Archives du mai, 2009

Chapitre LV:Les grandes manoeuvres (Suite)

Chapitre LV:Les grandes manoeuvres (Suite)

Raymond et Françoise sont arrivés sur l’île D’Orléans. Je sens qu’ils sont heureux tous les deux de se retrouver au pays de nos ancêtres. J’ai déniché une petite maison à quelques mètres d’une auberge connue des gens de l’île et des visiteurs. Je travaille fort pour faire de cet évènement artistique un véritable succès. Je communique avec l’adjoint politique de la ministre de la Culture, Agnès Maltais.
J’aimerais que le gouvernement du Québec profite d’un des soirs de spectacle pour rendre hommage à cet immense poète de l’imaginaire, ami des Québécois et de notre troubadour national.
La soirée du vendredi soir est sous la présidence d’honneur de monsieur Bernard Landry. Je réussis à convaincre les politiques de la pertinence du moment.Il s’agit assurément du dernier spectacle de l’artiste en sol québécois. Il ne faut pas oublier qu’il sera bientôt octogénaire. Je suis persuadé que Devos offre au public québécois sa dernière grande prestation sur une scène du pays.
Je veux vraiment que ces soirées spectacles soient exceptionnelles et magiques.Je me dis qu’il serait bien qu’en plus du gouvernement du Québec dont de grands artistes de chez nous rendent hommage à Devos sur scène. Je pense à Paul Buissonneau, Yvon Deschamps, Marc Favreau et Jean Lapointe.Réunir sur la même scène ces grands artistes et amis de Raymond Devos, un rêve! Et bien le rêve se réalisera. Chacun a accepté avec un bonheur avoué. Ils rendront hommage à une légende vivante!
Le grand soir de la première est là!Un petit cocktail quelques heures avant le spectacle en compagnie du président d’honneur de la soirée:Monsieur Bernard Landry. D’autres invités de tous les milieux sont présents.
L’esprit est joyeux, nos invités semblent ravis des petites bouchées et des bons vins.Nathalie et moi rencontrons monsieur Bernard Landry. Un petit salon est réservé pour notre entretien. Le temps de lui souhaiter la bienvenue et le remercier de sa présence comme président d’honneur de la soirée. Évidemment, quelques mots sur la Fondation Félix-Leclerc et le projet de l’Espace.Mais, sans insister plus qu’il ne faut.
Raymond Devos et Françoise sont déjà à la loge. Une loge immense et magnifique. Des fleurs et des bouteilles d’eau en quantité. Un panier de fruits plein de couleurs.
Nous descendons juste le temps de s’enquérir si tout va bien. La salle de spectacle sera remplie à pleine capacité. Formidable!Je sens que ce sera une grandiose rencontre entre l’artiste et son public.
Il est 19 h 45, quelques minutes avant le spectacle. Tous les spectateurs sont dans la salle. Nathalie et moi sommes dans les coulisses de la scène. Raymond est en bas dans sa loge, il est prêt à conquérir son public. Nous nous dirigeons côté jardin. Un lutrin avec deux microphones est sur place. Je me sens fébrile et animé d’un grand bonheur. Nathalie est magnifiquement en beauté. Je vois la lumière dans ses yeux.
Voilà, nous nous adressons au public, quelques minutes avant l’arrivée sur scène de l’artiste. Le temps de les remercier d’avoir accepté notre invitation.Présenter et remercier notre président d’honneur de la soirée.
Il aura l’occasion d’adresser la parole lors de la remise d’un présent, offert à Raymond Devos par le gouvernement du Québec. Il s’agit, si je me souviens bien, d’une oeuvre d’une peintre québécoise.
Elle représente une envolée de huards en direction de son territoire de migration. Avant le spectacle, l’équipe travaillant à l’organisation de l’événement, offre un nez de clown rouge à chaque spectateur. Nous expliquons à microphone ouvert, sachant que Raymond Devos n’entend pas ce que l’on dit, le pourquoi de ce nez de clown. Objet qui fait rire et pleurer parfois, les enfants comme les adultes. Ce que Devos ne sait pas, c’est que nous allons lui rendre hommage après sa prestation artistique. Chaque personne dans la salle devra porter le nez de clown à un moment bien précis après le spectacle.

Le spectacle commence. Devos est en grande forme. Je crois qu’il sait dans sa tête et son coeur, qu’il partage avec ce public québécois, les derniers grands moments d’une relation d’amour.

Chapitre LV:Les grandes manoeuvres (Suite)

Chapitre LV:Les grandes manoeuvres (Suite)

LE SPECTACLE DE DEVOS SERA DÉTERMINANT POUR LA SUITE DES CHOSES

Je communique avec Françoise Maucq la compagne et gérante de Raymond Devos.Je lui demande d’intercéder auprès de celui-ci pour la présidence d’honneur du lancement du coffret Heureux qui comme Félix. De plus, j’ai un grand rêve qui concerne un spectacle de notre grand humoriste, ami de Félix.
J’aimerais produire Raymond Devos en spectacle au profit de la Fondation Félix-Leclerc à la salle Albert-Rousseau.
Nous sommes en 1999 lorsque je lui parle de ce projet. Pour moi, je sais que le gouvernement ne semble pas vouloir bouger rapidement dans le dossier. Enfin, qui ne risque rien n’a rien. Quelques jours plus tard, le téléphone sonne à la maison, c’est Françoise au bout du fil. Elle m’annonce que Raymond accepte de présenter un spectacle pour aider la cause de notre projet.
Nous sommes fous de joie. Une grande nouvelle qui tombe à point. Sur le plan stratégique, la présence de Raymond Devos, le plus grand poète humoriste du dernier siècle! L’amitié entre Devos et Leclerc n’est plus à prouver. De toute façon, la venue de France de Devos en est la preuve la plus tangible depuis la mort de Félix. Il faut brasser la cage des politiques. Depuis que nous avons acheté la terre sur l’île, on dirait que le projet stagne à la Culture et autres ministères. Il fallait que je fasse quelque chose!Quelque chose de très en vue.
Je sais que la sous-ministre à la Culture, madame Courchêsne n’est pas très chaude au projet. J’ai des doutes qu’au Conseil des ministres sous Lucien Bouchard, que tous soient d’accord avec la position de la nouvelle ministre de la Culture et des Communications, madame Agnès Maltais.Ouf! Il faut que ce projet passe coûte que coûte! Je sais qu’il sera un plus pour le Québec et L’île D’Orléans.Sans oublier la réalisation du rêve de la femme que j’aime le plus:Nathalie.

Raymond Devos aura 80 ans dans quelque temps. Il nous offre un cadeau formidable et ce ne sera pas le dernier. Mais le plus important pour la suite des choses. Il veut que nous prenions son cachet d’artiste des deux soirs de spectacle. Je ne sais pas si vous savez combien représentent le cachet d’un artiste de la trempe d’un Devos sur le marché du spectacle! Plusieurs dizaines de milliers de dollars! Comme je vous l’ai déjà mentionné dans un chapitre précédent, je communique avec l’agent officiel de Devos au Québec:Guy Latraverse. Je voulais être certain que Guy serait confortable avec la production de ce spectacle. Guy, ne fait tellement pas d’histoires, qu’il m’offre de m’aider au besoin.

LA LOGISTIQUE ET L’ORGANISATION DU SPECTACLE

Produire Raymond Devos au Québec pour deux soirs, c’est un des plus beaux défis que j’ai eu à relever comme producteur. L’arrivée de l’artiste et Françoise est prévue pour une semaine avant sa prestation sur scène. Les spectacles sont planifiés pour le 8 et 9 juin 2000, à la Salle Albert Rousseau de Québec. Il sera accompagné de son pianiste et d’un chauffeur. Je dois tout prévoir de A à Z. Guy Latraverse était là pour me soutenir à certaines occasions. La réservation des billets d’avion pour le transport des personnes et des instruments de musique et autres (harpe, petit tracteur, le matériel et accessoires de scène) L’hébergement sur Montréal et L’île D’Orléans, retour sur Montréal, location d’une voiture avec chauffeur pour tout le temps du séjour, connaître toutes les petites habitudes de l’artiste, enfin.
Une demande spéciale de Raymond Devos:Que sa tête de lit soit toujours au nord!Qui dit mieux!
La planification et l’organisation des relations de presse, communiqués, conférence de presse et tout le tralala! La location de la salle de spectacle, le devis technique du spectacle, les contrats, la publicité, les cocktails et relation publique avant et après les spectacles. Commandites en vins et petites bouchées fines, les besoins de l’artiste dans sa loge. La vente des billets au grand public, aux grandes corporations et amis plus riches avec cocktail en présence de l’artiste et président d’honneur de l’évènement, ouf! J’oubliais, l’achat de 1000 nez de clowns.

La direction du Grand Rire Bleu de Québec a copié mon idée!Ça, j’en ai la conviction et la certitude.

Chapitre LlV:Les grandes manoeuvres (Suite)

Chapitre LlV:Les grandes manoeuvres (Suite)

Je vous décrivais brièvement les éléments du spectacle le 08 du 08 88 à 8h08.Ces spectacles ont été présentés en 1998 et 1999.Une année avant la signature de l’achat de la terre je présentais ces deux spectacle sur Québec et Montréal.J’avais l’idée d’amener ce spectacle sur Paris.Mais les analyses des coûts me ramenèrent vite à la réalité.Dommage, parce que comme spectacle c’est à mon point de vue ce qu’il s’est fait de mieux sur l’oeuvre chansonnière de Félix.

LA CRÉATION DU PRIX FÉLIX-LECLERC DE LA POÉSIE

En octobre 1997, avec la collaboration de la Fondation Les Forges de Trois-Rivières, la Fondation Félix-Leclerc a créé le premier prix Félix-Leclerc de la poésie au Québec.Chapeau à monsieur Gaston Bellemare, président-fondateur du Festival International de la Poésie de Trois-Rivières et sa femme, Maryse qui ont soutenus fortement la mise au monde du prix.Gaston Bellemare, un bâtisseur de culture au Québec.

LA CRÉATION DU PRIX FÉLIX-LECLERC DE LA CHANSON

J’en ai parlé abondamment dans l’un des chapitres précédent.Un prix qui représente le fondement de la mission de la Fondation Félix-Leclerc.Même chose pour le prix Félix-Leclerc de la poésie.

LE SPECTACLE FÉLIX LE GÉANT QUÉBÉCOIS

Là aussi, j’ai eu l’occasion de vous décrire les éléments importants de cette histoire fabuleuse.Un grand spectacle, réalisé en 1997, parrainé par le grand Charles Aznavour.Les plus grands noms de la chanson et de la poésie francophone d’ici et d’Europe.Un immense coup de pouce à la Fondation Félix-Leclerc et ses projets

LANCEMENT DU COFFRET HEUREUX QUI COMME FÉLIX

En 1999, sous la présidence d’honneur de Raymond Devos et Bernard Landry nous procédons au lancement officiel du Coffret Heureux qui comme Félix.Conférences de presse sur Montréal et Québec.Une initiative de la Fondation Félix-Leclerc avec le soutien de GSI Musique et Radio-Canada.Suite à l’écoute des 10 heures de cette incroyable série radiophonique, réalisée par Radio-Canada, j’ai eu l’idée de mettre cette série sur le marché, accessible en tout temps à la mémoire collective et aux citoyens.

LANCEMENT DU COFFRET JE ME SOUVIENS DE FÉLIX LECLERC

En 2001, est sortie sur le marché Québécois et Français, un coffret de 88 chansons de Félix Leclerc.Je me souviens de mes nombreuses interventions auprès de Universal Musique pour qu’il relance sur compilation, les plus grandes chansons de notre poète.À chaque séjour sur Paris, je rencontrais les responsables pour pousser le dossier de Félix.J’ai fait la même chose pour aider Jean Dufour, ancien imprésario de Félix en France, dans le projet de la sortie sur CD de Pieds Nus dans L’Aube.

LANCEMENT EN FRANCE DU COFFRET DE LUXE DE L’OEUVRE LITTÉRAIRE DE FÉLIX LECLERC

Grâce l’éditeur de livre d’art, Henri Rivard, et le M.R.I, la Fondation Félix-Leclerc a pu mener une opération de relations publiques hors du commun.Nous nous sommes démarqués auprès d’artistes de prestige, de politiques et de certains médias Français.Cette opération nous a permis de consolider en valeur ajoutée notre réseau de contacts en France.

ChapitreLlV:Les grandes manoeuvres (Suite)

ChapitreLlV:Les grandes manoeuvres (Suite)

Nous recevons l’étude de marché de chez Desjardins Marketing.L’étude est extrêmement concluante sur les possibilités de fréquentations des lieux. Les diverses fonctions liées au bâtiment assurent des revenus auprès de clientèles ciblées. La salle de spectacle, le musée au fenil, la salle d’écoute au fenil, la salle d’animation pour les jeunes, la boutique de souvenirs, le sentier d’un flâneur, l’érablière et sa cabane à sucre artisanale, la location du premier étage pour des réceptions de tous genres, les terrasses extérieures pour le service des boissons et vins. Enfin une petite restauration légère pour les visiteurs et les évènements festifs en tous les genres.
Je suis fier et très satisfait des données de cette étude. Elle supporte mes prétentions depuis l’origine du document et du projet. L’Espace Félix-Leclerc correspond à un besoin du milieu et pour les Québécois. Cet endroit contribuera à l’augmentation de l’achalandage de visiteurs et aura un effet structurant pour l’économie touristique et culturelle de L’île D’Orléans. Je me souviens qu’un politique m’avait dit que ce n’était pas nécessaire que cette dépense pour la réalisation d’une étude de marché. Moi, je savais que cette étude serait l’argument de force pour faire la démonstration de la viabilité du projet. Un argument qui s’avéra plus tard, d’une utilité redoutable auprès du ministère du tourisme et des corporations privés et publics, partenaires en commandites de l’Espace Félix-Leclerc.

IL FAUT QUE JE CRÉE DES ÉVÈNEMENTS CULTURELS ET MÉDIATIQUES POUR SENSIBILISER LA POPULATION

Évidemment, je me sens souvent fatigué. La dialyse n’est pas plus facile avec les années qui s’accumulent. J’ai une obsession, soit celle de réaliser L’Espace Félix-Lelcerc. Nous sommes près du but, il faut persévérer, comme l’alpiniste qui arrive au sommet. Le plus difficile est là! Des amis artistes nous supportent:Paul Buissonneau et sa femme Monik, Raymond Devos et sa compagne gérante d’artistes, Françoise Maucq, Yves Duteil, Marc Favreau, Jean Lapointe, Charles Aznavour et le président des Éditions Raoul Breton, Gérad Davoust, Marie-Claire Séguin, Jean-Pierre Ferland, Chloé Ste-Marie et Gilles Carles, Yvon Deschamps et Judi Richards et autres que j’oublie malheureusement. Il y a G.S.I Musique, Radio-Canada, Sogestal et le producteur Guy Latraverse, le chef de nouvelles de TV5, Patrick Simonin, qui sont les alliés naturels depuis le début de l’aventure. Les médias de notre région et d’ailleurs accompagnent ce projet, ce qui aidera à sensibiliser la population et par ricochet le politique.
Il faut reconnaître le soutien ponctuel de la SODEQ, le ministère de la Culture,la Commission de la Capitale nationale de Québec, des députés de la région et du Québec par l’achat de billets de spectacles et autres activités-bénéfices.

LA DIFFUSION DU SPECTACLE LE 8 DU 08 88 À 8 h 8

La production du spectacle le 08 du 08 88 à 8 h 8 réalisé par GSI Musique de Montréal, est un petit bijou. Quand Nathalie et moi avons vu le spectacle, nous sommes conquis par le résultat final. Félix en présence virtuelle sur écran géant, accompagné au réel, des meilleurs guitaristes du Québec, c’est complètement génial. Je décide d’acheter le spectacle pour le diffuser dans un premier temps au Théâtre Corona de Montréal.
Une soirée-bénéfice ou nous réussissons avec l’aide de l’équipe de GSI à remplir la salle. Nous comptons sur la présence de Yvon Deschamps, Paul Buissonneau, Luc Plamondon et autres personnages du milieu artistique, politique, d’affaires et culturel de Montréal. Sur le plan de la visibilité pour notre fondation, notre projet sur l’île et de souscriptions ce fut une réussite telle qu’anticipée!
Tellement, que je récidive en présentant ce spectacle à Québec, au théâtre Capitole.

SOUS LA PRÉSIDENCE D’HONNEUR DE MONSIEUR JACQUES PARIZEAU

Sous la présidence d’honneur de Jacques Parizeau, cette soirée rassembla tout le gratin politique nationaliste et de grandes corporations de la région de Québec. Je me souviens du repas du soir en compagnie de monsieur Parizeau et Liette Lapointe, sa conjointe. Nous sommes assis à une bonne table du restaurant El Théatro du Capitole de Québec. Nous discutons de la Fondation Félix-Leclerc, sa mission, ses projets.Monsieur Parizeau insiste sur le rôle éducatif de la fondation auprès des jeunes Québécois. Je compris qu’il visionnait formidablement bien l’essence d’un des éléments de la mission de notre fondation:La diffusion et l’éducation en milieu scolaire de l’oeuvre de notre chantre national.
Une salle comble, éblouit par le spectacle, les musiciens et les artistes tels que:Daniel Boucher, Claude Gauthier, Marie-Michèle Desrosiers et la jeune Sabrina Bisson.Sans oublier la véritable vedette de la soirée:Félix Leclerc.
Un succès sur toute la ligne! Le lendemain, une couverture médiatique digne des émotions vécues la veille au Capitole. Une soirée où nous avons amassé plusieurs milliers de dollars pour la fondation et nos projets. Surtout, ancré dans les têtes et les coeurs, l’incontournable devoir de mémoire envers notre chantre national. Vous devinez à quoi je veux en venir!

Chapitre LlV:Les grandes manoeuvres

Chapitre LlV:Les grandes manoeuvres

La terre est officiellement à la Fondation Félix-Leclerc. Les intérêts et les taxes sont payés pour les 12 prochains mois. La Commission de la protection du territoire Agricole a donné le feu vert, après une audition devant les commissaires. Le règlement municipal a été amendé, permettant la construction d’un centre d’interprétation dans la zone. Il nous restera à rétrocéder la maison, une fois L’Espace construit.

IL FAUT RENFORCER LE PROJET ET TROUVER L’ARGENT POUR LA CONSTRUCTION;LA PARTIE NE SERA PAS FACILE

Commence la ronde des visites au ministère. Travail inlassable de sensibilisation des fonctionnaires et des politiques. Il faut concrétiser le projet pour qu’il réponde à tous les argumentaires de rentabilité. Moi je n’ai jamais cru que les équipements culturels de façon générale soient rentables. Quand un équipement culturel égalise ses dépenses et ses revenus, c’est déjà très bien. Je ne prends aucune chance. Je commande une étude de marché d’une firme spécialisée en marketing culturel. Les coûts reliés à cette étude sont compensés par la crédibilité d’une telle étude du marché potentiel. L’embauche d’une firme d’architecte se fait dans les règles les plus objectives. Nous formons un comité de sélection. Des propositions concrètes avec des coûts ventilés nous sont présentées.
Nathalie et moi savons ce que nous voulons depuis le début. Notre conception visuelle du bâtiment et les différentes fonctions sont claires dans nos têtes. Nous finissons par retenir une firme de Québec. L’Espace Félix-Leclerc aura l’allure d’une grange. Un toit de tôle argenté, mansarde américaine pour gagner du volume au fenil. Voilà, nous sommes emballés par les esquisses de l’architecte. Nous présentons les plans au ministère accompagné du budget global de construction.

Chapitre Llll:Perd ou Gagne:Suite

Chapitre Llll:Perd ou Gagne:Suite

Je suis à la maison, de l’île, Nathalie ne tient plus en place. Elle vit une terrible angoisse à l’idée que nous allons possiblement perdre la terre.Comment trouver un quart de millions de dollars dans les deux jours que nous avons encore devant nous?
Je tente de rassurer ma compagne. Il n’est pas écrit que je vais perdre l’endroit idéal pour la réalisation d’un rêve qui a demandé tant d’efforts depuis des années. Je communique avec notre avocat officiant sur notre conseil d’administration. Il s’agit de Pierre-André Themens, d’un très gros bureau d’avocats de Montréal. Je lui explique la situation et surtout l’urgence de trouver l’argent ou les garanties bancaires nécessaires pour sauver le projet. Il tente de m’expliquer le trop court délai pour identifier et réunir des partenaires financiers potentiels. On parle d’un gros montant. J’accepte ses explications et me résous à envisager une autre voie pour résoudre un problème qui s’aggravait d’heure en heure.

Nathalie est au bord des larmes! Je sais que nous vivons des moments difficiles. Comme on dit par chez nous;ça passe ou ça casse!

Pas de panique! Il faut que je réfléchisse à nos alliés naturels, qui sont là depuis le début. Le premier nom qui me vient en tête est Gilles Morin, maire de St-Pierre. Dans l’histoire de la vente de l’église, il avait passablement apaisé la situation. Un homme calme, droit et intègre comme il en existe très peu.Il possède une terre et des bâtiments à St-Pierre. Il a toujours été un inconditionnel de l’oeuvre de Félix. Nous comptons sur son appui indéfectible depuis les premiers balbutiements du projet sur l’île. Je décide de l’appeler immédiatement. Il est environ 2 h 30 de l’après-midi, je laisse sonner quelques fois. C’est lui qui est au bout du fil. Je lui mentionne qu’une offre d’achat avec le financement garanti est sur la table de la famille Durand. Il est au courant et sait qui a déposé cette offre. Je lui explique la problématique dans laquelle nous nous trouvons. Je lui demande s’il ne connaîtra pas quelqu’un qui pourrait nous aider dans du financement temporaire en attendant le déblocage au gouvernement du Québec. La terre resterait en garantie s’il n’y avait pas le soutien officiel de la nouvelle ministre.

GILLES MORIN MAIRE DE ST-PIERRE SAUVE LA RÉALISATION DE L’ESPACE FÉLIX-LECLERC SUR L’ÎLE

Il me demande combien nous avons besoin en garantie à la caisse de l’île pour acheter la terre et les bâtiments. Je lui réponds qu’il faut que je vérifie auprès de Richard Ferland, directeur de notre institution bancaire. Gilles me demande de m’informer auprès de celui-ci. Il m’annonce le plus sérieux du monde qu’il va soutenir financièrement notre offre d’achat. Je suis à la renverse! Nathalie est près de moi et n’en revient pas elle aussi. Il est prêt à hypothéquer sa maison et sa terre pour nous permettre de réaliser l’achat de ce qui deviendra deux ans plus tard:L’Espace Félix-Leclerc.
Je communique immédiatement avec Richard Ferland pour lui annoncer la fantastique nouvelle. Richard Ferland est une personne pour qui j’ai la plus grande confiance. C’est un excellent directeur de caisse et il croit en la viabilité du projet sur l’Île. Je sens qu’il est heureux que nous sortions de cette impasse avec l’aide de Gilles Morin. Les communications se font entre la caisse et notre bailleur de fonds et ami.
Je me sens un peu mal à l’aise sachant que Gilles Morin est maire du village. J’ai peur que des citoyens l’accusent de conflit d’intérêts.

Nathalie jubile de joie dans la maison. Incroyable dénouement! Je suis estomaqué du geste de notre ami. Je ne croyais pas recevoir un tel appui de quelqu’un du milieu. Je me sens rassuré par le soutien inespéré de notre maire et ami. J’essaie de tenter ma chance auprès d’un homme d’affaires du milieu. Je me dis que si ça fonctionne, je sortirai de l’embarras politique probable, notre ami Gilles.

LA GRANDEUR D’UN HOMME NE SE MESURE PAS À CE QU’IL POSSÈDE

Je connais un homme d’affaires de l’île.J’avais eu l’occasion par le passé d’échanger avec lui sur différents dossiers de l’Île.Un homme très efficace et structuré. Un sens des affaires reconnu accompagné d’un caractère bien trempé. Un fédéraliste qui parle haut et fort. Reconnaissons malgré tout que sur l’île, il n’a pas seulement des amis. Je tente ma chance! Je lui explique du long en large l’impasse que nous vivons. Je l’informe du soutien extraordinaire de Gilles Morin dans le dossier. Il sait que je me sens mal à l’aise de l’impliquer dans le projet. Je lui mentionne mes craintes face à la réaction de certains citoyens qui pourraient lui reprocher sa proximité dans ce dossier. Il acquiesce à mon analyse. Il propose de dédouaner le maire Morin en m’aidant à financer la terre et les bâtiments.
Alors là! Deux en trois, toute une moyenne. Les deux bras me tombent.Je suis stupéfait de tant de générosité et de soutien. Nous qui depuis des années nous battons comme des diables dans l’eau bénite, alors là, je suis bouche bée!Tout est formidable. Il fait un soleil de fête dehors comme pour nous dire que le ciel aussi est content pour nous.J’appelle subito presto Gilles Morin pour lui annoncer la nouvelle. Nous sommes dimanche, il ne reste plus que 24 heures pour compléter les documents officiels de l’acte de propriété de la terre .nous avons rendez-vous avec Richard Ferland, directeur de la caisse le lendemain à 11h 00 il n’en revient pas lui non plus d’un pareil dénouement pour l’achat de cette terre.

NOTRE BON SAMARITAIN ARRIVE EN RETARD

Il est 11 h 25, notre homme n’est pas encore arrivé. Je m’impatiente et l’appelle sur son cellulaire. Au même moment, le voilà qui arrive dans le bureau du directeur. Il se présente avec un drôle d’air. Un peu fantasque dans ses propos, il m’interpelle en me demandant qu’elle fût mon plan d’affaires, mon budget de fonctionnement prévisionnel et patati et patata! Je sens qu’il veut me mettre mal à l’aise devant Richard et l’autre personne dans le bureau. Je ne fais ni un ni deux,j’annule illico notre rencontre dans le bureau du directeur de la caisse.Moi, je sais que le temps presse. Il faut qu’à 17 h, tous les papiers soient signés, sinon, adieu la terre et la suite des choses. Je demande à Richard de m’attendre quelques minutes. Le temps d’aller dehors avec mon baveux, profiteur de notre apparente faiblesse causée par le temps qui déboule. Je lui demande des explications sur son comportement.
Il m’annonce qu’il a bien réfléchi à la question et qu’il met au conditionnel son offre de soutien financier.Alors, je l’écoute. Il veut le fond de terre en échange du droit acquis résidentiel permettant la construction de l’Espace Félix-Leclerc. Dans les faits, il veut 95 % de la terre et il nous offre le reste pour l’érection du projet.
Ma réponse a été une fin de non-recevoir, sans ambiguïté possible. Sur ce, il est parti comme il est venu.La nature humaine a de ces travers parfois!

MON AMI GILLES MORIN

Il est près de 15 h, je dois communiquer avec Gilles pour qu’il vienne à ma rescousse. Son cellulaire est ouvert. Par chance! Je lui explique ce qu’il vient de se passer. Il arrive 10 minutes plus tard. Richard Ferland fait préparer les documents officiels pour l’emprunt. Il ne reste plus qu’à prendre rendez-vous avec notre notaireCette terre à l’entrée de L’Île D’Orléans n’a pas de prix aujourd’hui.

Gilles, si tu me lis aujourd’hui, sait que tu resteras dans ma mémoire fraternelle pour toujours.

Chapitre Llll:Perd ou gagne!

Chapitre Llll:Perd ou gagne!

Je viens de rencontrer le directeur régional du ministère de la Culture.Un peu surpris du refus de son offre. Mais il comprend notre point de vue, sans nécessairement le partager. La vie continue et les recherches sur l’île aussi. J’ai su par l’intermédiaire d’une proche connaissance qu’une terre à l’entrée de l’île serait peut-être à vendre. Je fais ni un ni deux!Je vais voir cette terre juste au début de St-Pierre.Miracle, incroyable!C’est le lieu parfait pour recevoir L’Espace Félix-Leclerc.
Nathalie est complètement excitée à l’idée d’un tel domaine pour L’Espace.Une terre de 50 hectares, du fleuve jusqu’au milieu de L’île. Une vue panoramique à couper le souffle. Nous sommes dans l’univers poétique de Félix et dans le circuit touristique des autocars et des visiteurs saisonniers.
Il faut que je rencontre le propriétaire pour discuter de notre intérêt et du sérieux de son intention. Sans rendez-vous,je vais jusqu’à la maison de ce dernier et sonne à sa porte. Il s’agit d’un monsieur d’un certain âge qui habite seul dans cette maison à deux étages.Après les présentations d’usages, nous discutons du projet de la Fondation Félix-Leclerc. La terre et la maison appartiennent à une succession familiale. J’aurai à convaincre le conseil de famille pour que tous les enfants acceptent la vente et le prix que nous négocierons.

UNE AVENTURE INCROYABLE COMMENCE

Nous fixons une rencontre avec la soeur ainée de la famille qui représentera la succession pour les négociations.La famille n’est pas pressée de vendre. La succession veut la vente à un prix qui correspond à la valeur du marché. Tous les acheteurs potentiels peuvent faire une offre. Il faut que je réussisse à contrecarrer cette possible surenchère. Je dois convaincre la famille de protéger et privilégier la Fondation Félix-Leclerc dans cette transaction. Il faut que mes arguments soient d’un autre ordre que monétaire. Du moins, pas seulement monétaire.
Nous n’avons que douze mille dollars à la caisse. Une promesse d’aide financière d’une ministre qui n’est plus ministre à la Culture. Je jouerai le tout pour le tout!
Mes arguments reposent sur ma volonté de créer sur cette terre un lieu de beauté et de poésie. Faire en sorte que la terre serve encore des fins agricoles en exploitant la partie cultivable. Rétrocéder quelque temps après l’achat, la maison, au frère qui y habite seul. Pour l’émergence du projet, nous bénéficions de 5000 mètres de droits acquis. Ce droit acquis est obtenu par la maison ou par la grange. Nous devrons obligatoirement faire une demande à la commission de la protection du territoire agricole pour augmenter l’aire du droit acquis. Comme la maison sera rétrocédée éventuellement, nous devrons accepter de perdre au moins 2000 mètres. Il ne restera que 3000 mètres pour réaliser le projet.

LA FAMILLE DURAND ACCEPTE DE SIGNER UNE PROMESSE DE VENTE À CERTAINES CONDITIONS

OUF!Une première manche de gagner!La succession est d’accord pour vendre à la Fondation Félix-Leclerc au prix négocié entre les parties. De notre côté, nous formulons une offre d’achat au montant entendu selon certaines conditions:Le soutien financier de la ministre de la Culture et des Communications, l’accord des membres du conseil d’administration de la Fondation Félix-Leclerc, l’accord de la commission de la protection du territoire agricole, pour l’augmentation de l’aire du droit acquis.
De son côté, la succession propriétaire de la terre peut accepter une offre égale ou supérieure d’une autre partie intéressée par l’achat de la terre.Une clause permet à la Fondation Félix-Leclerc de respecter son offre dans les 72 heures suivant l’offre de l’autre partie. En clair, nous avons trois jours pour concrétiser l’achat de la terre et des bâtiments si une autre offre est officiellement déposée avec des garanties bancaires. Voilà, en gros, les éléments de l’entente.

LE COMPTE À REBOURS EST COMMENCÉ:JE DOIS GAGNER DU TEMPS

Nous avons une nouvelle ministre à la Culture.Madame Agnès Maltais assume cette fonction pour le parti Québécois au pouvoir. C’est une course contre la montre. Je dois engager la ministre et son ministère dans le financement officiel du projet. Je contacte notre député de comté plus souvent qu’il ne le souhaiterait peut-être! Je n’ai pas le choix, il faut que je fasse bouger le gouvernement, identifie des partenaires privés potentiels. Il faut que je sensibilise plus fortement l’opinion publique au projet. Je peaufine ma stratégie de sensibilisation auprès du politique, des médias et des artistes.

UN CITOYEN DE L’ÎLE FAIT UNE OFFRE OFFICIELLE:72 HEURES POUR RÉAGIR

Ce que je redoutais le plus arrive pour de vrai. Les propriétaires m’informent qu’une offre formelle a été déposée pour l’achat de la terre. Selon les clauses de l’entente, nous avons trois jours pour égaler l’offre et trouver le financement. Quelques mois s’étaient écoulés depuis la première signature. J’avise immédiatement Richard Ferland, notre directeur de la caisse à St-Pierre.Évidemment, je cherche à connaître celui qui a fait une offre d’achat officielle sur la terre que nous convoitons. Tous les gens à l’île savent que nous avons fait une offre d’achat sur cette terre, combien tenons-nous à ce projet? Enfin, le plus difficile est à venir. Nous ne perdrons rien pour apprendre!

Naître

Naître

Toi qui portes la suite du monde
La suite de ton monde
Angoisse ou rêves nocturnes
Enfouies au grenier des temps
de ta solitude
Une pensée comme un bouquet
de fleurs de poésie
Reçois la lumière de mes yeux conquis
Ton espérance, ta foi dans la force
de tes rêves
Refuge de ta féminité aux effluves
maternelle!

Chapitre LII – L’histoire d’un petit musée pour un grand poète du pays (suite)

Chapitre LII – L’histoire d’un petit musée pour un grand poète du pays (suite)

Quelques mois se sont écoulés depuis l’affaire Monna. Je poursuis mes démarches de repérage dans le milieu. Il faut faire vivre nos projets, notre fondation et sa mission. Sans oublier qu’il faut mettre du pain et du beurre sur la table. Nous ne vivons pas riches. Par chance, la maison ne nous coûte que les factures de chauffage et d’électricité. Nathalie poursuit ses études à l’université. Un baccalauréat, ça dure trois ans. Quand même! Les médias de la région et d’ailleurs sont généreux avec tout ce qui concerne Félix Leclerc. Je sais qu’ils supportent notre projet et les promoteurs que nous sommes. Disons que cette attitude encourage à la persévérance.

LA GRANGE DERRIÈRE LE RESTAURANT LES ANCÊTRES

Je connais les propriétaires de ce restaurant depuis mon arrivée sur l’île. Il s’agit de madame Vézina et de son mari, une famille souche du milieu qui est propriétaire d’une terre ancestrale. Cette terre, croyez-le ou non, appartenait à l’ancêtre de Félix Leclerc : Jean Leclerc, tisserand de conversion à son arrivée en Nouvelle-France. Il demeurait à St-Pierre de l’île d’Orléans, sur une terre se déroulant jusqu’au pied du fleuve, la majestueuse chute Montmorency comme paysage quatre saisons. Assez unique comme ancrage territorial.

Au décès du père, le fils Pierre prend la relève pour la gestion de l’entreprise. Derrière le restaurant, une grange surplombe comme une vieille reine le pont de l’île et la chute. Une vision de carte postale qui rend orgueilleux d’appartenir à un tel coin de pays. J’informe madame Vézina et Pierre de notre recherche d’un lieu pour l’émergence de l’Espace Félix-Leclerc. Il y a là pour eux des avantages sur le plan des affaires à bénéficier de la présence d’un tel bâtiment. Si je me souviens bien, l’examen de ce site avec la grange ne s’est pas éternisé longtemps. De mémoire, le restaurant et le stationnement englobaient la totalité de l’aire commerciale du droit acquis. Cependant, nous avons examiné la possibilité d’occuper des espaces à l’intérieur du restaurant. On ferme les livres! Beaucoup trop petits pour les ambitions du projet. Au fond, je voulais que la fondation soit maître chez elle. Il fallait se résoudre encore une fois!

AU VILLAGE D’HORATIO WALKER : STE-PÉTRONILLE

Une dernière tentative à Ste-Pétronille, dans un bâtiment patrimonial à vendre, au coeur du village avec un immense stationnement près du fleuve. Aujourd’hui cette maison abrite la Chocolatrie de L’Île.Deux problèmes majeurs:Ce bâtiment était isolé à la miuf et la mentalité citoyenne de pas dans ma cour! Peut-être des intérêts inavoués pour ce bâtiment par quelques personnes d’affaires de la place. De bonne guerre quoi!

FÉLIX AU COEUR DE LA CITÉ DE CHAMPLAIN:PLACE ROYALE

Il faut se faire à l’idée que nous ne réussirons pas à ancrer l’Espace sur l’île. J’ai parcouru les terres, poussé aux limites de l’audace et de ma volonté les esprits et les coeurs des habitants de l’île. Je suis au seuil psychologique de l’abandon, exaspéré par les refus, par les projets qui ne fonctionnent pas pour toutes sortes de raisons. Quand ce ne sont pas les règlements municipaux, c’est la Commission de Protection de territoire Agricole, ce sont les citoyens, la bureaucratie, les fonctionnaires… Mais plus que tout, ce sont les mentalités, les attitudes défaitistes et le nombrilisme de certains chefs et citoyens de l’Île qui me désespèrent. Il fallait faire face à de drôles d’attitudes parfois.

Je décide qu’il faut regarder ailleurs. La Place Royale me semble tout indiquée. Félix a vécu et travaillé à Québec. Il y a écrit sa première chanson : notre sentier. La direction du ministère et de la ville de Québec encourage cette initiative. Au fond, j’avoue que je veux fouetter un peu les citoyens de l’Île. L’inertie de quelques politiques et de l’économie commerçante m’agace au plus haut point. Il faut jouer le tout pour le tout! Si l’Île perd Félix, ce ne sera pas parce que je n’aurai pas essayé. Nathalie endosse ma position, mais elle me suivra à contrecoeur dans cette démarche. Pour elle, l’Espace Félix-Leclerc doit être sur l’île d’Orléans. Je suis bien d’accord, mais un moment arrive où il faut savoir changer de cap, sinon le bateau coule. Nous reluquons la Maison de la Chanson, collée au petit parc Félix-Leclerc. Les difficultés financières à l’époque ne sont pas un secret pour les gens du milieu. Après analyse, on passe vite à autre chose! On regarde du côté de la Maison Fournel, de certains étages de la Maison qui accueille l’association Québec-France. Enfin, nous passons plusieurs mois à évaluer différentes possibilités pour installer notre chantre québécois.

UNE OFFRE DU MINISTÈRE DE LA CULTURE

Je reçois un appel téléphonique du directeur régional du ministère de la Culture du Québec.J’ai oublié son nom avec les années. J’arrive un peu à l’avance. Il m’invite à son bureau. Je m’assois et j’écoute d’une oreille plus qu’intéressée. Il a une offre que je ne peux refuser:Il propose que la fondation Félix-Leclerc devienne propriétaire de la Maison Fournel, située à la Place Royale. Une aide au budget de fonctionnement, par le biais d’une subvention annuelle. Sans oublier une aide financière à la restauration de l’exposition que nous possédons.
En prime, un soutient financier ou autre pour l’ameublement d’une petite salle de spectacle pour la relève francophone en chanson. Tout cela est le fruit d’une négociation de près de deux heures à son bureau. Je sais qu’il y a des forces politiques qui endossent cette offre. Je ne suis pas dupe!

Un baume inattendu pour tant d’années d’efforts. La reconnaissance officielle de la valeur du projet et surtout le désir concrètement exprimé que l’on voulait faire avancer le dossier.Au sortir de cette rencontre, je me sens léger comme cerf-volant par grand vent d’automne. Mon coeur est heureux qu’enfin ce projet trouve sa progression et son mérite.
Mais dans mon for intérieur, je sais que Félix, sa place est sur l’île D’Orléans
Mais je suis prêt à renoncer!J’ai fait le tour de l’île, je ne sais plus combien de fois. Je ne me sens pas coupable. Des années d’efforts enfin récompensés!

NATHALIE NE PEUT SE RÉSOUDRE À UN AUTRE ENDROIT QUE L’ÎLE POUR SON PÈRE

Je me dépêche de revenir à la maison pour en discuter avec Nathalie. Je lui déballe l’offre du ministère tout d’un trait. Je lui démontre mon intérêt, fais valoir toutes les possibilités d’affaires et d’achalandages des lieux.Rien à faire! Elle ne peut se résoudre à l’enterrement de l’Île. Je sais qu’en ce qui me concerne, j’ai le poids de la dure bataille livrée depuis des années. Mais l’amour est fort! J’ai la conviction profonde que notre poète a besoin de la vie rurale de l’Île, d’espace, de liberté. Je crois comme Nathalie que les Québécois et francophones qui aiment le poète veulent le rencontrer sur la terre de ses écrits. Finalement, j’accepte d’endosser la vision de Nathalie. Je refuse l’offre généreuse du ministère. Il va sans dire que là, il va falloir l’aide de forces supérieures. C’est ce que l’on appelle jouer avec sa chance!

Le dénouement

Le dénouement

Dans un récit, un roman ou un bon film, l’intrigue est importante, il va sans dire. Mais le meilleur ou le plus révélateur est le dénouement, la grande finale. C’est ce que l’auteur attend avec fébrilité et impatience. Il s’agit de la pièce de résistance. Elle n’est pas toujours décidée dans la tête et dans le coeur de l’écrivain, mais elle se précise au fur et à mesure que le créateur ou le raconteur se rapproche de l’essence de sa quête. Dans un récit autobiographique, la vérité (ou notre vérité) est forcément subjective. Le choix de l’angle d’approche révèle beaucoup plus que les faits racontés.