L’unique Marc Favreau (Sol)

Il y a des artistes qui sont hors norme.Il se démarque par leur créativité, leur immense talent, leur relation privilégiée avec le public, leur présence sur la scène.
Marc Favreau, le poète, le philosophe social, l’humoriste de l’imaginaire étaient un artiste qui ne laissait rien à la légère. D’une rigueur presque démesurée, il vouait à son public un amour et un respect rarement égalé dans le monde artistique québécois.
J’ai eu le bonheur et l’honneur de le recevoir à l’espace Félix-Lelcerc de l’île D’Orléans, de le rencontrer à plusieurs reprises, lors d’évènements reliés à Raymond Devos et l’applaudir au festival en chanson de Petite Vallée.
Un être d’une grande sensibilité, amoureux de sa compagne de vie, gérante de sa carrière artistique.

UN FAIT VÉCU

Un soir de fin d’été 2003, je produis sur la scène de L’espace Félix-Leclerc, le grand artiste Marc Favreau.Bien entendu, le personnage de Sol occupe toute la scène. La salle est remplie à pleine capacité. Arrive le moment de l’entracte. Sa loge est au sous-sol du bâtiment.
Tout était prêt pour son confort à l’intérieur de celle-ci.M’étant assuré qu’il ne manquait de rien, je le laisse à son repos bien mérité.
Je vais retrouver le public, comme je faisais à l’habitude. Souvent, cette pause de l’artiste permet au diffuseur de recevoir les commentaires du public.
Je décide de me diriger vers sa loge, juste par curiosité et m’assurer qu’il ne manque de rien. En m’approchant de sa loge, je suis surpris de l’entendre, de le voir se remémorer de façon fébrile et intense, la deuxième partie de son spectacle. Il est tellement concentré que je n’ose pas le déranger. Je me sens mal d’être témoin d’une telle angoisse vécu par un si grand artiste. Je n’en reviens pas de l’entendre récité de mémoire, à haut et rapide débit, les monologues de la seconde partie du spectacle.
À la fin de sa prestation artistique, les spectateurs sont conquis. Une ovation debout de plusieurs minutes pour notre immense et fabuleux artiste.
J’avais invité Marc Favreau quelque temps auparavant pour l’hommage à son corolaire français:Raymond Devos.
À l’annonce de sa mort, un pincement au coeur. Je savais que le Québec et la francophonie venaient de perdre un géant.
Plusieurs générations d’hommes et de femmes du Québec ont perdu cette journée-là, une partie de leur enfance. Il aura laissé une empreinte indélébile dans l’imaginaire collectif de plusieurs générations de francophone d’ici et d’ailleurs. Un homme d’esprit dont la démarche artistique était le prétexte à la réflexion collective et individuelle. Merci Marc Favreau et notre Sol national.