Chapitre LVl:La réalité dépasse la fiction (Suite)

Nous sommes le 8 juillet 2002, il est environ 11 h de la matinée. Je suis sur la terrasse avant de L’Espace Félix-Leclerc. Il fait un soleil radieux. Mon ami Armand Ferland m’explique les problèmes de plomberie que nous avons au sous-sol. Rien de sérieux! C’est normal, L’Espace est accessible au public que depuis deux semaines. Les petits problèmes de toutes sortes émergent.
Soudain, mon cellulaire sonne. C’est le docteur Jean-Guy Lachance, responsable de la greffe rénale à L’Hôtel-Dieu de Québec. Mon coeur ne fait qu’un tour.Il m’annonce qu’il a un rein pour moi. La qualité et la compatibilité de l’organe sont excellentes. Vous vous rendez compte!
Ça fait onze ans que j’attends d’entendre cette voix, que j’associe à la délivrance de 12 heures de traitements par semaine. Je suis invité à me rendre à l’unité de la greffe rénale dans les heures qui suivent.
Je me sens tout drôle! À la fois, complètement fou de joie, mais comme anesthésié par un don d’organe que je n’attendais plus. À partir de maintenant, tout se déroulera très vite. J’annonce la nouvelle à Nathalie et à ma belle-mère. Elles pleurent de joie!Mes parents et mes amis proches n’y croient pas.
Deux rêves coup sur coup : L’Espace Félix-Leclerc et la greffe d’un rein après onze années d’attente.Ouf!

LE 9 JUILLET:LA GREFFE

Je suis à ma chambre de la greffe depuis la veille. Tous les préparatifs et prises de sang d’usages sont faits. Mon père, ma mère et Nathalie sont avec moi, dans l’attente du brancardier. Mon rein est arrivé à l’unité de la greffe rénale. Il y a onze ans, je vivais et ressentais les émotions toutes particulières de l’attente d’une greffe. Cette fois-ci, l’expérience est encore plus lumineuse, mais empreinte d’une bonne dose de réalisme. De toute façon, ce n’est pas dans mon tempérament de me compliquer la vie avec des détails dont je n’ai pas le contrôle. Bien sûr, la possibilité d’un rejet du greffon existe. Toute ma vie j’ai été au risque de moi-même.
Je revois mes parents et Nathalie m’accompagner jusqu’à l’ascenseur du 7e étage. Je les quitte des yeux lorsque les portes se referment.
Voilà, je descends au troisième étage, pour le bloc opératoire. L’émotion m’étreint! Une deuxième chance de vivre libre, sans le besoin vital de la dialyse. Drôle comment le destin fait son compte parfois!
Tout est au rendez-vous pour le grand bonheur:L’amour de Nathalie, la concrétisation de L’Espace Félix-Leclerc, vivre sur l’île D’Orléans, pays de la poésie et des mes ancêtres. Enfin, une greffe rénale après onze années d’attente.L’opération se déroule merveilleusement bien.Le greffon fonctionne à plein régime, tellement que j’urine sans arrêt.Déjà que je ne suis pas un colosse au niveau de mon armature, là je perds facilement 10 kilos, seulement en surplus de liquide.Mais la cortisone se chargera d’ouvrir mon appétit et d’ajouter quelques kilos à ma charpente longiligne.

Après quelques semaines à l’Hôtel-Dieu de Québec, je retourne à la maison sur l’île D’Orléans. Je trouve difficile de rester à ne rien faire. Nous venons à peine d’ouvrir L’Espace Félix-Leclerc.Nathalie organise une grande fête pour souligner mon anniversaire de naissance. Celle-ci coïncide à quelques jours près avec ma sortie de l’hôpital. Elle rassemble dans la salle de spectacle de L’Espace Félix-Leclerc, de nombreux parents et amis. Ces derniers saluent le bonheur de ma nouvelle greffe, mon anniversaire et la réussite de notre projet.
Nous sommes le 3 août, il fait encore une fois une journée magnifique.
Comme je suis fin observateur, je remarque un regard complice et angoissé de mon jeune amérindien envers Nathalie. Je n’en ferai pas de cas sur le coup, mais je sais et surtout, je sens qu’il se passe quelque chose.
Nathalie s’occupe des affaires courantes de la Fondation et de la bonne marche du nouvel équipement culturel. Elle pouvait compter sur l’équipe en place et d’un gestionnaire à l’administration, qui travaillait pour notre organisme depuis plus de six mois. Conscient de mon état de santé fragilisé, j’avais accepté l’offre d’un jeune cadre retraité de la Banque Royale du Canada.
C’était un grand admirateur de l’oeuvre de Félix Leclerc.
Une année avant l’ouverture officielle, il m’avait contacté pour offrir ses services bénévoles.
Nous nous sommes rencontrés à quelques reprises afin d’échanger sur ses compétences et le sérieux de sa démarche.Ayant mûrement réfléchi à sa proposition, je l’assure officiellement d’une place dans notre équipe de gestion. Nous lui verserons un petit salaire pour compenser quelque peu son dévouement à notre projet.
Mais je trouve difficile de laisser la direction de L’Espace, même temporairement!
Je suis là, pas très loin!Ce n’est pas que je n’ai pas confiance en Nathalie.Je considère qu’elle n’est pas prête à prendre certaines responsabilités, tout simplement! Dans ma tête, elle doit compléter quelques apprentissages de gestion, d’organisations d’évènements culturels et de levées de fonds.Enfin! Le temps fera son oeuvre. Elle aussi d’ailleurs!
À ma connaissance, elle n’a jamais vendu directement un billet de spectacle pour nos soirées-bénéfices ou à peu près. Oui, indirectement par le biais des membres de sa famille, mais elle n’était pas très entichée par la sollicitation quelle qu’elle soit. Souvent, je sollicitais les membres de sa famille à sa place.
Voilà, quelques-unes de mes craintes à cette époque.
Ce qui ne lui enlevait pas ses grandes qualités de communicatrice et sa grande sensibilité artistique.Je crois qu’elle était dans une période de sa vie ou elle désirait se réaliser comme femme. Être quelqu’un en dehors du nom de son père et de moi.
La présidence d’honneur de la Chambre de Commerce de L’ile D’Orléans

Les gens d’affaires de l’île, en reconnaissance pour la réussite de l’Espace Félix-Leclerc, me font l’honneur de la présidence de leur événement annuel. Nous sommes en septembre 2002, deux mois après ma greffe rénale. Une greffe qui se conjugue de haut et de bas. Cette journée-là, j’avais dû subir une biopsie rénale. Je commençais un début de rejet de mon greffon. Malheureusement le soir venu, j’ai annulé ma présence à cet événement festif et important pour la chambre de commerce. Je crois que Nathalie m’en voulait un peu de cette annulation. Pour elle aussi, c’était une magnifique occasion pour célébrer avec les amis, la réussite de ce qui lui tenait à coeur depuis des années. Je me sentais mal pour elle et surtout les organisateurs de la fête. Enfin! C’était le début d’une série d’épreuves dont je n’imaginais pas de l’ampleur.