Chapitre LVl:L’année 2001 et 2002:La réalité dépasse la fiction (Suite)

BLESSURE MORTELLE AU COEUR

Le 27 octobre 2002, quelques semaines après le spectacle de Lynda Lemay, je dois faire face à l’insoutenable réalité. Il est environ 20 h, Nathalie doit absolument quitter la maison pour faire ses adieux à notre jeune amérindien.Ce dernier s’apprête à quitter son logement de l’île D’Orléans. Je sais que la situation n’est pas claire entre eux. J’avoue que je me sens mal! En fait, je ne sais trop comment interpréter de la décision de Nathalie d’aller le rejoindre.
Enfin, je lui demande si elle croit revenir tard. Je suis affreusement inquiet. Elle répond vaguement à ma question. Je lui fais une colère pour tenter de la raisonner, ventiler ma terrible angoisse. Après son départ, je me précipite chez ma belle-mère pour partager ma profonde inquiétude.
Celle-ci confirmera le bien-fondé de mes appréhensions. Elle m’apprendra les récriminations de Nathalie à mon endroit et les nouveaux sentiments qu’elle ressent pour ce jeune homme.
Je sais et je sens que ma belle-mère a de la peine. Elle est aussi désemparée que moi devant cet état de fait. Je suis tellement estomaqué par cette réalité que je réagis avec orgueil en me convainquant que je regagnerai son coeur. Voilà! Je regagnerai son coeur à n’importe quel prix!
Je reviens à la maison et j’espère son retour le plus tôt possible. La soirée avance et je réalise le drame auquel je devrai faire face. Connaissant le tempérament de celle-ci, je suis convaincu qu’il est déjà trop tard! Elle est amoureuse de ce jeune homme, elle ne reviendra pas!
Il faut que je tente un dernier geste. Je ne peux rester là sans réagir. Je sais l’endroit où il habite. Je décide de m’y rendre et arrivera ce qu’il doit arriver. Mon cerveau est comme gelé par l’intensité des instants surréalistes que je vis. J’arrive dans le petit stationnement où se situe son logement. J’aperçois le véhicule de ma compagne. J’anticipe déjà les moments douloureux que je vivrai au haut de cet escalier qui mène à la porte de l’appartement.

Ma respiration est haletante, mon coeur bat au rythme de mon angoisse. J’attends quelques secondes sur le parvis de la porte. J’ai peur de ce que je vais entendre et voir. Je me décide et cogne pour que l’on m’entende. Après plusieurs tentatives, il m’ouvre la porte. L’air sûr de lui, vainqueur, il ne me parle pas. Il va se rassoir près de sa conquête, triomphant. Il laisse son premier amour à vie s’exprimer dans un langage non verbal sans équivoque.
Nathalie place son bras derrière ces épaules et se colle à lui. Je me souviens que mes paroles étaient nouées dans ma gorge. Quelques phrases perdues sous le choc du moment.
Je comprenais en voyant la scène devant moi, dont l’amour naissant n’a pas de regrets. Il n’a que des espérances!
Je retournai chez moi, seul, trahi par la vie! Ma peine était sans nom et désormais une page devait se refermer. Il faudra que je compte sur le temps pour la suite des choses. Mais à quelques parts, au fond de moi-même, je savais, malgré l’immense peine, que le véritable bonheur de la femme que j’aimais, ce n’était plus moi qui pouvais lui apporter. Elle désirait au plus profond de son être vivre la maternité. Elle avait été séduite par le jeune amérindien dont elle était follement amoureuse.
Il faisait partie de l’univers poétique de son père, sorti tout droit d’un imaginaire qui la réconciliait avec les conséquences de son geste. J’étais sans armes!
Nous ne pouvions pour diverses raisons de compatibilité vivre la paternité et la maternité ensemble. Ce rêve elle le réalisera avec un autre homme.
Cette soirée, perça l’armature de ma foi en l’amour qui dure toujours.
Plusieurs années me seront nécessaires pour guérir grande blessure sous l’armure. Cette expression a été écrite par Félix Leclerc, dans le Tour de L’Île.

Allez aux risques de soi-même, exigeant parfois d’assumer les conséquences à la mesure des enjeux.
En amour, il n’y a jamais rien d’assuré ad vitam æternam. Chaque jour exige la reconquête de l’autre!
Une autre grande aventure débutera avec cette déchirante rupture:Ma propre reconquête!

JE DOIS QUITTER UNE MAISON LUMINEUSE ET PLEINE D’HISTOIRES À RACONTER

Notre rupture est très pénible. Elle revient coucher à la maison. Nos discussions sont franches et empreintes du regret de nous deux. Il est trop tard! Son coeur ne m’appartient plus. Ses rêves ne sont plus avec moi.
Aujourd’hui avec le recul des années, je ne me souviens pas d’avoir autant souffert à mon corps, à mon coeur et à l’âme. Toutes les larmes de mon corps à en avoir mal au ventre. Mon coeur était inconsolable. Ceux et celles qui ont vécu une grande peine d’amour savent de quoi je parle.
Pourtant, il y avait une petite lumière en moi qui scintillait. Une énergie de la survie et de la tête droite devant. Je me suis juré que j’allais me relever, peu importe la souffrance. Je me trouvai une petite maison à Ste-Pétronille, un autre village de l’île. Le 4 décembre 2002, je quittai la maison de mes amours et mes espérances pour un autre chez nous. Nathalie avait préparé toutes mes boîtes. Nous nous étions entendus sur le partage des biens.
Je continuerai la direction de la Fondation Félix-Leclerc et de l’Espace. Mais pour combien de temps! En serais-je capable dans les circonstances? Surtout en aurais-je encore le goût! Le camion de déménagement était prêt pour le départ. Nathalie était au camp à son père avec son jeune amoureux. Ils attendaient que je parte pour prendre possession de leur nouveau nid d’amour.
Je suivis mes effets personnels, laissant derrière moi, les plus lumineuses années de ma vie. Ma nouvelle maison m’attendait. Personne d’autre!
Désormais, mon chemin est d’apprendre à m’appartenir sans l’autre. Il faut que je réapprenne à vivre sans elle. Le temps fera oeuvre utile. J’y arriverai! Peu importe, le temps finit pas apaiser la souffrance, quelle qu’elle soit!

Je comprends aujourd’hui avec toutes ces années de recul, le sens de notre rencontre et de notre rupture. Nous étions allés au bout d’un rêve! Il fallait poursuivre notre destinée l’un sans l’autre. Notre amour avait accompli sa mission pour l’un envers l’autre.