Chapitre Llll:Perd ou Gagne:Suite

Je suis à la maison, de l’île, Nathalie ne tient plus en place. Elle vit une terrible angoisse à l’idée que nous allons possiblement perdre la terre.Comment trouver un quart de millions de dollars dans les deux jours que nous avons encore devant nous?
Je tente de rassurer ma compagne. Il n’est pas écrit que je vais perdre l’endroit idéal pour la réalisation d’un rêve qui a demandé tant d’efforts depuis des années. Je communique avec notre avocat officiant sur notre conseil d’administration. Il s’agit de Pierre-André Themens, d’un très gros bureau d’avocats de Montréal. Je lui explique la situation et surtout l’urgence de trouver l’argent ou les garanties bancaires nécessaires pour sauver le projet. Il tente de m’expliquer le trop court délai pour identifier et réunir des partenaires financiers potentiels. On parle d’un gros montant. J’accepte ses explications et me résous à envisager une autre voie pour résoudre un problème qui s’aggravait d’heure en heure.

Nathalie est au bord des larmes! Je sais que nous vivons des moments difficiles. Comme on dit par chez nous;ça passe ou ça casse!

Pas de panique! Il faut que je réfléchisse à nos alliés naturels, qui sont là depuis le début. Le premier nom qui me vient en tête est Gilles Morin, maire de St-Pierre. Dans l’histoire de la vente de l’église, il avait passablement apaisé la situation. Un homme calme, droit et intègre comme il en existe très peu.Il possède une terre et des bâtiments à St-Pierre. Il a toujours été un inconditionnel de l’oeuvre de Félix. Nous comptons sur son appui indéfectible depuis les premiers balbutiements du projet sur l’île. Je décide de l’appeler immédiatement. Il est environ 2 h 30 de l’après-midi, je laisse sonner quelques fois. C’est lui qui est au bout du fil. Je lui mentionne qu’une offre d’achat avec le financement garanti est sur la table de la famille Durand. Il est au courant et sait qui a déposé cette offre. Je lui explique la problématique dans laquelle nous nous trouvons. Je lui demande s’il ne connaîtra pas quelqu’un qui pourrait nous aider dans du financement temporaire en attendant le déblocage au gouvernement du Québec. La terre resterait en garantie s’il n’y avait pas le soutien officiel de la nouvelle ministre.

GILLES MORIN MAIRE DE ST-PIERRE SAUVE LA RÉALISATION DE L’ESPACE FÉLIX-LECLERC SUR L’ÎLE

Il me demande combien nous avons besoin en garantie à la caisse de l’île pour acheter la terre et les bâtiments. Je lui réponds qu’il faut que je vérifie auprès de Richard Ferland, directeur de notre institution bancaire. Gilles me demande de m’informer auprès de celui-ci. Il m’annonce le plus sérieux du monde qu’il va soutenir financièrement notre offre d’achat. Je suis à la renverse! Nathalie est près de moi et n’en revient pas elle aussi. Il est prêt à hypothéquer sa maison et sa terre pour nous permettre de réaliser l’achat de ce qui deviendra deux ans plus tard:L’Espace Félix-Leclerc.
Je communique immédiatement avec Richard Ferland pour lui annoncer la fantastique nouvelle. Richard Ferland est une personne pour qui j’ai la plus grande confiance. C’est un excellent directeur de caisse et il croit en la viabilité du projet sur l’Île. Je sens qu’il est heureux que nous sortions de cette impasse avec l’aide de Gilles Morin. Les communications se font entre la caisse et notre bailleur de fonds et ami.
Je me sens un peu mal à l’aise sachant que Gilles Morin est maire du village. J’ai peur que des citoyens l’accusent de conflit d’intérêts.

Nathalie jubile de joie dans la maison. Incroyable dénouement! Je suis estomaqué du geste de notre ami. Je ne croyais pas recevoir un tel appui de quelqu’un du milieu. Je me sens rassuré par le soutien inespéré de notre maire et ami. J’essaie de tenter ma chance auprès d’un homme d’affaires du milieu. Je me dis que si ça fonctionne, je sortirai de l’embarras politique probable, notre ami Gilles.

LA GRANDEUR D’UN HOMME NE SE MESURE PAS À CE QU’IL POSSÈDE

Je connais un homme d’affaires de l’île.J’avais eu l’occasion par le passé d’échanger avec lui sur différents dossiers de l’Île.Un homme très efficace et structuré. Un sens des affaires reconnu accompagné d’un caractère bien trempé. Un fédéraliste qui parle haut et fort. Reconnaissons malgré tout que sur l’île, il n’a pas seulement des amis. Je tente ma chance! Je lui explique du long en large l’impasse que nous vivons. Je l’informe du soutien extraordinaire de Gilles Morin dans le dossier. Il sait que je me sens mal à l’aise de l’impliquer dans le projet. Je lui mentionne mes craintes face à la réaction de certains citoyens qui pourraient lui reprocher sa proximité dans ce dossier. Il acquiesce à mon analyse. Il propose de dédouaner le maire Morin en m’aidant à financer la terre et les bâtiments.
Alors là! Deux en trois, toute une moyenne. Les deux bras me tombent.Je suis stupéfait de tant de générosité et de soutien. Nous qui depuis des années nous battons comme des diables dans l’eau bénite, alors là, je suis bouche bée!Tout est formidable. Il fait un soleil de fête dehors comme pour nous dire que le ciel aussi est content pour nous.J’appelle subito presto Gilles Morin pour lui annoncer la nouvelle. Nous sommes dimanche, il ne reste plus que 24 heures pour compléter les documents officiels de l’acte de propriété de la terre .nous avons rendez-vous avec Richard Ferland, directeur de la caisse le lendemain à 11h 00 il n’en revient pas lui non plus d’un pareil dénouement pour l’achat de cette terre.

NOTRE BON SAMARITAIN ARRIVE EN RETARD

Il est 11 h 25, notre homme n’est pas encore arrivé. Je m’impatiente et l’appelle sur son cellulaire. Au même moment, le voilà qui arrive dans le bureau du directeur. Il se présente avec un drôle d’air. Un peu fantasque dans ses propos, il m’interpelle en me demandant qu’elle fût mon plan d’affaires, mon budget de fonctionnement prévisionnel et patati et patata! Je sens qu’il veut me mettre mal à l’aise devant Richard et l’autre personne dans le bureau. Je ne fais ni un ni deux,j’annule illico notre rencontre dans le bureau du directeur de la caisse.Moi, je sais que le temps presse. Il faut qu’à 17 h, tous les papiers soient signés, sinon, adieu la terre et la suite des choses. Je demande à Richard de m’attendre quelques minutes. Le temps d’aller dehors avec mon baveux, profiteur de notre apparente faiblesse causée par le temps qui déboule. Je lui demande des explications sur son comportement.
Il m’annonce qu’il a bien réfléchi à la question et qu’il met au conditionnel son offre de soutien financier.Alors, je l’écoute. Il veut le fond de terre en échange du droit acquis résidentiel permettant la construction de l’Espace Félix-Leclerc. Dans les faits, il veut 95 % de la terre et il nous offre le reste pour l’érection du projet.
Ma réponse a été une fin de non-recevoir, sans ambiguïté possible. Sur ce, il est parti comme il est venu.La nature humaine a de ces travers parfois!

MON AMI GILLES MORIN

Il est près de 15 h, je dois communiquer avec Gilles pour qu’il vienne à ma rescousse. Son cellulaire est ouvert. Par chance! Je lui explique ce qu’il vient de se passer. Il arrive 10 minutes plus tard. Richard Ferland fait préparer les documents officiels pour l’emprunt. Il ne reste plus qu’à prendre rendez-vous avec notre notaireCette terre à l’entrée de L’Île D’Orléans n’a pas de prix aujourd’hui.

Gilles, si tu me lis aujourd’hui, sait que tu resteras dans ma mémoire fraternelle pour toujours.