Après l’audition de L’Espace Félix-Leclerc, je revois Fabiola quelques semaines plus tard à Trois-Rivières. Nous sommes au début d’avril 2003. La relation entre nous se dessine tout doucement. Je me sens bien en sa présence. Elle est vive d’esprit et le rire facile. Une femme de tête, avec une grande intelligence du coeur. Je partage le repas avec quelques-uns de ses amis trifluviens. Nous savons qu’il se passe quelque chose entre nous. Ce sera une question de temps pour l’expression de notre attirance mutuelle et les élans d’un désir passionnel.
Nous nous reverrons sur l’île pour discuter de sa présence comme artiste de la relève au sein de la programmation de L’Espace Félix-Leclerc.
Le 24 juin 2003, elle est de retour du festival de Redon, dans l’ouest de la France. Elle avait assumé le rôle de marraine. Je me proposais d’aller la retrouver sur Barcelone après le festival. Mais ma néphrologue me l’interdit.
Ma greffe rénale n’allait pas très bien. Alors, je me pliai à ses recommandations.
Elle rendra hommage au poète qui a marqué son enfance et l’imaginaire de ses parents, son père surtout! Il s’agira de son premier spectacle à L’Espace Félix-Leclerc, dans le cadre de la Fête nationale des Québécois.
Chaque fois qu’elle monte sur scène, je suis sous le charme, conquis par sa beauté et l’intensité de sa présence artistique.
Sa voix me transporte dans les univers émotionnels des auteurs et de sa magnifique sensibilité.
Je la produirai à nouveau pour des petits spectacles dans le cadre des soirées, présentant les feux d’artifice Loto Québec au pied de la Chute Montmorency. À 21 h 30, le spectacle arrêtait. Les spectateurs étaient invités à la terrasse extérieure de L’Espace. Le temps d’apprécier la magnificence au dessus de la chute aux couleurs d’un ciel tout en musique, tout en lumière.
Elle sera de la programmation de la commémoration des 15 ans de Félix sur l’Île.Dès l’automne, notre relation se modulera, entre l’amour et l’amitié.
Comme je vous le disais, dans un des chapitres antérieurs, la rupture avec Nathalie aura des séquelles plus importantes que prévu.
Vivre un amour si rapidement après une grande peine d’amour peut dans certains cas, caché des choses non réglées avec soi-même et la vie.
Fabiola est une femme profondément intense, une artiste de grand talent. Mais elle est beaucoup plus jeune que moi. Elle a un tempérament de feu, une indépendance d’esprit qui m’interpelle. Notre relation intime ne durera que six mois.
J’accepte cependant, malgré la fin de notre idylle amoureuse, de m’occuper du développement de sa carrière artistique. Après mon départ à la direction de la Fondation Félix-Leclerc, nous signerons elle et moi, un contrat confirmant mon statut d’imprésario de sa jeune carrière.
La tournée en France avec l’étroite implication de l’association France-Québec sera l’un des premiers pas pour les assises du développement de sa carrière outre-Atlantique. Bien entendu, sa prestation à Aix en Provence contribua à la faire connaître auprès de certains décideurs et diffuseurs du monde de la chanson. En juin 2003, je communiquerai avec Gérard Davoust, PDG des éditions Raoul breton et bras droit de Charles Aznavour.
J’insisterai auprès de lui pour qu’il se rende au centre culturel canadien voir Fabiola en spectacle. Il s’agissait de sa première prestation artistique sur Paris.Gérard Davoust est un homme très influent dans l’univers de la chanson Française et francophone.
Il parraine avec le grand Charles Aznavour, la carrière de Lynda Lemay en Europe. Il est au courant que Fabiola Toupin sera du spectacle de Lynda dans moins d’une année. Ce spectacle est une création originale de Lynda Lemay. Il s’agit de l’opéra folk « Un Éternel Hiver ».
Je négocierai les éléments de son contrat avec les Productions Caliméro. Pour des raisons que je ne veux dévoiler, Fabiola s’entendra directement avec l’artiste. Il s’agit d’un tremplin formidable pour le développement de sa carrière en Europe et au Québec.
Mais avant qu’elle s’investisse dans cet opéra folk, elle fera la tournée d’une vingtaine de villes en France.Comme vous le savez, il s’agit de la résultante de mon initiative auprès des dirigeants de France-Québec lors de l’hommage à Félix Leclerc à Aix en Provence.
J’irai la rejoindre au cours de son périple dans diverses villes du pays. Je fermerai la boucle de mon voyage, en intercédant auprès de Nicole Londeix, pour la présenter au public du Sentier des Halles à Paris.Nicole Londeix, directrice générale de ce lieu, une amie de l’époque du prix Félix-Leclerc de la chanson, la recevra dans cette petite salle de spectacle d’à peine 60 places assises. Petite salle marquant les débuts de Lynda Lemay à Paris.
Après quelques semaines, je laisserai Fabiola et Manu, son guitariste, poursuivre l’aventure artistique pas toujours facile, mais combien riche de rencontres et de découvertes, parfois insoupçonnées! Elle apprendra la belle Fabiola, les plaisirs des trains du pays, les longues heures d’attentes pour sillonner les plus belles régions menant aux salles des applaudissements.
Les sacrifices à consentir pour se faire entendre par les nouveaux publics.
Par l’intermédiaire de l’un de ses amis, lors de son séjour en Espagne suite au festival de Redon, elle prendra contact avec l’organisation du forum mondial des cultures. À son retour, je négocierai l’ensemble de son contrat avec la responsable de l’embauche et la signature des artistes. Elle y passera plusieurs semaines durant l’été 2004. J’irai la rejoindre pour profiter de l’une des plus belles villes de l’Europe. L’architecture, l’aspect « tripatif » comme le dirait Jacques Languirand, les bonnes tables et les nuits festives donnent à Barcelone, Capitale de la Catalogne, un éclat unique.
Ma santé est chancelante, mais je m’obstine à vivre ce voyage. Je sais par intuition qu’il sera peut-être mon dernier en Europe avant longtemps. Je suis encore sous le charme de cette fabuleuse artiste. Elle a quelque chose que je ne saurais expliquer qui m’attache à elle. Elle est de cette race de femme qui n’appartient à personne.
Elle ne peut aimer que dans la liberté! Voilà, une attitude devant la vie et l’amour qui me rejoindra quelques années plus tard. Au sortir d’une relation amoureuse de huit années, où je vivais dans une bulle amoureuse, je découvrais une femme qui aimait s’ouvrir aux autres le plus librement possible. La liberté sera aussi chère à son coeur qu’au mien! Nous avons certainement des raisons similaires, mais aussi très différentes.
Je savais au fond de moi que je n’avais plus la santé pour la suivre. Accepter cet état de fait ne fut pas facile. J’avais la certitude que l’Europe serait un terroir propice et riche pour le développement de la carrière de la jeune chanteuse-interprète. L’Espagne entre autres regorgeait de possibilités pour une jeune artiste douée d’un tel talent et tempérament!
Trouver un agent sur le territoire devenait un incontournable. Nous avions identifié tous les deux un jeune homme plein de ressources et d’admiration pour l’artiste trifluvienne. Un ami français, ayant connu Fabiola à Trois-Rivières, était prêt à relever le défi.
À son retour du vieux continent, nous décidons de recouvrer notre liberté. Nous nous rencontrons chez moi sur l’île. D’un commun accord, nous déchirons le contrat officiel qui nous unit sur le plan légal. Je suis dédouané de l’engagement lié à l’exclusivité artistique. Les Productions Christian Bilodeau pourront s’occuper de la gestion et du développement de la carrière de nouveaux artistes. Ce qui ne m’empêchera pas de soutenir la carrière de Fabiola.
Cette dernière se prépare à partir en tournée avec Lynda Lemay. Elle sera en Europe pour une bonne partie de la prochaine année. Nous comprenions l’un et l’autre que le temps était venu de tourner la page. Nos tempéraments et ma santé commandaient cette décision.




