Je vous raconte une histoire, mon histoire, dans l’antre des spécialistes du prolongement de la qualité de la vie humaine. Quelques semaines avant la décision de procéder à l’ablation du greffon rénal, transplanté le 9 juillet 2002, je me retrouve devant un jeune urologue de l’Hôtel-Dieu de Québec, de surcroît de 34 ans, dont le nom est Yves Caumartin.
Une poignée de main ferme, le regard clair, il m’explique sa décision de procéder à une transplantechtomie du greffon malade. Je ne sais pourquoi, mais je ressens une absolue confiance dans ce chirurgien au regard lucide et compétent. Il m’explique qu’il décidera lors de la chirurgie, la technique qu’il jugera appropriée pour l’ablation du greffon. Je l’interpelle sur cette technique chirurgicale. En fait, me dit-il, le rein transplanté est recouvert d’une membrane, qui bien souvent est liée à de multiples adhérences, site très vascularisé et davantage à risque de saignement. Il pourra prendre la décision de sortir le greffon de sa membrane, comme on sort un oeuf de sa coquille.
Une chirurgie de deux à trois heures selon les difficultés rencontrées. Bon, je n’ai pas le goût de vivre une autre épopée chirurgicale, mais je suis devant une intervention incontournable.Je lui demande de procéder dans les meilleurs délais selon son agenda, fort chargé, vous vous en doutez!
Quelques jours plus tard, son bureau communique avec moi pour fixer la date du 25 février 2010, pour la chirurgie. Plus que trois semaines à attendre patiemment et anxieusement, le retrait du plus beau cadeau de la vie, offert il y a huit ans déjà!
Mon deuil est fait dans ma tête et mon coeur. Ma seule et unique préoccupation est le bon déroulement de l’ensemble des interventions liées à cette chirurgie.
Une semaine avant la date butoir, je passe une journée complète au service ambulatoire de l’Hôtel-Dieu de Québec.Rencontre avec les divers spécialistes de la cardiologie, de la néphrologie, l’anesthésiste et les innombrables piqures d’abeilles qui vous sucent le sang jusqu’à l’éclatement des veines. Bref, après tous les tests de contrôles et l’accord des spécialistes rattachés à mon volumineux dossier médical, j’ai la permission pour l’ablation de mon greffon sous anesthésie générale. J’avoue que pour la première fois de ma vie, je ressens une angoisse, une peur qui envahit mon esprit. Cette peur, elle s’est réellement manifestée deux à trois jours avant la chirurgie.
Je n’avais pas peur de mourir comme d’en ressortir diminué sur le plan cardiaque et fragilisé au niveau de mes cordes vocales, dues à l’intubation lors de l’anesthésie générale. Cette crainte, elle m’habitait depuis la dernière intervention datant de huit mois, ou j’ai passé à deux doigts de la mort. J’y ai laissé ma voix pendant des mois avant une récupération lente, non sans l’intervention d’un spécialiste des cordes vocales. Un infarctus en prime avec la pose d’un stent médicamenteux à l’un des vaisseaux du coeur. Là vraiment, j’y avais goûté de belle façon!
Le 25 février dernier, 8 h du matin, je me présente au service ambulatoire de l’hôtel-Dieu de Québec, avec mes effets personnels pour une hospitalisation la plus courte possible. Tous les gestes d’usages sont faits en préparation pour le rendez-vous intime avec le bloc opératoire. Salle de chirurgie dont j’ai l’habitude d’y sentir les asepsies et la froideur. Le voyage entre ma chambre temporaire à la préparation et le bloc opératoire a quelque chose de surréaliste. Trois étages séparent les deux endroits. Mais je vous jure, je ne sais pourquoi, comment mon cerveau se retrouve dans un état presque de grâce! À chaque fois, je vis ce calme olympien, en pleine contradiction avec mon angoisse existentielle de quelques heures auparavant. Ce couloir qui mène aux salles de chirurgies possède des mystères qui m’échappent!
Je suis là, immobile, après le départ du brancardier, dans l’attente de mon entrée sous les rayons lumineux de soleil multiples qui éclairent la peau blanchâtre jusqu’à l’apparition des afflux sanguins rouge écarlate, sous contrôles des mains de vie.
Quelques minutes avant, je demande à parler avec l’anesthésiste et la chirurgienne assistante. Je veux qu’ils fassent attention à mes cordes vocales et prennent soins de mon coeur. Voilà, je suis prêt!
Nous sommes à l’étape de l’anesthésie. L’humour a sa place, car j’aime bien ce moment du départ en douce dans l’antichambre de l’absence sans douleur, ni conscience. Je sens mon corps et mon cerveau glisser doucement vers un bien-être apaisant. Je ne suis plus là!
Salle de réveil, 5 h de la journée, tout s’est bien déroulé! Je regarde au moniteur, je vois que mes tensions artérielles sont belles, que mon pouls est normal. L’infirmière à mon chevet me rassure sur la réussite de l’intervention. Le soir, je suis transféré aux couloirs des soins intenses, ou une équipe, formidable s’occupe du suivi après chirurgie d’un certain nombre de patients à risques. Couloir de mort, couloir de vie, les soins intensifs sont le nec plus ultra des soins de l’hôpital. Il faut des nerfs d’acier, une compétence assurée pour y travailler à longueur d’année.
J’y étais par prévention! 36 heures plus tard, je me retrouve au 9e étage, le temps d’une rapide récupération. Le 2 mars sur l’heure du midi, je suis en plein soleil printanier, libre et sans aucune complication.
Merci à l’urologue Yves Caumartin et son équipe. À celle de la salle de réveil, des soins intensifs, du personnel du 9e étage, mon néphrologue Denis Poulin, l’équipe d’hémodialyse, du service ambulatoire, sans oublier le personnel de cardiologie, cette deuxième famille qu’est l’Hôtel-Dieu de Québec.
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06
2010
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