J’ai décidé de me donner du temps de repos. Depuis quelques mois suivant mon infarctus, j’écris un peu de poésie. Premier balbutiement à l’écriture. Je découvre une nouvelle passion qui me fait plaisir. Je vis à Beauport, dans un logement que je partage avec une connaissance. Je dois vous avouer que rarement il m’est arrivé d’être malheureux à ce point.
Je suis un homme qui cherche la beauté des choses, celle des personnes qui m’entourent. Mon âme a besoin de s’élever pour se sentir heureuse. Là, mon entourage était composé de gens négatifs, mal dans leur peau, dont le matérialisme et la consommation étaient leurs références au monde. Je me sentais à des années lumières de leur univers.
En décembre 2007, je décidai de sortir de cet environnement néfaste pour aller vivre seul dans le Vieux-Québec. Je retrouvais une mémoire, un charme, une beauté qui nourrissait mon coeur et mon imaginaire. J’en avais franchement besoin!
UNE INFECTION SOURNOISE
Février 2008, je constate une inflammation au mollet de ma jambe droite et de mon talon. J’ai de la difficulté à marcher depuis un certain temps. Des douleurs de plus en plus présentes qui m’inquiètent sérieusement.
Je demande une rencontre avec ma néphrologue Isabelle Côté.Après un examen visuel de ma jambe et de mon pied, elle prescrit pour savoir de quoi il s’agissait, une radiographie, une numérisation et une échographie. Les résultats sont concluants:Une infection virale.
Je commence donc une série de traitements aux antibiotiques reçus par intraveineuse. On me pose un cathéter, qui restera en place quelques mois.
Cette bactérie sera extrêmement tenace, les antibiotiques n’arrivent pas à prendre le dessus. Dans mon cas, compte tenu de ma greffe, les risques d’intoxiquer mon greffon sont réels. Là sont toute la problématique et le défi pour l’infectiologue et ma néphrologue. Je suis fatigué de m’administrer deux fois par jour par la voie d’un cathéter ces antibiotiques qui me rendent plus moche qu’autre chose.
Des ponctions sous échographie sont nécessaires. L’infection est tellement purulente à l’intérieur de ma jambe droite que la chirurgienne n’arrive pratiquement pas à anesthésier mon mollet au niveau de la partie infectée.
La douleur lors des interventions est indescriptible. On a tenté à trois ou quatre reprises de ponctionner la région malade.
DES CONVULSIONS ET LES SOINS INTENSIFS
Après plusieurs mois d’antibiotiques intraveineux, de ponctions sous échographie, l’évidence se fait incontournable:La chirurgie.
Nous sommes un jeudi soir, veille de mon opération. Je me sens calme et résilient devant cette perspective qui ne me plait guère, mais enfin!
Je suis hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Québec.
Tout débute par des tremblements incontrôlés. Je suis dans un état conscient. Plus la soirée s’allonge, plus mes tremblements, des spasmes de tout mon corps se manifestent frénétiquement. Je ne suis plus maître de mon cerveau. J’ai en mémoire ce moment, ou ma néphrologue Isabelle, ma fille Anne et ma petite soeur Nancy sont près de moi. Elles me posent des questions.
Mon cerveau est déconnecté! Ma capacité de répondre correctement n’est plus possible. Je suis dans un état conscient, mais sans prise sur le réel. Drôle de sensation que cet état de conscience de la non-emprise sur la réalité.
Finalement, je me retrouve aux soins intensifs, sans avoir subi ma chirurgie à la jambe. Je passerai dix jours dans cette unité. Pendant cette période, je serai sous haute médication et surveillance. Mon coeur commence à souffrir. Par chance, l’équipe de spécialistes intervient à temps. Je perdrai plusieurs kilos en muscles et devrai envisager une hospitalisation de quelques mois.
Une convalescence qui s’annoncera la plus difficile de ma vie. La perte inéluctable de ma capacité rénale.
Mon greffon ne pourra résister à tous ces assauts répétés de produits toxiques et la trop grande faiblesse de mon système immunitaire.