Nous débarquons du véhicule, nous nous dirigeons sur le parvis de la maison. Haima cogne à la porte.Une dame d’une cinquantaine d’années nous accueille. Elle nous invite à nous assoir sur les petits bancs extérieurs longeant la galerie.Ele nous offre une limonade, en attendant. Après quelques minutes, un gaillard cubain, propriétaire des lieux, nous invite à entrer. Il nous dirige vers l’arrière de la maison.
J’entend des cris de cochons. Je commence à me douter du repas du soir. Eh bien oui! Je vais acheter un petit cochon vivant, d’environ quinze kilos, que le gentil colosse place dans une poche de jute. Nous voilà avec le cochon sur le siège du véhicule, direction Freeres. J’ai payé l’équivalent de trente dollars pour l’acquisition de la bête.
Arrivés à la casa, l’esprit est festif et joyeux. Tout le monde est là, même des nouvelles figures que je ne connaissais pas.Commence la préparation du repas. Je suis convié par le mari de la meilleure amie de Haima, à ramasser le bois pour le feu et la construction de la structure, qui fera office de broche pour la cuisson du porc cubain. Jusque-là, ça va!
Mais arrive le moment où nous devons sortir l’animal de sa poche. La suite ne me tente guère! Mais, il faut faire ce qu’il faut. Mon ami de demande de tenir l’animal, qui crie de tous ses poumons. Déjà là, c’est assez traumatisant d’entendre un cochon crier de toutes ses forces. Par la suite, on lui attache les pattes. Mon jeune cubain a dans ses mains un couteau bien affilé. Les instants qui suivent, si vous n’avez pas le coeur fort, prière de s’abstenir de lire.
Nous empoignons le jeune porc, en le tenant ferme par la tête. Commence l’opération de la saignée de l’animal. Wow! Le couteau affilé, mon partenaire cubain lui enfonce la lame dans la gorge, faisant une incision profonde. La saignée sera mortelle et sans douleur pour la bête. Jusqu’à le vider de son sang, l’animal se débattra, poussera des cris plus longuement que je pensais. Je trouvais cette scène surréaliste. Moi, qui ne veut même pas chasser un oiseau, me voilà à saigner un jeune porc. Une fois le tout terminé, le sang est ramassé dans un contenant et remis à la femme de la maison.
Après quelque temps, nous embrochons le porc et l’installons pour la cuisson.
Je tournerai la broche plusieurs heures en alternance avec mon ami Cubain.Cela exige de la force et de l’endurance. Surtout le développement d’une technique du poignet qui facilite le travail de cuisson. Haima me regarde d’un air admiratif.Probablement qu’à ses yeux, je me suis comporté comme un vrai homme.
La soirée se déroule dans le bonheur, sous un ciel qui allume ses chandelles une à une. Un ciel cubain pour la fête!
Nous buvons le rhum à la bouteille et mangeons l’animal sacrifié, avec délice et appétit. Cette soirée est gravée dans ma mémoire à jamais!
Les jours suivants, nous allons faire de l’équitation, découvrir la mer, faire le farniente chez Haima, mais surtout allez danser à la discothèque de Guardarlavaca.Sa meilleure amie et son jeune mari, sont souvent avec nous. Ils sont d’une grande gentillesse et très discrets.
Haima est magnifiquement douce et présente. Une jeune femme attentionnée, sensible, très intelligente. Un corps de déesse, au regard de mer! Je crois que le départ sera plus difficile que prévu. Une vraie beauté de l’île.
Je ne peux terminer ce récit, sans vous raconter mon expérience avec le système de santé cubain. Comme tous les jours, nous nous retrouvons dans la cour arrière de la casa.Nous discutons, fumons, prenons un café tout en profitant du plaisir du bébé, surtout d’être près l’un de l’autre, Haima et moi.
Soudain, en voulant me lever du banc de bois où nous étions assis, un clou rouillé qui sortait d’une des planches, me cisaille une entaille profonde au niveau de la cuisse droite. Le sang abonde de la plaie et je dois intervenir assez rapidement pour éviter l’infection. Étant donné que je suis greffé du rein et que mon système immunitaire par les médicaments antirejet est affaibli, il faut que j’intervienne promptement pour nettoyer et coudre la plaie ouverte. Il n’y a pas de téléphone à la casa. Cette dernière s’empresse d’aller chez le voisin, appelé pour du secours. Son père est avec nous, me prépare une compresse pour ralentir le débit du sang.
Arrivent les secours attendus. Je croyais qu’un véhicule ambulancier se présenterait. Eh bien non, il s’agissait d’une bicyclette à deux bancs avec une radio jouant des airs cubains. Bon, je n’ai pas le choix des moyens, va pour l’ambulance de fortune. Croyez-le ou non, nous nous retrouvons trois sur cette ambulance à deux roues. Je vous jure, c’était totalement surréaliste. Direction pour l’hôpital de Freeres. Nous roulons sur une route dont la dimension des trous est inimaginable. Le conducteur, un jeune Cubain en super forme physique, évite ces obstacles comme un maître des chemins minés. Nous arrivons à l’hôpital, mon beau-père de vacance à mes côtés. Il explique ma situation et l’on m’installe sur un brancard de la salle d’urgence. Le médecin chirurgien regarde ma plaie. Il la nettoie abondamment et procède aux points de suture nécessaires. La salle est propre. L’attente n’a été que de quelques minutes. Sauf, que le chirurgien m’a recousu à froid. J’ai serré les dents, en regardant le père de Haima. Il semblait fier de me voir accepter cette intervention sans maugréer de quelques façons que ce soient.
Nous sommes revenus avec le même transporteur, ou je fus accueilli presque en héros par la famille, surtout Haima.
Plus que deux jours à mes vacances. J’offre à Haima quelques cadeaux, sans oublier sa famille merveilleuse. Nous nous retrouvons la veille de mon départ, chez une grande amie de Haima. Au coeur du village, dans une maison à deux étages, je suis reçu avec beaucoup de fraternité. Nous mangeons le repas du midi et du soir, dans la pure tradition cubaine. La musique cubaine résonne de partout. Toutes les maisons avoisinantes dansent sur des airs dont je n’oublierai jamais la sonorité
L’amie de Haima, nous offre sa chambre pour la nuit. Cette dernière a le coeur triste, moi aussi d’ailleurs. Comment pourrais-je oublier ces moments de découvertes et d’humanité au pays de Fidel?
Je ne lui fais aucune promesse quant à la suite des choses. Je sais que je pourrais l’aimer follement.Mais j’attends de voir ce que le temps suggèrera à mon coeur!
Le jour du départ, elle m’accompagne à l’aéroport. Nos mains resteront nouées tout le long du trajet. Nos regards se croiseront pour une dernière fois, à la sortie du taxi. Je la quitte des yeux, en sachant que je ne reviendrai peut-être jamais sur l’île de Fidel. J’ai longtemps pensé à elle, par la suite. Je lui dédie ce texte! Merci du privilège qu’elle m’a offert en partage:Celui de la découverte d’un peuple merveilleux et d’une jeune femme aux yeux de mer, le coeur pur comme l’émeraude.