La Brasserie Lipp du quartier Saint-Germain à Paris

Je viens d’écrire un petit texte sur le chemin de l’exil. Une petite poésie-réflexion sur la capacité de la vie de nous surprendre. Aujourd’hui, j’ai 55 ans, je reçois des traitements de dialyse trois fois la semaine, dans l’espérance d’une troisième greffe de rein.
Je ne ne sais pas ce que la vie me réserve comme surprises, les chemins que je devrai emprunter pour aller au bout de ma quête.
Mais je vais vous raconter une histoire qui prouve ce que je tente d’exprimer à l’occasion dans mes textes. Qu’il faut s’accrocher de toutes ses forces et croire dans sa chance, le destin a des cartes cachées dans sa manche.
Même dans mes rêves les plus fous de mon enfance à ma jeune vie adulte, j’aurais imaginé vivre une pareille soirée. Nous sommes à Paris 1999, Nathalie Leclerc et moi, invités par la délégation générale du Québec à Paris, pour célébrer une grande fête, celle des quarante ans de notre délégation dans la Ville lumière.
Nous sommes amoureux, le bonheur pleine voilure avec le projet de création de L’Espace Félix-Leclerc sur l’île comme voilier amiral de notre rêve commun.
Nous quittons notre petit hôtel parisien, pour la réception offerte par le gouvernement du Québec, en l’honneur de la maturité des relations France-Québec qui trouvait son point d’ancrage sur la rue Pergolèse, dans le chic arrondissement parisien.
La soirée se déroulait sur invitation personnalisée, dans un prestigieux bâtiment d’un arrondissement dont j’ai oublié l’endroit. Nous rejoignons Raymond Devos et Françoise, à l’entrée principale des convives comme nous l’avions prévu quelques heures auparavant.
Nous sommes annoncés tous les quatre par nos noms et défilons devant les ministériels de la Culture, des Relations internationales et le vice premier ministre du Québec, monsieur Bernard Landry.
Déjà là, faire notre entrée avec le plus grand poète-humoriste de la francophonie, sa compagne, gérante d’artistes prestigieux et amoureux de surcroit de la plus belle fleur de l’île, Nathalie.Nous sommes présentés aux décideurs de l’État Québécois, vraiment, mes rêves les plus fous, n’allaient pas dans cette voie!
La soirée se déroule aux rythmes des rencontres les plus surprenantes les unes que les autres. Tous les grands noms du monde littéraire, du cinéma, de la chanson, du monde des affaires, de la politique québécoise et un nombre impressionnant de personnalités des divers milieux de la vie française, sont là!
Un plaisir des sens, tant par les vins offerts que les plateaux de petites bouchées fines, sans oublier le buffet royal!
Nous assistons au spectacle de fin de soirée, nous retrouvons sur la petite scène centrale, au milieu d’un prestigieux parterre d’invités, les prestations des Garou, Isabelle Boulay, des membres du Cirque du Soleil et bien d’autres artistes représentant avec éclat des éléments de la culture québécoise. Mais Raymond Devos nous réservait une surprise inattendue!
Ils nous invitent, Nathalie et moi, à terminer cette soirée de rêve à la Brasserie Lipp, lieu mythique par excellence de la vie culturelle et politique de Paris.
Des personnages tels que Mike Davis, François Mitterand, André Malraux, Antoine de Saint-Exupéry, André Gide, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Ernest Hemingway et Léon Blum y ont eu leur table attitrée.
L’arrivée et notre entrée en compagnie de Devos, avait quelque chose de surréaliste! Accueilli comme un prince, Devos est dirigé à sa table personnelle avec toute la politesse et la déférence dévolue au grand de ce monde.
Il est certainement minuit! Le personnel assigné à la table connaît les goûts du poète de l’imaginaire. Une carte des vins très relevée et une ambiance feutrée, comme j’avais imaginé la scène, durant le trajet nous menant à l’antre des repas bien arrosés des grands personnages de France et d’ailleurs.
Raymond Devos commande un tartare, de son choix, Françoise la même chose, Nathalie et moi demandons des suggestions maisons, qui se concocteront en cuisine par la préparation d’un poisson grillé, spécialité du chef!
Raymond et Françoise semblent aussi heureux que nous de ce moment d’accalmie relative. Nous sommes vraiment bien ensemble! Malgré le prestige des lieux, une simplicité autour de la table.
Juste la merveilleuse impression que je vis un moment inimaginable pour moi, quelques années auparavant!Je sais combien aujourd’hui, que la véritable beauté et grandeur de ce moment était le regard d’enfant de Raymond Devos, l’amour de Françoise pour l’homme de sa vie. Les battements de coeur pour le plus beau champ de blé du monde, mon amour, mon pays, Nathalie!
Merci Raymond Devos et Françoise, pour ces moments riches de vous!
Les passagers du train de la vie sont invités à une destination inconnue! Tout le monde à bord!