d’une vie nouvelle, l’espérance de recouvrer ma liberté face à la machine.

Je me souviens du transport jusqu’au troisième étage, lieu où se trouve le bloc opératoire. Quelle fierté ! Je vivais un moment indescriptible de plénitude et de joie. J’entre dans la salle d’opération, je remarque toutes ces lumières comme des soleils au dessus de la table sur laquelle on me greffera mon rein. Les brancardiers, avec l’aide du personnel de l’équipe médicale, me glisse de la civière à la table. On me prépare minutieusement. Les infirmières sont attentionnées et contentes pour moi. Tranquillement s’avance l’urologue qui procédera à la transplantation. Il s’agit du docteur Naud, éminent chirurgien qui n’en n’est pas à sa première greffe. Il me parle un peu, me rassure. Quelques minutes plus tard, s’approche de moi l’anesthésiste qui me demande si je me sens bien. Au moment de lui répondre, je quitte doucement le réel pour me retrouver dans un état d’absence totale. J’ai toujours aimé ce passage à vide lors des anesthésies générales.

Je ne sais pas combien de temps a duré l’opération, sûrement quelques heures. Je reviens au monde tranquillement, doucement. Une infirmière est près de moi. Elle mentionne mon nom à quelques reprises. J’ouvre les yeux, elle me regarde tendrement et me rassure immédiatement sur le succès de la transplantation. Je suis à la salle de réveil de l’hôpital. Je ne trouve pas les mots pour vous décrire les émotions qui traversent mon esprit et mon cœur. Je suis dans un état de bonheur total, je vis un moment de grâce et de félicité ! Je n’avais jamais été aussi heureux.

Après quelques heures à la salle de réveil, un brancardier me remonte à ma chambre au septième étage. Je suis branché de partout, mais le plus important est la sonde qui se trouve à l’intérieur de mon pénis et qui reçoit l’urine de mon nouveau rein. L’urine se dirige dans un conduit en forme de tubulure jusqu’au sac de réception. Mon nouveau greffon fonctionne à plein régime. L’opération est un succès. Le véritable combat commence ! On se demande comment les anticorps de mon organisme réagiront face à la présence de ce corps étranger. L’équipe de la greffe rénale est immédiatement au travail. On diminue le système immunitaire par la prise de médicaments anti-rejet. Rien n’est laissé au hasard. La première semaine d’hospitalisation est très positive. La créatinine et l’urée contenues dans mon sang ont des valeurs normales. J’absorbe des doses quotidiennes de cortisone pour suppléer à mon système de défense fragilisé volontairement par mon néphrologue.

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin (suite)

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin (suite)

Un élément fondamental dans la vie humaine, c’est de croire en l’amour.L’amour peut transcender notre rapport à nous-même et au monde. La maladie ou une déficience physique peut freiner notre élan au désir amoureux. Peur du rejet, de ne pas être à la hauteur de nos propres attentes et celles de l’autre. Il est vrai que l’on ne peut aimer quelqu’un d’autre si l’on ne s’aime pas soi-même. Il ne faut pas envisager la maladie comme une faiblesse, mais plutôt comme une force. C’est une occasion de grandir intérieurement, de développer des attitudes et une beauté qui sauront être remarquées par des personnes de qualités qui savent voir avec les yeux de l’intelligence du cœur. Je terminerai en insistant sur l’importance de la perception de soi-même. Quand je termine un traitement, je ferme la porte de l’hôpital et j’y laisse derrière ma déficience. Je vis pleinement et reste ouvert à tous les plaisirs de la vie, petits ou grands. Je ne nie pas ma maladie, mais je me refuse à lui laisser trop de place. Je ne me comporte pas en victime et ne recherche pas la sympathie d’autrui. J’apprécie la compréhension de mes amis et leur fraternité. J’en ai besoin pour vivre. Toutefois, ceux qui me connaissent savent que ma quête du plaisir et du bonheur dépasse les obstacles dûs à ma situation de santé. J’ai vécu mon plus grand amour en situation de santé fragilisée. Cette relation amoureuse a duré huit années. Mon amour pour cette femme et l’œuvre de son père ont transcendé tous les combats, toutes les batailles. Ma force mentale et spirituelle était tellement grande que rien ne pouvait faire obstacle à la réalisation de mon rêve. Je le sais parce que je l’ai vécu : l’amour peut permettre à l’homme le dépassement de soi et l’accomplissement de ses rêves.

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin ?

Chapitre XXXVI – Comment ne pas se laisser abattre par le destin ?

Je sais que ma vie est beaucoup plus difficile avec cet insuffisance rénale. La dialyse n’est pas un traitement facile. Elle exige beaucoup sur le plan corporel et psychologique, mais il n’y a pas cent milles façons d’aborder une telle réalité. Il faut envisager la vie un jour à la fois, apprendre à conjuguer l’existence au temps présent. Il faut savoir éloigner comme la peste les gens négatifs qui grugent de l’énergie positive. Il faut rêver ! Il faut se percevoir positivement, croire en soi malgré notre fragilité de santé. Je crois que nous devons nous recentrer, augmenter notre force mentale et spirituelle. J’entends par « spirituelle » notre rapport au monde, notre regard sur la vie. Notre philosophie du bonheur doit se moduler vers une quête de beauté et d’authenticité. Il ne faut pas crier à l’injustice et au mauvais sort contre soi. L’attitude positive constructive peut faire la différence dans l’acceptation des deuils causés par la maladie ou une déficience physique. Augmenter sa volonté, sa résistance à la douleur et sa résilience aux imprévus de toutes sortes. Nous devons à tout prix demeurer combatifs, imaginatifs, vindicatifs même, s’il le faut ! Refuser de se laisser infantiliser par qui que se soit, entre autres par le système de santé (médecins, infirmières, préposés(es), etc..) et la famille immédiate. La solitude est un état qu’il faut apprendre à apprivoiser ! Meubler sa solitude, la nourrir de soi, faire qu’elle soit pleine et ronde comme la vie. Face à la maladie comme devant la mort, nous devons assumer la solitude comme seule et unique compagne. Bien sûr, il y a les amis, les parents et toutes les autres personnes qui peuvent ponctuellement nous accompagner sur la route de notre vie. Il faut très tôt savoir que face à notre existence, nous avons la responsabilité ultime d’assumer seul un certain nombres d’étapes incontournables. La quête de soi et la compréhension du monde qui nous entoure nécessitent une capacité d’intériorité et de recul. Toute ma vie, j’ai eu l’étrange impression d’être à la fois acteur et spectateur de ma propre épopée. Comme si j’étais capable de m’élever au dessus des événements, de les visualiser comme des petits films et d’être témoin privilégié des différentes scènes de mon quotidien. Ce rapport à ma vie en double dimensions dédramatise, à mes yeux, certaines réalités parfois plus difficiles à vivre. Félix Leclerc, que vous connaissez sûrement, considère la vie comme un rêve éveillé. Je suis d’accord avec notre poète. Chacun d’entre nous doit s’élever au dessus du réel pour saisir l’éphémèrité de la vie. Il ne s’agit pas de baisser les bras devant les réalités objectives de notre condition humaine sur cette planète, mais nous devons situer notre propre parcours par rapport à l’univers et notre place au sein de celui-ci.

Chapitre XXXV – Ma première dialyse

Chapitre XXXV – Ma première dialyse

Le 7 avril 1991. J’ai trente-sept ans et débute pour moi l’entrée dans l’univers de la mère-machine. La médecine a fait des progrès formidable concernant le traitement de l’insuffisance rénale terminale. Mes premiers traitements ont débuté à l’époque du docteur Yves Warren, néphrologue à l’Hôtel-Dieu de Québec et pionnier, avec d’autres collègues, de l’avancement médical, scientifique et technologique du traitement par l’hémodialyse.

Depuis mon enfance, j’ai toujours eu une peur bleue des aiguilles. Drôle de coup bas du destin. Six à huit semaines auparavant, une chirurgie consistant en la fabrication d’une fistule avait été nécessaire. Une fistule permet une voie d’accès au réseau sanguin. Il s’agit de connecter une veine simple à une veine artérielle. La veine simple se développe à la réception de l’afflux sanguin de l’artère. En général, les fistules sont créées sur le biceps du bras gauche ou au haut du poignet. Le traitement débute par l’insertion des aiguilles au niveau de la fistule.

Voilà, j’y suis ! Je débute dans quelques minutes mon premier traitement qui me permettra de continuer à vivre. J’espère une greffe rénale le plus tôt possible. Je suis dans un univers de machines, d’alarmes, de clignotants et de tubulures rouges de sang. Un drôle de sentiment m’anime. J’ai hâte parce que mon corps en a un urgent besoin, mais même temps j’appréhende l’insertion des aiguilles qui sont grosses comme des clous de finition. Je n’ai pas hâte de voir mon sang sortir de mon corps. Franchement, je trouve la situation surréaliste. J’ai envie de brailler comme un enfant tellement je ne m’appartiens plus. L’infirmière me rassure et commence l’insertion de la première aiguille. Je détourne la tête et ferme les yeux. Je ne veux pas voir la scène. Une douleur évidente au site de ponction de la première aiguille. La deuxième suit immédiatement et est raboutée à la tubulure. Je vois mon sang sortir de mon corps pour la première fois. Mon sang se dirige vers le rein artificiel qui filtre mes déchets et enlève la quantité des liquides nécessaire pour le maintien d’un poids corporel santé établi selon les critères du médecin. Dorénavant, je devrai m’astreindre à douze heures de traitements : trois fois par semaine, quatre heures à chaque présence à l’hôpital. Le prix à payer pour la vie ! Merci à la médecine, à la société et notre époque. Je suis venu au monde dans un pays riche doté d’un système de soins de santé universel accessible au plus riche comme au plus pauvre. Je reconnais ma chance et remercie la société pour cette contribution inestimable.

Chapitre XXXIV – Un verdict implacable

Chapitre XXXIV – Un verdict implacable

J’arrive à l’urgence. Je demande une chaise roulante pour me transporter à l’intérieur. Vous connaissez la procédure : prise de sang, tension artérielle, vérification du taux d’oxygène dans le sang, rencontre avec l’inhalothérapeute, l’urgentologue et autres spécialistes. Évidemment, ils ont en main mon dossier médical qui à cette époque n’avait pas la voluminosité d’aujourd’hui. Il est certainement 3h00 du matin quand s’approche de moi le docteur Gérald Guay, néphrologue de l’hôpital. Il porte un sarrau blanc et de petites lunettes de lecture qui sont bien installées sur le bout de son nez. Il m’interpelle de la façon suivante :

- « Mon cher ami, j’ai deux nouvelles pour vous, une bonne et une mauvaise. Je commence par laquelle ? »
- « Commencez par la mauvaise. », que je lui répond. Il m’annonce que mon rein ne fonctionne pratiquement plus et que je dois envisager la dialyse à court terme, c’est-à dire d’ici deux mois maximum.
- « Maintenant, la bonne nouvelle est que vous êtes arrivé en temps à l’urgence. Vous faites une péricardite ( inflammation de l’enveloppe du cœur ). »

Voilà, la fatalité, le destin, marquait de son sillon la route de ma vie. Mes premières pensées vont à ma fille. Je sais qu’à partir de cet instant mon existence ne sera jamais plus la même. J’avais eu l’occasion, par le passé, de visiter l’unité d’hémodialyse. J’avoue que ça m’angoisse sérieusement. Quel paradoxe ! Moi qui aimait par dessus tout la liberté, la vie à toute vitesse, l’autonomie, l’indépendance. Je me retrouve vulnérable, fragilisé et lié à une machine pour vivre. Ouf ! Respirons par le nez ! Je suis hospitalisé pendant une dizaine de jours au septième étage de l’Hôtel-Dieu. Je communique la nouvelle à ma famille et mes amis. Mon entourage m’offre le soutien nécessaire. Dans une telle situation, on a besoin de réconfort affectif et psychologique. Vous savez, je suis un homme déterminé et extrêmement combatif. Je ne supporte pas les gens négatifs et pessimistes. J’ai appris qu’il faut savoir sélectionner les êtres qui nous accompagnent le long de la route. Quand on se retrouve avec une insuffisance rénale chronique, la gestion de ses énergies est très importante. La force du mental et l’attitude sont déterminantes pour faire face à la maladie ou à une déficience physique chronique. Je me souviens, j’étais dans une chambre à deux lits. Le gars qui partageait cette chambre avec moi venait de faire une péritonite ( inflammation du péritoine ). Il se plaignait constamment de son état. Il disait que la vie était injuste, qu’il devrait vendre son commerce, que sa vie était finie. Enfin, vous imaginez le discours. Il est vrai que de subir quatre fois par jour le traitement de la dialyse par la cavité du péritoine, ce n’est pas évident, j’en conviens. Mais je ne pouvais pas supporter son attitude défaitiste, surtout que sa femme était aux petits soins pour lui, et que dans les faits, malgré sa déficience, il pouvait poursuivre les opérations quotidiennes de son commerce. Pour ce faire, il fallait qu’il fasse preuve de volonté, de courage et de détermination. Je ne pouvais tellement plus supporter son défaitisme que j’ai demandé un transfert de chambre. Je crois que sur le plan psychologique, je ne pouvais accepter la vision d’un perdant, d’une personne qui baissait les bras devant l’adversité. J’avais le sentiment que ma propre survie exigeait une attitude de gagnant. J’étais conscient que la vie m’engageait dans un processus de deuil au quotidien. Je me refusais à une perception négative de ma personne. Je voulais vivre intensément et aller au bout de mes rêves, malgré les immenses sacrifices que la vie m’obligeait à faire.

Chapitre XXXIII – Je dois quitter

Chapitre XXXIII – Je dois quitter

Dans quelques semaines, Anne aura un an. Dans l’ensemble, la vie se déroule relativement bien. Elle est en bonne santé, elle prend du poids et sourit souvent. Ma relation avec la maman est plus confortable malgré mes petits coups de blues de mon ancienne jeune vie.

Un jour, je reçois un appel de celle que j’ai laissé pour retourner vivre avec la mère de mon enfant. J’ai encore beaucoup d’attachement pour cette femme. Je suis prêt à la rencontrer pour lui faire part de mon évolution. Je voulais qu’elle sache que j’arrivais à trouver l’équilibre et le bonheur auprès de ma petite et de sa mère. Je la rencontre donc dans un bistro de la rue Cartier, endroit bien connu des habitués de ce secteur de Québec. La discussion est franche, émotive par moment, mais je me sens plus solide. Mes assises mentales et émotionnelles sont plus claires et assurées. Je sais que je suis encore vulnérable en sa présence. Mon amour pour elle a réellement existé et survivrait encore si la passion était ranimée. Plusieurs heures s’écoulent pendant que nous discutons, que nous nous remémorons et faisons le point sur la fin de notre vie à deux. Nous finissions par se quitter en se souhaitant le meilleur. Je retourne chez moi la conscience tranquille, soulagé que cette dernière rencontre soit demeurée civilisée, sans pleurs ni grincements de dents ! J’arrive à la maison, salue ma compagne qui est dans un état de colère non contenu. Je la questionne, lui demande ce qu’il se passe ? Elle m’avise qu’elle vient de recevoir un appel téléphonique pour l’informer que j’étais dans un bistro avec mon ancienne compagne. Je n’ai pas le temps de placer un mot qu’elle me demande de faire mes bagages et de quitter la maison. Sa décision est sans appel ! Je place l’essentiel dans des sacs verts et je quitte la maison le cœur brisé par la tournure des événements. Je cogne à la porte de mes parents pour la suite immédiate des choses.

Je tente, dans les semaines qui suivent, de me réconcilier avec ma compagne. Toute cette démarche ne trouve pas l’écho espéré. Je me résigne et m’entend avec elle pour rester en contact avec ma fille. Je songe sérieusement à quitter Québec pour m’installer à Montréal. Le marché de Montréal dans le milieu des communications et des médias est en effervescence et mes chances de trouver des contrats sont bonnes. Je voulais aussi prouver ma bonne foi, donner au temps le temps qu’il faut pour rétablir les ponts affectifs avec la mère de mon enfant. Enfin, vous comprenez ma démarche.

LE SOIR DU PREMIER ANNIVERSAIRE DE MA FILLE

Nous sommes le 16 janvier 1991. Nous soulignons le premier anniversaire d’Anne. Parents et amis sommes réunis autour de cet événement significatif dans la vie de ma fille. Au cours de la journée, je me suis rendu à la maison pour aider aux préparatifs et à l’accueil des convives. Je me sens anormalement fatigué. Depuis quelques semaines, je sens, je sais qu’il se passe quelque chose d’anormal sur le plan de ma santé. Je n’en fais pas de cas. Je poursuis comme si de rien était. La soirée avance rondement, j’aide du mieux que je peux pour que cette fête soit une réussite. Je dois quitter le lendemain matin pour Montréal. J’irai habiter chez mon beau-père le temps de m’organiser et de signer un contrat dans la cité de Maisonneuve. Je me sens très mal au cours de la soirée. Mes jambes sont anormalement enflées. J’ai de la difficulté à marcher, je ne vais pas bien du tout ! Il reste quelques membres de la famille de la mère de ma fille. Il est 23h00, je quitte de peine et de misère la maison. Je réussis à embarquer dans mon Jeep en me traînant et m’accrochant à bout de bras à la portière du véhicule. Là, je suis conscient qu’il se passe des choses étranges dans mon corps. Je me dirige à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Québec. Je me dis que mon projet de partir pour Montréal ne trouvera jamais son aboutissement. Une intuition qui s’avèrera fondée.

À Mireille : Mon amour d’amie

À Mireille :  Mon amour d’amie

Papillon multicolore, tes ailes battent la mesure
de ta beauté, ta liberté, ta fantaisie
Tu m’attires comme la fleur du printemps
à la vie renaissante
Tu es force et fragilité comme la métamorphose
de ta nature ailée
Ton pays, celui du vent et des grands espaces,
je le reconnais en toi
Mon sentiment est unique, indéfectible
Traversera le temps, traversera les ans
Une empreinte subsistera : l’odeur parfumée
de ton battement d’ailes.
À bientôt, pour toujours mon amour d’amie.