Le vieux marcheur…suite et fin!

Comme prévu, le vieux marcheur et l’homme au mal à l’âme sont au rendez-vous du dimanche. La lumière sur l’île est éclatante de beauté et dévoile aux insulaires une partie de ses mystères. Le vieux marcheur arrive près du chêne rouge avec son sac à dos, dont une fine tige de bois dépasse l’ouverture.
Bonjour Simon! Comment allez-vous? Pas si mal et vous? Moi, je me sens comme un enfant qui découvre à chaque fois les splendeurs de cet endroit.Vous savez, j’ai pensé beaucoup à vous cette semaine.Comme promis je vous ai apporté un objet qui me tient à coeur et qui saura vous amuser, je crois!
Simon est intrigué par ce que va lui faire découvrir le vieux marcheur.
Mais avant dit le vieil homme, nous allons boire un bon verre de rouge. Une bouteille que j’ai depuis quelques années dans ma cave. Un vin de Bourgogne, de Mâcon, qu’un ami m’a offert lors de l’un de mes voyages, au pays des ancêtres.
Le vieux marcheur sort la bouteille de rouge de son sac, avec deux verres. Il verse joyeusement le bon vin et les deux hommes trinquent à la vie. Après quelques verres tout en ayant contemplé l’immensité du champ de blé d’un côté et les fraisiers à perte de vue de l’autre, le vieil homme sort de son sac à dos, un cerf-volant multicolore, dont les couleurs annoncent plusieurs envolées dans l’armature.
Intrigué, Simon l’interroge sur la chose. Le vieux marcheur tout en dépliant son vieux cerf-volant explique que cet oiseau a volé dans tous les ciels de ses nombreux voyages.
Il demande à Simon de l’aider à le faire voler. Qu’il ne coure plus assez vite et que les jambes plus jeunes de ce dernier peuvent lui permettre de dessiner à nouveau le bleu du ciel.
Mais avant, dit le vieux marcheur, j’aimerais que vous me fassiez une promesse. Allez-y toujours, répond Simon.
J’aimerais que vous veniez à cet endroit, au pied de ce chêne rouge, durant les trois prochains dimanches. Que vous entouriez de vos bras ce chêne quelques minutes. Voilà ce que je vous demande.
Simon demeure silencieux quelques instants. D’accord, je tiendrai ma promesse!
Mais pourquoi ce rituel, demande-t-il au vieux marcheur? Vous verrez Simon, faites-moi confiance!
Les deux hommes partirent avec le cerf-volant, le long du chemin, bordé de chaque côté, par l’immense champ de blé et les fraisiers de l’autre. Le vieil homme déroula quatre à cinq mètres de corde, plaça le cerf-volant dans la main de Simon et l’invita à courir à grandes enjambées, dos au vent. Simon s’élança avec l’oiseau multicolore, laissant le vent soulever le cerf-volant.
L’oiseau se mit à voler dans le ciel, de plus en plus haut! Simon était comme un gamin. Surexcité de voir ce vieux cerf-volant tellement haut, tellement loin dans le ciel. Il regardait le vieux marcheur en l’interpellant sur le magnifique de la chose. Le jeu dura plusieurs minutes, jusqu’à ce que Simon cherche du regard le vieil homme.
Il ne voit plus dans son champ visuel, occupé à maintenir son cerf-volant dans le bleu azuré du ciel. Il ramène adroitement son oiseau au sol. Angoissé de constater que le vieux marcheur avait disparu, il arpenta le long de la route pendant plusieurs minutes. Il n’était plus là!Simon retourna chez lui inquiet et médusé par cette disparition inattendue. Quoi penser de ce départ sans salutations, sans même un au revoir. Enfin, il tiendra promesse à ce vieux marcheur.
Il se rendit comme promis, au pied du chêne rouge sur l’île durant les trois dimanches qui suivirent. Rien de particulier, les deux premiers dimanches. Il entoura de ses bras à chaque fois le chêne rouge, en essayant de sentir l’énergie de l’arbre plus que centenaire. Le dernier dimanche de la promesse, même rituel qu’à l’habitude. Sauf au moment du départ.
Il monte dans son véhicule et aperçoit un couple d’hirondelles qui tournent autour du véhicule. Jusque-là, il est amusé de ce jeu. Sauf, que les hirondelles ne le quittent pas du trajet. Il a beau accélérer, ralentir, un coup de roue à gauche, à droite, rien à faire. Les hirondelles demeurent à quatre ou cinq mètres de son par brise.
Alors, monte en lui, une émotion étrange. Quelque chose de l’ordre du mystère. Une chaleur au coeur, au cerveau! Les hirondelles l’ont accompagné jusqu’à la sortie du chemin de campagne qui donne accès à la route principale, en gardant toujours la même distance dans son champ visuel.
Quand elles l’ont quitté, il savait qu’il venait de vivre un moment unique, magique!
Il pensa aussitôt au vieux marcheur et à sa promesse. Simon savait maintenant, au fond de lui-même, que son regard sur la vie venait de changer. Le vieil homme lui avait permis de renouer avec le rêve!