Je viens de rencontrer le directeur régional du ministère de la Culture.Un peu surpris du refus de son offre. Mais il comprend notre point de vue, sans nécessairement le partager. La vie continue et les recherches sur l’île aussi. J’ai su par l’intermédiaire d’une proche connaissance qu’une terre à l’entrée de l’île serait peut-être à vendre. Je fais ni un ni deux!Je vais voir cette terre juste au début de St-Pierre.Miracle, incroyable!C’est le lieu parfait pour recevoir L’Espace Félix-Leclerc.
Nathalie est complètement excitée à l’idée d’un tel domaine pour L’Espace.Une terre de 50 hectares, du fleuve jusqu’au milieu de L’île. Une vue panoramique à couper le souffle. Nous sommes dans l’univers poétique de Félix et dans le circuit touristique des autocars et des visiteurs saisonniers.
Il faut que je rencontre le propriétaire pour discuter de notre intérêt et du sérieux de son intention. Sans rendez-vous,je vais jusqu’à la maison de ce dernier et sonne à sa porte. Il s’agit d’un monsieur d’un certain âge qui habite seul dans cette maison à deux étages.Après les présentations d’usages, nous discutons du projet de la Fondation Félix-Leclerc. La terre et la maison appartiennent à une succession familiale. J’aurai à convaincre le conseil de famille pour que tous les enfants acceptent la vente et le prix que nous négocierons.
Nous fixons une rencontre avec la soeur ainée de la famille qui représentera la succession pour les négociations.La famille n’est pas pressée de vendre. La succession veut la vente à un prix qui correspond à la valeur du marché. Tous les acheteurs potentiels peuvent faire une offre. Il faut que je réussisse à contrecarrer cette possible surenchère. Je dois convaincre la famille de protéger et privilégier la Fondation Félix-Leclerc dans cette transaction. Il faut que mes arguments soient d’un autre ordre que monétaire. Du moins, pas seulement monétaire.
Nous n’avons que douze mille dollars à la caisse. Une promesse d’aide financière d’une ministre qui n’est plus ministre à la Culture. Je jouerai le tout pour le tout!
Mes arguments reposent sur ma volonté de créer sur cette terre un lieu de beauté et de poésie. Faire en sorte que la terre serve encore des fins agricoles en exploitant la partie cultivable. Rétrocéder quelque temps après l’achat, la maison, au frère qui y habite seul. Pour l’émergence du projet, nous bénéficions de 5000 mètres de droits acquis. Ce droit acquis est obtenu par la maison ou par la grange. Nous devrons obligatoirement faire une demande à la commission de la protection du territoire agricole pour augmenter l’aire du droit acquis. Comme la maison sera rétrocédée éventuellement, nous devrons accepter de perdre au moins 2000 mètres. Il ne restera que 3000 mètres pour réaliser le projet.
OUF!Une première manche de gagner!La succession est d’accord pour vendre à la Fondation Félix-Leclerc au prix négocié entre les parties. De notre côté, nous formulons une offre d’achat au montant entendu selon certaines conditions:Le soutien financier de la ministre de la Culture et des Communications, l’accord des membres du conseil d’administration de la Fondation Félix-Leclerc, l’accord de la commission de la protection du territoire agricole, pour l’augmentation de l’aire du droit acquis.
De son côté, la succession propriétaire de la terre peut accepter une offre égale ou supérieure d’une autre partie intéressée par l’achat de la terre.Une clause permet à la Fondation Félix-Leclerc de respecter son offre dans les 72 heures suivant l’offre de l’autre partie. En clair, nous avons trois jours pour concrétiser l’achat de la terre et des bâtiments si une autre offre est officiellement déposée avec des garanties bancaires. Voilà, en gros, les éléments de l’entente.
Nous avons une nouvelle ministre à la Culture.Madame Agnès Maltais assume cette fonction pour le parti Québécois au pouvoir. C’est une course contre la montre. Je dois engager la ministre et son ministère dans le financement officiel du projet. Je contacte notre député de comté plus souvent qu’il ne le souhaiterait peut-être! Je n’ai pas le choix, il faut que je fasse bouger le gouvernement, identifie des partenaires privés potentiels. Il faut que je sensibilise plus fortement l’opinion publique au projet. Je peaufine ma stratégie de sensibilisation auprès du politique, des médias et des artistes.
UN CITOYEN DE L’ÎLE FAIT UNE OFFRE OFFICIELLE:72 HEURES POUR RÉAGIRCe que je redoutais le plus arrive pour de vrai. Les propriétaires m’informent qu’une offre formelle a été déposée pour l’achat de la terre. Selon les clauses de l’entente, nous avons trois jours pour égaler l’offre et trouver le financement. Quelques mois s’étaient écoulés depuis la première signature. J’avise immédiatement Richard Ferland, notre directeur de la caisse à St-Pierre.Évidemment, je cherche à connaître celui qui a fait une offre d’achat officielle sur la terre que nous convoitons. Tous les gens à l’île savent que nous avons fait une offre d’achat sur cette terre, combien tenons-nous à ce projet? Enfin, le plus difficile est à venir. Nous ne perdrons rien pour apprendre!




