Le vieux marcheur…suite

Le vieux marcheur qui avait eu plusieurs vies au cours de ses 78 ans décida de poursuivre la conversation et tenter de soutenir la démarche de confidences de l’homme mal dans sa peau.
Avez-vous des rêves, demanda-t-il? Non, je ne suis pas un homme qui rêve. Je suis un cartésien, les deux pieds sur terre. D’ailleurs les rêveurs, je n’ai pas une très haute opinion.
Alors, les émotions, les sentiments, l’amour, ce n’est pas votre tasse de thé non plus? Non, j’aime mes enfants, ma femme, mes amis.Je crois que j’ai réussi à leur donner un maximum de sécurité, de conforts et d’autonomie! Vous parlez de vos garçons? Oui! Je suis fier d’eux.
Le vieux marcheur lui demande:Et vous! Êtes-vous fier de vous, de la vie que vous avez vécu, de ce que vous avez accompli jusqu’à maintenant?
En vérité, j’ai axé ma vie sur l’avoir, l’aisance matérielle, le paraître et tout ce qui vient avec. Vous comprenez?
Oui je comprends!
En somme, vous êtes un homme inquiet dans la vie? Oui! Le vieux marcheur échange un sourire complice avec l’homme. Riez-vous de bon coeur souvent? Pas vraiment! En fait, je ne sais trop pourquoi. Peut-être que j’aborde la vie trop sérieusement.
Vous voulez que l’on vous prenne au sérieux? Oui, je crois. Parlez-moi, si vous le voulez bien, de cet ami qui vous a conseillé cet endroit, cet arbre?
Il n’y a pas très longtemps que je le connais. C’est le père de la nouvelle compagne de mon fils, le plus jeune. Nous nous sommes rencontrés à l’occasion de l’anniversaire de Isabelle, sa fille. Je l’avais invité à la maison pour célébrer les 25 ans d’Isabelle. Je savais qu’il était tout seul. Sa femme l’a quitté il y deux ans. Je sais qu’il a souffert de cette séparation. Il est tombé malade, une année plus tard. Une maladie dégénérative du système immunitaire.
Le vieux marcheur garde le silence quelques instants. Qu’est-ce qui vous attire chez cette personne pour que vous acceptiez de vous lier d’amitié avec lui?
Vous savez, cet homme est tellement différent de moi. Quelque part, je l’admire. Il a tout perdu, femme, argent, santé et il réussit à être heureux. Il a plein de passions, telles la peinture, la musique, la lecture, la marche, enfin, il m’étonne de tant de courage devant les coups bas de la vie. À vrai dire, il est complètement à l’opposé de moi.
Dans une discussion où nous avions bu quelques bons verres de rouge, il me demanda si j’étais heureux dans la vie. Il ressentait, je crois, mon vide, mon inconfort de vivre. Alors, tout naturellement, il me conseilla cet endroit, en me disant que j’y trouverais peut-être une réponse. En fait, il a piqué ma curiosité.
Comme le temps s’écoulait, que l’après-midi se dirigeait vers un soleil qui tombe doucement, le vieux marcheur fit la proposition suivante à sa nouvelle connaissance:Si nous nous rencontrions au même endroit dimanche prochain, j’aurais quelque chose pour vous? Bien entendu, si la température le permet. Qu’en pensez-vous?
Je suis d’accord, il me fera plaisir d’échanger avec vous à nouveau. Surtout, que je me rends compte que je ne sais rien de vous! Vous m’avez écouté, sans me dire un mot sur vous.
Alors, c’est un rendez-vous? Bonne semaine et à dimanche prochain!

À suivre…suite et fin!