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2009
Chapitre LII – L’histoire d’un petit musée pour un grand poète du pays (suite)
Enfin, nous décantons un peu de la tempête des deux clochers de St-Pierre. Nous sommes heureux dans notre maison à l’île. Nathalie ne manque jamais l’occasion de me regarder par la fenêtre lors de mes départs pour mes traitements d’hémodialyse. Elle m’envoie la main à chaque fois. Je comprends mieux aujourd’hui la valeur de ces petits gestes. Ils peuvent sembler anodins, mais prennent tout leurs sens quand ils disparaissent. Anne vient passer quelques jours avec nous à chaque deux semaines. C’est une petite fille timide qui ne démontre pas ses sentiments. Je crois qu’elle n’accepte pas que je sois avec une autre femme que sa mère. Nathalie fait tout son possible avec elle, mais je sens et je vois que ça ne coule pas de source. Pourtant, Anne avait à peine quatre ans quand elle a connue Nathalie. Enfin, comme le dit le vieil adage : « Y en aura pas de facile ! »
NATHALIE RETOURNE À L’UNIVERSITÉNous sommes en janvier 1997. Nathalie a décidé de s’inscrire au baccalauréat en orientation à l’université Laval. Elle étudiera à temps plein et résidera sur le campus universitaire. Nous nous verrons les fins de semaine. Comme nous n’avons qu’un seul véhicule, je ne pouvais m’en départir pour les fins de mon travail à la direction de la Fondation. Je sais que je vais trouver difficile son absence, mais je l’encourage à poursuivre une formation universitaire. Je l’aime assez pour désirer le meilleur quant à son développement personnel et professionnel. C’est une femme qui sera un jour appelée à diriger la destinée de la fondation portant le nom de son père. Je sais intérieurement que je devrai lui confier la direction de ce que je tente de construire pour la suite des choses. Mais pour le moment nous n’en sommes pas là.
Nous nous sommes entendus tous les deux sur nos attentes respectives. Quand l’Espace Félix-Leclerc aura vu le jour et que la viabilité du projet sera assurée, je lui laisserai la direction et j’agirai comme conseiller. Toutefois, il y a encore de la route à parcourir avant que cette situation ne se concrétise. Il faut construire ce lieu de mémoire et consolider les assises financières de la Fondation Félix-Leclerc.
L’ESPACE FÉLIX-LECLERC SUR LA TERRE D’UN PRODUCTEUR DE CASSISEnfin, je crois que nous avons trouvé la perle rare. À L’entrée de l’Île, dans la paroisse de St-Pierre existe un producteur de cassis qui s’appelle Bernard Monna. C’est un Français d’origine, ancien professeur d’école converti en producteur de cassis. Un vieux rêve je suppose. Sur l’île, il a une réputation qui le précède. On dit de lui qu’il n’est pas d’un commerce facile. Moi, les racontars, je m’en fou pas mal ! Je communique avec lui pour le sensibiliser à notre projet. J’attire son attention sur les difficultés que nous rencontrons à trouver un endroit sur l’île pour la construction de l’Espace. Il est au courant de la problématique que nous vivons et semble être sensible à ma démarche. Je lui propose de transformer sa grange qui traîne des allures d’abandon. Il m’informe qu’il est un ancien potier, sculpteur, peintre, en fait une âme d’artiste, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cette grange est située dans un magnifique champ de cassis. La vue sur la chute Montmorency est imprenable. Il est dans l’achalandage touristique et l’univers poétique de Félix Leclerc. Que désirer de plus ? Je suis prêt à signer un bail emphytéotique sur cinquante ans. Il est notre dernier espoir ! J’aménagerais sa grange en centre d’interprétation en hommage à Félix avec une petite salle de spectacle. Il a un stationnement conforme à nos attentes.
De plus, je lui propose de faire des démarches auprès de monsieur Cyril Simard qui est à la direction des économusées du Québec. Nous pourrions greffer le processus de fabrication du cassis par le biais de cette fondation. Je pensais aussi faire découvrir le processus de création d’une chanson ou d’un texte poétique dans le cadre de cet économusée. Nathalie est très enthousiaste à l’idée.
Je rencontre donc Cyril Simard pour échanger avec lui sur la teneur de notre projet. Il l’analyse sous toutes les coutures possibles et imaginables. Rien à faire ! Nous ne pouvons nous inscrire dans la philosophie des économusées. Je sais aujourd’hui, dix ans plus tard, que les filles Monna et leur père ont transformé une section de leur commerce en économusée du cassis. La vie est bien faite quand même !
Ce n’est pas grave ! On fonce avec le ministère et des partenaires en commandites s’il le faut. Je demande à notre ami architecte de préparer des plans pour la transformation de cette grange, d’évaluer les coûts inhérents au projet de transformation de la grange pour l’accueil d’un centre d’interprétation et d’une petite salle de spectacle. Nous rencontrons Bernard Monna et sa famille. Nous nous réunissons tous à la maison. J’explique, avec le soutien de Nathalie, tous les détails du projet en question. Nous sommes d’accords pour l’établissement d’un échéancier quant à une réponse affirmative ou négative. Celle-ci ne tarde pas : c’est oui ! J’impose deux conditions au respect de l’entente : l’accord de la Commission de la Protection du Territoire Agricole (que la grange qui sera transformée est dans la zone commerciale du droit acquis de 10 000 mètres carrés tel que prétendu par Bernard Monna) et la conformité avec les règlements de la Municipalité. Je sais que j’ai l’appui de notre député et une entente verbale avec la précédente Ministre Louise Beaudoin. Mais la politique étant ce qu’elle est…!! De toute façon, il faut jouer gagnant !
UNE CONFÉRENCE DE PRESSE POUR ANNONCER ET SIGNER L’ENTENTEIl fait un soleil radieux. Nous sommes au théâtre Galendor de St-Pierre de l’Île d’Orléans pour annoncer l’entente et la signature avec Bernard Monna. Les journalistes de tous les médias sont au rendez-vous. Enfin, nous avions en main ce qu’il fallait pour mener à terme notre rêve. C’est un grand jour pour Nathalie et moi. J’étais convaincu que la question du droit acquis ne poserait pas de problème. Bernard Monna nous avait assuré qu’il avait le papier en main, sauf qu’il ne le trouvait pas dans le pèle mêle de ses dossiers. De toute façon, je n’aurai qu’à contacter les autorités de la commission et demander une audition qui prendra quelques mois d’attentes. Nous n’en sommes pas à quelques mois d’attentes près, n’est-ce pas ? Mais la guigne s’acharne sur nous. Les commissaires ne verront pas les choses du même oeil !
Malheureusement, le projet ne franchira pas l’étape de la Commission de la Protection du Territoire Agricole. Dix-huit mois de travail acharné pour que, finalement, les prétentions de Bernard Monna ne soient pas reconnues par les commissaires. Fin des programmes ! À une prochaine fois, peut-être !




