En fouillant dans la mémoire de mes premiers amours, il m’apparut mon premier véritable coup de coeur de jeune adolescent.
Véritable saga, premiers balbutiements du désir amoureux, le tout se déroule dans un endroit tout à fait contradictoire pour moi:Une colonie de vacances!
Je détestais quitter mes parents, me retrouver dans des organisations encadrées et dirigées par des étrangers qui imposeraient leurs contrôles sur mon quotidien! Enfin, mes parents avaient décidé que mon jeune frère et moi, dont j’aurais la garde morale, passerions nos vacances dans un camp d’été du lac Brochet de Saint-David-De Falardeau.
J’appréhendais ce moment de villégiature et d’activités plein air au sifflet, sans grand enthousiasme.
Mais je devais m’incliner devant la décision parentale! Il n’y avait pas de discussions possibles. Nous voilà, mon petit frère et moi, loin du nid familial, où semblent s’amuser follement les jeunes déjà en place dans les campements qui sentent le bois résineux et les couvertures de l’armée. Le trajet allé avec mes parents me parut follement court. De Jonquière au lac Brochet, peut-être une heure et demie de route en partage avec une nature invitante. Enfin, le moment que je redoutais dans ma tête de jeune garçon de douze ans arriva!
Le départ de mes parents, nous quittant mon jeune frère et moi, dans un geste de la main sans équivoque. Trois semaines avant la fin de ce qui me sembla déjà interminable comme vacances de fin d’année scolaire. Enfin! Je devais jouer le frère ainé et rassurer mon cadet de huit ans plus jeune.Une affection bien sentie envers ce benjamin pour qui j’avais un attachement filial très fort!
Tâche que je prise au sérieux dès l’instant où les regards de mes parents se sont éloignés sur la route enchanteresse de la seule voie d’accès menant à ce camp pour jeunes de classe moyenne.
Les premiers jours se déroulent sans grand enthousiasme, en participant de bon gré au déroulement des activités de loisirs inscrites à l’agenda de notre groupe, dont j’ai oublié le nom de reconnaissance.
Je m’assure du bien-être de mon frère Dany et lui rends visite tous les jours.
Bien entendu, la direction du camp nous avait fait visiter préalablement toutes les installations à notre service, entre autres, celle de l’infirmerie. J’avais remarqué la beauté de la jeune infirmière qui soignerait nos blessures le cas échéant.
Une activité, randonnée à vélo dans les petits sentiers avoisinants, était prévue à l’horaire de notre troupe. Vraiment, quel bonheur de sillonner les pistes sinueuses, escarpées de ce tracé, splendide avec un bon degré de difficultés.
Une envie folle et aussi soudaine que saugrenue, celle d’une dératée volontaire dans un ravin au détour du sentier.
La raison était juste à côté de moi. Celle qui partageait le parcours à bicyclette, ma belle infirmière de mes rêves de nuit. Voilà un moyen original, mais à risques de me rapprocher de l’élue de mon coeur.
La manoeuvre était périlleuse, mais j’étais sûr de mes adresses physiques. Quelques blessures mineures valaient l’espérance de me retrouver près d’elle à l’infirmerie.
Un coup de guidon, me voilà dans une descente vertigineuse, dans un ravin plus à risque que je croyais. Arrivé au fond de ce périple de l’amoureux, je feins m’être cogné solidement la tête sur une roche lors de ma descente olympique.
L’attroupement ne se fit pas attendre, mais surtout la présence enveloppante et soignante de l’infirmière de mes pensées secrètes. Quel bonheur pour un blessé tombé au combat pour sa belle, de la sentir si près si attentive à tous mes maux réels et imaginaires! Était-ce là, une réponse affective en manque de ma mère? Le début d’une longue quête dans mes rapports avec les femmes ou elles étaient plus belles dans mon imaginaire que dans le réel?
Je passai la semaine tout près de sa couche. J’étais follement amoureux de cette jeune infirmière en stage dans une école de formation de Chicoutimi.Surtout follement jaloux de ces soirées du vendredi soir, à ses entrées nocturnes après des moments festifs avec les moniteurs du camp.
Une semaine, ou chaque soir elle venait me border avant d’aller se coucher à quelques mètres de mon petit lit de blessé, au besoin d’amour trop grand!
J’ai poussé l’audace et le jeu jusqu’à me retrouver en examen à l’hôpital de Chicoutimi, pour mal de tête inexplicable. La batterie d’examens ne décela aucune anomalie, expliquant mon véritable mal:celui du trop grand besoin d’amour de ma mère.
Mes parents surtout mon père, en voyant la jeune infirmière à mon chevet, comprirent le premier la fausse représentation de son adolescent, épris de cette jeune beauté aux regards attendris sur son premier blessé de camp.
À ma sortie de l’hôpital, une discussion avec mon père seul à seul, soutira mes aveux,à peine voilés, de mes sentiments, surtout ma stratégie de conquête, au prix d’un scénario pas très catholique, en contradiction avec la mission du camp, fondée par un abbé du nom de Falardeau.
Je la revis à quelques reprises en allant chez elle à Arvida. Le temps fit son oeuvre, surtout son nouveau copain, je dois l’admettre.
Mais, avec le recul je compris que je soufrais peut-être, certainement du complexe d’Oedipe, bien connu des psychologues de l’époque.
Au fond, j’étais amoureux de ma mère. En manque d’elle, jaloux de l’amour qu’elle portait à mon père.Cette disposition influença mes choix amoureux d’adultes, jusqu’au jour où je compris que je devais tuer cette attitude affective, psychologique néfaste. Avouons que cela me prit quelques amours pour tranquillement me diriger vers des femmes dont l’image se démarquait de la mère sainte et amoureuse dans l’absolue.
Mes rapports avec les femmes aujourd’hui, demeurent parfois ambigus, entre le désir de beauté, le sentiment de conscience de leurs faiblesses, leur vanité insatiable et leur besoin de plaire avoué.
Mais, la maturité et la connaissance de mes véritables besoins d’homme me rapprochent de la femme, différemment. De façon, plus détachée, plus complémentaire, mais aussi présente.
Mais honnêtement, même à cinquante-cinq ans, j’aime encore l’amour fusionnel!Un indomptable, éternel, insoumis!
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