Je vous raconte ma nuit de Noel, la plus émotive et la plus douce au coeur de mon enfance. Je crois que je suis âgé d’environ 11 ou 12 ans. Mes parents vivent une crise financière extrêmement pénible. Nous sommes quatre enfants, dont je suis l’aîné. Mon petit frère et mes deux soeurs sont placés à l’orphelinat de Chicoutimi en attendant que se rétablissent les finances de la famille.
Mon père, commerçant de la ville d’Alma, avait dû déclarer faillite, compte tenu de la concurrence féroce de l’un de ses compétiteurs faisant des affaires dans le même secteur d’activités. Nous étions une famille très tissée serrée, habituée à vivre aisément, sans souci d’argent.
Cette période de séparation fut certainement la plus difficile de mon enfance. Moi, j’étais très ennuyeux et émotif! Mes parents avaient quitté la région pour Montréal, dans l’espoir de trouver du travail.
J’étais le plus chanceux de la famille. Je vivais chez mes grands-parents maternel à Chicoutimi Nord. On m’avait inscrit à l’école primaire de l’endroit. Malgré tout, je m’ennuyais tellement, que je faisais des cauchemars la nuit, mouillait fréquemment les draps de mon lit.
Le plus souvent possibles, mes grands-parents m’amenaient voir mes soeurs et mon petit frère à l’orphelinat. À chaque fois, j’avais le coeur déchiré! J’avais mal en dedans, juste de prendre conscience de leur isolement et leurs souffrances d’ennui.
Mais j’étais impuissant devant cet immense édifice aux gigantesques portes, impersonnel, avec des couloirs qui n’en finissaient plus de finir. Je savais que mes parents, surtout mon père, devaient vivre une peine sans nom! Lui, un homme émotif, fier et orgueilleux de sa famille, amoureux de ses enfants, se retrouver dans un petit deux pièces à Montréal, seul avec ma mère.
Il s’était déniché un travail de vendeur dans un magasin de meubles. Il s’occupait de la conciergerie de l’édifice où il demeurait sur la rue Beaubien.
Ma mère travaillait comme infirmière dans un hôpital du centre-ville. Toute cette période de séparation familiale dura plusieurs mois!
C’est long, trop long, tous ces mois, quand on est jeune, déraciné et inquiet de ceux que l’on aime le plus au monde. Nous sommes une semaine avant le début du temps des fêtes, je communique avec mes parents au téléphone. Ils m’apprennent une nouvelle qui gonfle mon jeune coeur d’un bonheur indescriptible.
Ils se sont trouvé un petit appartement temporaire à Arvida.Ma mère a un travail pour un hôpital de Jonquière. Nous passerons la nuit de Noel, tous ensemble, après six mois de séparation. Vous dire combien, j’anticipais ces retrouvailles! Ma tête en rêvait nuit et jour!
Nous sommes le 24 décembre au soir, mon père vient me chercher à Chicoutimi Nord. Nous arrivons à Arvida par le boulevard Talbot. Je ne sais pas si vous connaissez cette petite ville, née de la présence de la compagnie Alcan. Une cité, construite sous le modèle anglais, uniforme, coquet, sécurisant et verdoyant de partout. Sauf, que les ouvriers résidents et les autres citoyens devaient respirer une suie noire, odorante, qui s’accumulait sur les fenêtres des maisons et partout où elle le pouvait!
Bref, j’arrive avec mon père, dans leur nouveau logis, au deuxième étage d’une petite maison blanche, au centre de la paroisse de Ste-Thérèse, presque en face de la plus grosse église de la ville.
J’entre, je suis accueilli par ma mère, mes soeurs et mon petit frère, la famille réunie depuis une éternité. On dirait un grenier refait à neuf, avec sa lucarne, ses murs en pente! C’est certain que l’on ne pourra vivre toute la famille dans cet espace. Maman a préparé un petit buffet pour le réveillon. L’arbre de Noel est chétif et bizarrement décoré. Je remarque que les boules de Noel sont en papier d’aluminium, mise en pelote, attachée avec une sorte de crochet métallique.
Je vous jure que cet arbre n’a rien à voir avec les arbres majestueux et lumineux des années passées. Mais, nous sommes tous là, ensemble, voilà notre véritable bonheur. Nous nous étions tellement manqués les uns les autres, qu’enfin l’on pouvait se toucher, s’embrasser, et vivre ce moment des retrouvailles avec une grande intensité émotionnelle.
Je me rendais compte que mes parents n’étaient pas riches, qu’ils en arrachaient encore financièrement. Mais, je lisais sur le visage de mon père, une émotion que je n’oublierai jamais.
Ils ont fait tous les efforts pour nous réunir sous le même toit, à cette occasion de la grande fête.
Arrive le moment de la remise des cadeaux. Mon frère Dany, le cadet, a un camion Tonka, le seul problème c’est qu’il lui manque une roue. Mon père avait magasiné, des jouets défectueux, en fermeture, quelques heures avant Noel.Mes soeurs, elles aussi avaient eu droit à des poupées handicapées! Moi, j’avais eu un portefeuille, d’un cuir douteux, avec un dollar à l’intérieur. Enfin, le réveillon s’est déroulé dans la bonne humeur, collé près de nos parents à chanter des chansons de Noel.
Nous ne pouvions être plus heureux. Impossible!
Mais dans ma tête et dans mon coeur d’enfant, je savais combien mes parents avaient souffert de notre absence.
Cette nuit-là! Nous étions pauvres d’argent, mais riche de savoir combien la famille et l’amour n’avaient pas de prix!
déc
17
2009
17
2009





martial. T
Vous avez décrit simplement le vrai esprit de noel, beaucoup de gens l’ont oublié. J’ai hâte de retrouvé ma famille, les cadeaux ne seront que décoration a mes yeux.
Christian
Je vous souhaite à vous et ceux que vous aimez, une magique nuit d’amour et de fraternité!À bientôt! Christian